Le singe, de Stephen King.

167164-gfQuand sonnent les cymbales

Lorsque Dennis trouve dans un carton au fond du grenier, un singe mécanique, la terreur refoulée de Hal, son père, refait immédiatement surface. Pourquoi ? Pourquoi ce singe est-il là ? Pourquoi le retrouve-t-il après tout ce temps ? Pourquoi le cycle menace-t-il de recommencer ?

En manque de lectures, à la recherche d’un des rares livres non chroniqués, je me suis aventuré dans les rayonnages du CDI, me demandant si celui-ci possédait quelques œuvres du maître de l’horreur contemporaine, Stephen King. Simplement caché entre ses comparses, semblant patienter tranquillement, rangé pour être découvert, Le singe m’attendait…

Nouvelle publiée dans le recueil Brume en 1985, Le singe est un récit d’horreur où le passé et le présent semblent se mêler et parfois, se confondre. Le style de King des années 80 est aisément identifiable. Comme toujours, l’histoire prend place dans des situations d’actualité, graves et complexes, comme la perte de l’emploi, la précarité et leurs conséquences sur la famille. Le suspens nous tient en haleine, l’horreur – mélange de fantastique et de situations quotidiennes – fascine et amplifie nos inquiétudes. Il m’est difficile de vous en dire plus sans spoiler l’histoire. Comme beaucoup des écrits de King, et particulièrement ceux des eighties*, le style est particulier et ne conviendra pas à tous les lecteurs. Accessible dès la 4ème, je le conseille à nos lecteurs qui souhaitent découvrir un peu le genre horrifique contemporain.

Le chenal

Cette nouvelle se trouve à la suite du singe, elle fait partie des textes mis en avant à la sortie de Brume. Bien que courte, elle est assez prenante et traite de l’Amérique profonde, de pratiques encore en place à l’époque dans certaines contrées oubliées par les mégalopoles. On y suit une vieille femme appelée par la Mort à travers les fantômes de proches disparus. Des sujets très lourds y sont rapidement abordés. Cependant, le thème principal de la nouvelle est la fin de la vie. Tout tourne autour de la mort et son acceptation, une œuvre intelligente qui pousse à la réflexion. Difficilement accessible avant la 3ème de mon point de vue, certains passages pourraient secouer les âmes sensibles.

TL;DR:

  • Points forts:
    • un style unique, celui de Stephen King.
    • une angoisse et un suspens prenant.
  • Points faibles:
    • un style unique, qui rebutera peut-être certains lecteurs.
    • Le chenal comporte des passages durs, pouvant ne pas convenir à tout le monde.

À noter que pour les amateurs de films d’horreurs, un nouvelle adaptation du roman Ça, de Stephen King, sortira le 20 septembre. En attendant, vous pourrez retrouver la bande-annonce ici: https://www.youtube.com/watch?v=xnxX1rr03gM.

*terme anglais faisant référence aux années 80.

Méto 1. La maison, Yves Grevet

« Huis-clos »

Méto, un jeune adolescent, se voit confier par un César la grande responsabilité d’initier Crassus, un petit nouveau, aux règles drastiques de la Maison – par exemple : compter jusqu’à 120 avant de se saisir de ses couverts pour manger et laisser cinquante secondes entre chaque bouchée. Pendant un mois, notre héros devra surveiller son protégé afin qu’il ne commette aucun impair. Si tel était le cas, c’est Méto qui en subirait les terribles conséquences…

Soixante-quatre enfants – uniquement des garçons – occupent la Maison. Ils sont coupés du monde, ne sortant jamais de la Maison elle-même construite sur une île, placés sous le joug de chefs tyranniques appelés les César. Les enfants sont regroupés selon leur âge en différentes couleurs. Lorsqu’ils atteignent une quinzaine d’années, ils disparaissent mystérieusement et sont remplacés par des plus petits. Mais que leur arrive-t-il ensuite ? Voilà la question cruciale que chaque membre de la communauté se pose. Méto, qui n’a jamais eu froid aux yeux ni peur de transgresser les interdits, compte bien résoudre ce problème…

Voilà un best-seller qui mérite amplement son succès ! Dès les premières pages, le lecteur est happé par cette inquiétante maison – qui est le second protagoniste de l’histoire, et qui m’a d’ailleurs rappelé le sinistre hôtel de Shining de Stephen King – qui emprisonne nos jeunes héros. Au fil des pages, l’atmosphère de ce huis-clos dystopique s’accroît tant que l’on craint voir étouffer les personnages sous nos yeux si ce n’est sur un plan physique d’un point de vue symbolique (poids des règles, poids du secret, vie en communauté non désirée…)

Cet univers concentrationnaire dans lequel chaque activité est minutée, programmée à l’extrême, où n’est strictement jamais laissée la possibilité de s’exprimer librement (des traîtres se cachent même parmi les enfants) évoque bien évidemment le régime nazi. Il m’a également fait penser au livre d’Orwell,1984, une dystopie également, dans lequel l’auteur décrit une nation entièrement soumise à Big Brother dans laquelle la liberté individuelle n’existe plus et où l’Histoire est réécrite en fonction de la politique menée par le dictateur (ici on réécrit les souvenirs des enfants).

Les jeunes lecteurs seront à mon avis vite absorbés par cet univers très bien mis en place (les sports de combat – assez violents – sont d’un très grand réalisme) et accrocheront facilement à l’intrigue en s’identifiant au personnage principal. La quête identitaire est elle aussi – bien que sous-jacente – au centre de l’oeuvre puisque aucun des enfants ne se rappelle ce qu’a été son existence avant d’arriver dans la Maison (qui pourrait d’ailleurs évoquer le ventre d’une mère d’un point de vue psychanalytique mais je ne vais pas me lancer dans une analyse si complexe ici).

Deux autres tomes font suite à ce premier opus, L’île et Le monde, qui laisse le lecteur sur un suspens insoutenable ! Et si la question principale des enfants est de savoir ce qu’il y a après la Maison (vous le découvrirez dans ce premier tome) la mienne est : pourquoi cette Maison et où sont les femmes ??? (sans allusion aucune à Patrick Juvet !)

4 jours de nuit, de Michelle Paver

A faire froid (polaire) dans le dos…

Janvier 1937. Une expédition scientifique se prépare depuis l’Angleterre. Son objectif : étudier la biologie, la géologie, la dynamique des glaces et effectuer des relevés météorologiques dans le Haut-Arctique. Le jeune et démuni Jack Miller accepte de se joindre à l’équipe afin de s’occuper des transmissions radio. Dès le départ, rien ne va. Alors que cinq hommes devaient prendre le large, le médecin est contraint de rester en Angleterre. Seuls Algie Carlisle, Hugo Charteris-Black et Austus Balfour embarquent pour la Norvège avec Jack. Pendant le trajet, Hugo – chef de l’expédition – se casse une jambe. Il ne pourra donc pas accompagner ses camarades jusqu’au camp de Gruhuken.

Jack, Algie et Gus finissent par accoster au campement en compagnie d’une meute de huskies. Si les trois comparses sont fort occupés les premiers temps, une appréhension mêlée d’angoisse commence à s’emparer d’eux dans cet endroit si reculé du monde. L’atmosphère particulière du soleil de minuit et les légendes terrifiantes évoquées à mi-mots par les marins qui les ont conduits jusque là n’arrangent en rien la situation. D’ailleurs, Jack est certain d’avoir aperçu un homme pour le moins étrange rôder auprès du camp. Quelques temps après leur arrivée, Gus tombe malade et doit impérativement être conduit à l’hôpital. Algie est chargé de le raccompagner. Dès lors, Jack va devoir rester seul afin de mener la mission à bien.

Très vite, l’hiver gagne du terrain et les jours raccourcissent jusqu’à disparaître totalement pour laisser place à une nuit sans fin, oppressante. Jack tente tant bien que mal de conserver une routine mais rapidement, d’horribles visions viennent le hanter et l’angoisse le gagne. Il pourrait quitter le camp. Mais il ne veut pas trahir la confiance de son ami. Il se sent capable de rester, d’affronter la nuit, la neige et l’ombre étrange qui rôde. La question est de savoir jusqu’à quand ?

Voilà un roman qui mêle à merveille aventure et suspens. L’auteur parvient à transcrire à merveille l’atmosphère du Grand Nord – certains passages m’ont rappelé les romans de Jack London – tout en distillant un savant dosage de fantastique qui vient s’insinuer au fil des pages à mesure que la neige et la nuit s’épaississent, créant ainsi une ambiance plus qu’angoissante. Ce sentiment est renforcé par la technique narrative du journal de bord qui nous permet de suivre de l’intérieur les réflexions et les craintes du personnage principal qui se retrouve livré à lui-même dans un univers plus qu’hostile. On finit par assister à un huis-clos en solitaire et à ciel ouvert parfaitement terrorisant qui n’est pas sans me rappeler Shining de Stephen King. Folie ou fantôme ? Je vous le laisse découvrir par vous-même. Une très bonne lecture pour passer le temps en cas de tempête de neige !