Sublutetia, 1. La révolte de Hutan, d’Eric Senabre

En sortie scolaire pour visiter un musée, Nathan et Keren ratent le départ du métro et sont ainsi séparés de leur porfesseur, Mme Valois et de leurs camarades. Ils décident de prendre le métro suivant. Mais très vite, ils se rendent compte que le trajet qu’ils effectuent ne fait pas partie de la ligne officielle et les emmène dans des entrailles inconnues de Paris… Là, vit tout un monde souterrain dans une ville extraordinaire et insoupçonnée : Sublutetia (littéralement, « sous-Lutèce – ancien nom donné à Paris à l’époque romaine) qui a mis toute une technologie en place pour lui permettre de survivre. Cette société utopiste, bâtie par des personnes qui, sur terre, n’avait plus rien à espérer, a pour ligne de conduite le partage, l’abolition de l’argent et du pouvoir… Mais aujourd’hui, elle est menacée d’extinction à cause de travaux réalisés juste au-dessus d’elle, sur terre… Quelle solution vont-ils trouver ? Et si tous les habitants n’étaient pas aussi peu avides de pouvoir ? Et si les orangs-outans qui ont également  élu domicile un peu plus loin, dans ce souterrain, venaient à devenir agressifs  ?

Un roman de science-fiction rétro-futuriste qui nous emmène dans l’histoire du métro au coeur d’une cité imaginaire se voulant idéale. Des personnages attachants, de nombreux rebondissements, un monde assez fascinant et intriguant.  Un petit côté Jules Verne avec une fin qui clôt ce premier tome en ouvrant forcément les portes du second… Pourtant, je n’ai pas été totalement conquise. Je ne sais pas, peut-être l’épisode des orangs-outans qui ne m’a pas convaincu, ou la traîtrise un peu facile de l’un des personnages… Les idées sont bonnes mais pêchent peut-être dans le développement, car malgré de nombreuses trouvailles tout au long du texte, on a parfois l’impression que le rythme n’y est pas (et j’ai lu la version abrégée…). Ou peut-être que vu les éléments en place je m’attendais trop à un petit bijou… A vous de voir ! Cela n’enlève rien en tout cas à la qualité d’écriture de l’auteur.

Grupp, de Yves Grevet

« Etre en vie ne suffit pas, ce qui compte c’est de se sentir vivant » !

le-gruppLorsque son frère aîné, Scott, est arrêté violemment  par une dizaine de policiers, puis emprisonné,  Stan n’en revient pas.  Scott est accusé de faire partie d’une organisation clandestine responsable du décès d’un adolescent ! Car dans cette société « idéale » dans laquelle ils vivent, un implant surveille chaque individu  et permet d’anticiper la plupart des décès. Les battements de coeur sont contrôlés et des milices interviennent lorsque quelque chose semble anormal, les mouvements et déplacements des jeunes sont également surveillés pour que ceux-ci évoluent dans un univers sans risque. Pourquoi son frère est-il contre cette société si protectrice ? Pourquoi est-il en quête de liberté, quitte à faire prendre des risques à autrui ? En effet, pour Scott, ce système sécuritaire, même s’il semble permettre de vivre plus longtemps et à l’abri du hasard, est une vive atteinte à la liberté et aimerait que la jeunesse ait le choix. Alors que Scott doit survivre dans l’univers ultra-violent de la prison, Stan, aidé de ses amis, va essayer de comprendre la démarche de son frère en tentant d’infiltrer « le Grupp ». Une enquête qui nous mène dans un tourbillon de vie et de mort, d’amitié et de violence, d’espionnage, d’aventure et de science-ficiton, pour essayer de nous faire prendre conscience  de la limite entre la répression, la  soumission,  la contestation, la liberté, la sécurité. C’est un roman à plusieurs voix qui nous est livré ici. Dans la première partie, c’est le point de vue du jeune frère qui est relaté. Ce récit s’arrête à un moment crucial pour un flash back donnant la parole au grand frère… qui va également s’arrêter à un moment crucial pour donner la parole à d’autres personnages, en particulier des membres du Grupp. Un roman choral plein de rebondissements, qui va à 100 à l’heure et ne nous laisse pas beaucoup de répit ! Les personnages sont forts et très variés. On veut toujours en savoir plus et on continue la lecture sans s’arrêter… dès le prologue, d’ailleurs, qui sait attiser la curiosité !

Messieurs, je crois que monsieur Thoir vient de nous quitter définitivement. Ce n’était pas un homme très avisé. Et avec son coeur fragile, il suffisait d’un rien pour que tout s’emballe. C’est dommage pour lui. Mais ce n’est pas si grave. D’ici quelques jours, quand les membres de sa famille l’auront pleuré et enterré, je reprendrai cette conversation avec l’un d’entre eux. J’espère que cette personne saura se montrer plus réaliste que le pauvre monsieur Thoir.

 

Nous sommes ceux du refuge, de Delphine Laurent

Société idéale ?

Nous sommes ceux du refuge par LaurentUne adolescente de 16 ans, Lucie, n’est pas rentrée chez elle après le lycée. Pour son entourage, c’est incompréhensible de la part de cette jeune fille discrète et sans histoire. En fait, elle a été « cueillie » par Pierre, un habitant du « refuge ».

On suit l’histoire sur deux plans : à la surface avec le sympathique et compréhensif inspecteur Muller, et sous la terre (oui, sous la terre), où se trouve le « refuge » où une micro-société s’est créée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le sujet est alléchant : un monde souterrain idéal qui n’adhère pas aux valeurs du monde d’en haut. A la fin de la Deuxième guerre mondiale, des résistants qui avaient trouvé refuge dans un réseau de galeries souterraines décident de ne pas remonter à la surface. C’est alors que cette micro-société se crée avec ses codes très précis  et deux activités principales : chercher de quoi survivre et essayer d’être heureuse. Dommage que la réflexion sur ce qu’est une société idéale n’est pas approfondie. Le propos est assez manichéen alors que le monde souterrain n’est pas si idéal que ça, en définitive, en particulier vis-à-vis de la place de la femme. Comment cette société censée être idéale a-t-elle pu « créer » un être manipulateur comme Jonas, l’un des personnages de l’histoire ? Il y est fait l’apologie de ‘Absolu, désir d’adolescent alors que le rôle des adultes serait plutôt de rendre possible le compromis. Cette société joue également sur la culpabilisation pour garder Lucie près d’elle. C’est une entrave à sa liberté, non compatible avec la vision d’une société idéale.

Une lecture prometteuse au sujet intéressant… mais finalement en demi-teinte…

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Le passeur, de Lois Lowry

Un monde sans couleur

Dans le 9782211208345monde de Jonas, on a éliminé tout ce qui pouvait (re)mettre en danger l’humanité : les émotions, la violence, mais aussi les couleurs, la musique …. C’est ce que le Comité a appelé le passage à l’Identique. Toute la vie de la communauté est régie par des lois précises et chacun y a un rôle. Des mères porteuses donnent naissance aux enfants dont ensuite les nourriciers s’occupent. Au bout d’un an, ils intègrent une cellule familiale. Chaque cellule familiale a deux enfants : un garçon et une fille. La vie des enfants est ponctuée de cérémonie au cour desquelles on leur donne de plus en plus de droits et d’autonomie : à un an, ils reçoivent un nom ; à 7 ans, ils reçoivent une veste qu’ils peuvent boutonner tout seuls ; à 9 ans, ils reçoivent un vélo et à 12 ans ils reçoivent un métier. C’est le Comité qui, après les avoir observés, décide du métier où ils seront le plus utiles. 12 ans, c’est justement l’âge que va avoir Jonas et la cérémonie qui déterminera son métier l’angoisse un peu. Lorsque la Grande Sage lui annonce qu’il a été sélectionné pour être le nouveau dépositaire de la mémoire, il ne comprend pas ce que cela signifie mais tout le monde lui certifie que c’est un grand honneur. Pour Jonas, le début de sa formation va changer radicalement sa vie. Tout d’abord, les règles vont changer : il aura, par exemple, le droit de mentir. Mais surtout, il va s’apercevoir de tout ce qu’il n’y a pas dans cette société a priori parfaite et cela va aiguiser son regard critique. Jonas a une mission, un destin, mais est-ce vraiment celui qu’on pense….

J’ai découvert ce livre grâce à l’article sur l’adaptation cinématographique (The Giver) que deux élèves ont publiée sur le Blog du journal scolaire. Le résumé qu’elles en avaient fait avait éveillé ma curiosité et j’ai été ravie de voir que le roman était disponible au CDI. La société idéale, thématique qui a longtemps été au programme de l’Histoire des Arts, qui est dépeinte au fil des pages est à la fois attirante puisque tous les problèmes de l’humanité sont résolus et dérangeante car les individus n’ont plus aucune liberté. Certes, les hommes ne ressentent plus la douleur, ni le chagrin mais du coup, ils ne ressentent plus non plus le bonheur. Or, une existence sans joie vaut-elle le coup ? C’est l’épineuse question à laquelle va devoir se confronter notre héros. Les membres de la communauté ne se rendent pas vraiment compte de leur triste vie et ne peuvent s’en rendre compte tant qu’ils ne connaissent rien d’autre. Mais le pauvre Jonas, après avoir goûté à, par exemple, un réveillon de Noël, sera tiraillé entre le retour des émotions et donc du malheur et l’existence morne mais sans souffrance qu’ils vivent. Ce livre de science-fiction est d’un abord facile car, même si la société a l’air difficile à cerner, les informations nous sont données au fur et à mesure en suivant le quotidien de Jonas et de sa cellule familiale.

Hunger Games – La Révolte – tome 3, Suzanne Collins

Vengeance !

Nous retrouvons Katniss, la fille de feu, qui a survécu une seconde fois aux cruels Hunger Games. Mais dans quelles conditions ! La voilà enterrée dans les dédales du district 13 puisque son district, le 12, a été rasé par les hommes du Capitole en guise de représailles à sa survie. La jeune fille doit donc vivre avec de nombreuses victimes innocentes sur la conscience tout en découvrant les nouvelles règles imposées dans le district : emploi du temps journalier tatoué sur le bras chaque matin, activités obligatoires réglées à la minute, vêtements identiques pour chaque individu, rations alimentaires calculées selon la corpulence et les besoins de chacun… un véritable cauchemar pour la jeune rebelle !

Pendant ce temps, au Capitole, le Président Snow rumine sa vengeance et détient la meilleure arme contre Katniss : Peeta.

Sous les ordres de Coin – chef du district 13 – la révolte contre le Capitole se met en place. Katniss doit au plus vite récupérer ses forces et redevenir le geai moqueur, symbole de la rébellion, afin de mobiliser tous les districts. Entourée d’une équipe de choc : Gale – son compagnon de chasse de toujours -, Haymitch – son mentor pendant les jeux -, Finnick – un de ses adversaires qui lui a sauvé la vie pendant l’Expiation-, Plutarch – ancien juge du Capitole dévolu à la cause rebelle – et bien d’autres, Katniss est prête à tout pour tuer Snow et voir le retour de la paix dans le royaume de Panem.

Oui mais voilà… Peut-elle vraiment toujours compter sur Gale qui jalouse Peeta ? Et Peeta, que lui est-il arrivé ? Est-il mort ? vivant ? torturé ? Et tous ces gens qui meurent parce qu’elle a provoqué l’ire du Président… comment supporter tout ça ?

Je laisse volontairement ces questions en suspend afin de laisser à ceux qui voudront le lire la joie de découvrir les réponses.

Si j’avais trouvé le deuxième tome répétitif, il n’en est rien du dernier livre. Je l’ai vraiment adoré. Il mêle à la perfection l’action – nombreux passages de combats très détaillés – aux interrogations existentielles de l’héroïne en proie au doute. Doutes par rapport aux autres mais aussi et surtout doutes vis-à-vis d’elle-même.

J’ai bien aimé le début du livre avec toute la description de la vie dans le district 13, de cette société hyper réglementée où rien n’est laissé au hasard. Le district 13 ou l’utopie cauchemardesque pour les survivants du district 12 qui y trouvent un lieu sûr dans lequel ils ne manquent de rien mais en même temps duquel ils ne peuvent plus sortir… J’ai aimé aussi la réflexion sur le pouvoir et ses déviances qui inciteront, je le souhaite, les jeunes lecteurs à jeter un oeil nouveau sur le monde qui les entoure.

Une dernière fois, voilà une excellente trilogie !