Le silence du serpent blanc, d’Arnaud Tiercelin

Le silence du serpent blancThibault vit dans un pays où, depuis trois ans, le roi a imposé une règle très stricte : celle de limiter le bruit au maximum. Qu’est-ce que cela implique au quotidien ? Un monde terne, où les relations sociales et familiales sont complexes : plus de musique, plus de chants, plus de discussions (chaque jour, le nombre de mots est limité pour chaque personne), il faut chuchoter, tousser discrètement,  faire attention aux bruits de ses semelles lorsque l’on marche. D’autres restrictions existent aussi dans ce pays dirigé par un roi  qui impose des lois dictatoriales comme par exemple le couvre-feu ou une télé contrôlée par le pouvoir.

C’est aussi depuis ce moment-là  que le père de Thibault est parti de la maison sans prévenir. Les enfants n’ont aucune nouvelles de lui et leur mère refuse d’en parler…

Mais lorsque Pamina, une nouvelle élève, arrive dans la classe, la vision de Thibault sur la société dans laquelle il vit va évoluer, il va prendre conscience de certaines choses et chercher des réponses à ses questions… Ce qu’il va découvrir va le transporter dans un monde inconnu qui lui ouvrira les portes de la réflexion… jusqu’à la chute finale, inattendue…

Un roman étrange et décalé, facile à lire grâce à une écriture simple et directe pour des lecteurs dès le CM2. Un univers onirique pour un livre dont le genre frôle la science-fiction mais aussi le merveilleux et le récit social. Des réflexions profondes sont abordées sur la dictature, sur l’importance de la parole, sur la désobéissance civile pour combattre les injustice. Mon fils de 7 ans, attiré par la 1ère de couverture très réussie qui rappelle l’univers de Tim Burton, me demandait tous les jours de lui raconter l’avancée de cette histoire que je n’ai donc pas eu le droit de poser avant de l’avoir terminée ! 

Onirique et profond… et qui donne envie de faire du bruit et d’apporter à la vie quelques notes d’excentricité et de musique !

Eux sur la photo, de Hélène Gestern

Secret de famille

Afficher l'image d'origineHélène a perdu sa mère quand elle avait 3 ans. Elle découvre dans les archives familiales une photo illustrant un article dans un journal. Le nom de sa mère y figure. Cette femme a l’air heureuse, deux hommes sont présents à côté d’elle. Hélène décide alors de passer une annonce espérant avoir des renseignements sur les deux inconnus. Stéphane, qui a reconnu son père, écrit à Hélène.

Quel est le lien entre la mère d’Hélène et le père de Stéphane ? Pourquoi un jour leurs routes se sont croisées ?

Hélène entraîne alors Stéphane dans sa quête de vérité.

S’en suit un échange de correspondance . Une folle aventure épistolaire commence…

Le mystère concernant les circonstances du décès de sa mère reste entier pour Hélène. Dès son plus jeune âge, elle questionnait son père mais celui-ci évitait le sujet. Evoquer le drame le mettait dans une grosse colère. Pourquoi ? En fait, enfant, Hélène ne connaissait rien de sa mère et les années n’ont fait qu’accroître cette ignorance. Elle a été élevée par sa belle-mère avec laquelle elle s’entendait bien et qui était devenue sa mère adoptive.

Son père est mort, sa belle-mère est gravement malade, elle se retrouve seule pour assembler une à une les pièces d’un puzzle qui semble très difficile à achever.

De son côté, Stéphane voudrait en savoir plus sur son père. Un père décédé un an plus tôt.

Chacun d’eux va se laisser aller au jeu des confidences. Ils vont se rapprocher, partager les mêmes souffrances. Ils fouillent dans un passé qui va les rattraper et leur exploser en pleine figure…Un passé bâti sur des mensonges qui va les égratigner.

La description d’une photo trouvée par Hélène commence chaque chapitre. Elle nous en fait une longue description si parfaite, si troublante par les détails que le lecteur peut deviner aisément la scène. De ce fait, le lecteur est invité à s’asseoir et à partager tous les instants de la vie de la narratrice. Petit à petit, on rentre dans son passé qui nous émeut.

Face à ses photos, Hélène est comme un peintre devant son aquarelle. A chaque fois, une photo relance les questions, les malaises.

Mais chacun peut interpréter à sa manière une photo, prêter aux proches un sentiment qu’ils n’avaient pas forcément ce jour là. Alors il faut avancer prudemment en évitant de juger.

Ce récit est-elle  une autobiographie ? Le rythme est rapide. Une lettre en amène une autre. Se succèdent les mails, les coups de téléphones, les rendez-vous. Le mode de correspondance change et devient plus intime comme les relations entre Hélène et Stéphane. On est pris dans cet enchaînement fou de découvertes, d’émotions, de doute et de découragement. On ne lâche rien car on veut aussi savoir, on est trop impliqué.

Je pense qu’on ne peut pas construire un avenir si on n’a pas de passé. Tout être humain a besoin de savoir d’où il vient, de connaître ses racines. Mais quand on est amené à connaître certaines vérités tout peut être remis en question aussi bien son passé que l’avenir qu’on essaie tant bien que mal de construire.

La difficulté réside aussi à accepter ce qu’on découvre et donc accepter que notre vie soit bouleversée.

Pour ma part, je suis très attachée aux photos et aux souvenirs qu’elles me renvoient. Mais une photo peut nous faire du mal. Je ne sais pas si, comme Hélène, j’aurais eu la force d’aller jusqu’au bout. Mais la quête de soi doit rendre plus fort et en fait, qu’est ce qu’on a à perdre ? Sur ce coup-là, Hélène peut perdre Stéphane mais même si la fin de cette histoire ne nous dévoile rien, j’ose imaginer que plus rien ne pourra se dresser sur leur route et que leurs doutes laisseront place à l’espoir. J’ai eu beaucoup de plaisir à accompagner ces deux êtres si touchants que j’ai eu du mal à quitter.

Ce récit m’a rendu nostalgique, j’ai ressenti un vide quand j’ai terminé ma lecture qui m’a remuée. Chaque descriptif de photo me ramenait à mon propre passé, à mes propres photos. C’est étrange, je ne pensais pas ressentir autant de sensations car pour moi ce livre a eu un effet émotionnel immense.

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