Mission en Sibérie, de Elisabeth Rivoire

Barthélémy de Lesseps ou le destin extraordinaire d’un jeune explorateur

Barthélémy de Lesseps a dix neuf ans quand il embarque avec Lapérouse, à bord de La Boussole, pour un tour du monde de deux ans. Nous sommes le 1er août 1785,  départ du port de Brest.

Fils de diplomate et maîtrisant à la perfection les langues, il deviendra l’interprète du roi et gagnera ainsi sa place dans cette expédition scientifique.

Mission en Sibérie relate l’histoire vraie de ce jeune homme parti pour un long voyage pendant lequel il va acquérir nombre de cartes, de lettres, de dessins, de plans, de notes… Il sera débarqué au fin fond de la Russie et sera chargé d’une mission très importante : ramener à Versailles, par voie terrestre, une malle contenant tous les trésors accumulés durant ses deux ans de périple. Le roi compte sur lui et ce ne sont pas moins de 12 000 kilomètres que s’attend à parcourir Barthélémy de Lesseps. Son unique but est de satisfaire le roi malgré les difficultés qui vont jalonner son déplacement. Le confort de Versailles semble bien loin, alors. Mais il fera également de très jolies rencontres, découvrira des mondes peu explorés et tout cela sera consigné dans un journal. 

Mission en Sibérie est un roman historique et d’aventure passionnant. Un périlleux voyage riche en émotions, en rencontres, en découvertes qui nous embarque aux côtés d’un jeune homme courageux, authentique, déterminé et que rien n’arrêtera. L’avantage de son jeune âge est la soif de découvertes mais aussi son regard neuf sur ce qui l’entoure. Le livre est présenté comme un journal non daté dont le narrateur est le jeune explorateur. On ne peut que mieux s’imprégner de son histoire. Le lecteur est aux premières loges et vibre au fil des péripéties. Les retrouvailles avec le roi sont excellentes, on sent qu’il est impatient de questionner Barthélémy et tout roi qu’il est, il reste impressionné. Le jeune homme revient riche d’un savoir qu’il pourra transmettre comme un messager.

La steppe infinie, de Esther Hautzig

Résultat de recherche d'images pour "la steppe infinie"

Esther Rudomin a une dizaine d’années lorsque la guerre entre dans sa ville natale polonaise de Wilno. Issue d’une famille aristocratique privilégiée, Esther vit d’assez loin ces histoires d’adultes, protégée dans sa belle demeure  au milieu d’une famille aimante. Mais en 1941, des Russes, alors alliés d’Hitler, frappent à leur porte et leur demande de rassembler  quelques affaires avant de les suivre. Elle n’a ne sait pas encore ce qui l’attend mais elle n’aura d’autre choix que de suivre. Un  long trajet de six semaines commence,  dans des trains à bestiaux, qui  va l’emmener au coeur de la Sibérie inhospitalière.

Le roman s’ouvre sur le monde enchanté d’Esther qui s’écroule. La tragédie qui touche cette famille est palpable tout au long du récit malgré le courage dont ils font preuve face à cette épreuve marquée par les privations, la faim, la douleur, les conditions de vie déplorables, le froid. Cet exil dans une contrée aussi isolée et inhospitalière est l’occasion d’un témoignage intéressant et instructif sur une enfance hors du commun. Dans un style descriptif mais néanmoins touchant sans être larmoyant , il témoigne de la faculté d’adaptation de l’être humain. Esther subit un choc de culture, passant en quelques semaines d’une enfance riche et privilégiée à un quotidien d’extrême privation où la recherche de nourriture et l’adaptation à tout prix est le seul objectif sensé, et le savon un luxe. Sans verser dans le sentimentalisme, ce témoignage réaliste permet aux jeunes lecteurs d’aborder une  période historique au programme de 3ème en vivant l’Histoire en son coeur, avec des personnages émouvants, forts et courageux.

Wilno est aujourd’hui connu sous le nom de Vilnius, capitale de la Lituanie.

Russian express, d’Alain Bellet

Youri Serkovitch, jeune adolescent délinquant, gamin des rues « victime de la pauvreté endémique et de l’abandon familial » est poursuivi par la police moscovite. Il est accusé à tort de meurtre, coup monté de la bande organisée du puissant clan des Tataianov avec qui il s’était acoquiné. Il n’a d’autre choix, pour espérer survivre, que de s’enfuir. Il choisira de traverser la Russie, par le Transsibérien jusqu’à Vladivostok aux confins de la Sibérie, dans l’espoir de retrouver peut-être sa mère qui l’a abandonné. Mais ce ne sera sûrement pas dans un wagon de 1ère classe, ni même de troisième qu’il voyagera, mais sous un wagon,  blotti contre les boggies des roues. Il faut qu’il tienne dans des conditions physiques insoutenables, sans nourriture ni eau, le corps meurtri, luttant contre le sommeil pour ne pas tomber. Au détour d’une gare, sa décision de monter à bord, malgré les dangers que cela implique risque de changer son destin…

Un roman qui traverse la Sibérie comme un destin… Les pensées de Youri, à la typographie différente dans le texte, sous le wagon, se mèlent aux paroles des voyageurs au-dessus de lui : réflexions sur ce qu’est devenu cette Russie post-soviétique, instable, qui ne sait que faire de ses enfants des rues, le quotidien du peuple travailleur ou le folklore des trains russes, apartés littéraires sur Pasternak ou Tchékhov, rappels de la période soviétique avec les Russes blancs ou l’Armée rouge. Quelques fantaisies typographiques également nous rappellent l’alphabet cyrillique : KpacHbIe BopoTa (lisez : krasnié varota, nom d’une station de métro à Moscou ) ou Mockba (lisez : Moskva, nom de la ville de Moscou en russe) ou quelques mots aux consonnances  exotiques égrènent le texte : provodnitsa ( la responsable du wagon dans le train) ou babouchka (la grand-mère, la vieille dame) et en font un thriller documentaire à travers la Sibérie, en découvrant l’Oural, la Volga et  les bulbes de ces églises typiques de la Russie.