Je suis venu te chercher, de Hervé Mestron

Un mur entre toi et moi

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Berlin dans les années 60, deux jeunes gens, David et Tabea, passionnés de musique classique. Une passion commune qui marquera aussi le début de leur amour… Un amour chamboulé par un mur qui va couper la ville en deux, un mur qui se dressera entre eux, un mur qui va séparer des familles, des amis durant 28 longues années. En une nuit, tout va basculer…

Pour David, commence alors une longue période d’angoisse, de doute pendant laquelle il n’aura de cesse de se battre pour rechercher son amour. Où est Tabea, que fait-elle, que devient-elle, est-elle encore vivante ? David va se révolter contre la dictature, essayer de comprendre pourquoi soudain tout s’est assombri…

En 1961, un événement historique, tragique a vu le jour avec la construction du mur de Berlin. Un véritable dispositif militaire est mis en place par la RDA de l’époque, pour mettre fin à l’exode de ses habitants vers la RFA. Quiconque essaye de passer le mur est abattu.

A travers les yeux d’un adolescent, Hervé Mestron nous transmet les difficultés de la vie à l’est du mur, les restrictions et les répressions subies par le peuple. Un adolescent qui ne comprend pas pourquoi on a divisé tout un peuple, si brusquement, pourquoi l’ami devient soudain l’ennemi. La méfiance, la crainte de l’autre habitent tout le monde. Ce mur qui tient en otage tous ces gens devient le symbole d’une liberté bafouée, le symbole d’une façon de penser, d’une façon de vivre.

Je suis venu te chercher est aussi l’histoire d’une jeunesse qui ne veut pas mourir, une jeunesse qui a envie de hurler, une jeunesse  qui ne veut pas s’asphyxier. Une lecture très instructive et très abordable pour de jeunes lecteurs.

Le mur sera détruit en 1989.

Toufdepoil et La folle cavale de Toufdepoil, de Claude Gutman

Toufdepoil, de Claude Gutman

Quand la belle-doche débarque….

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Bastien est un jeune garçon qui vit avec son père. Sa mère les a laissés pour partir vivre dans le midi. Bastien ne la voit presque plus. Le quotidien s’organise alors à deux. Le père et le fils font beaucoup de choses ensemble, partagent tout. A chacun de ses anniversaires, Bastien reçoit un cadeau de sa mère. Un jour, un colis énorme arrive et quelle n’est pas sa surprise de voir sortir un chien plein de poils ! Le jeune garçon est fou de joie et lui donne immédiatement comme nom « Toufdepoil ». Tout semble respirer le bonheur jusqu’à l’arrivée de Céline, la nouvelle copine de son père.

Toufdepoil est un roman jeunesse touchant et attendrissant, comme notre petit héros Bastien. Une histoire d’amitié entre un jeune garçon et son chien, qui essaie de trouver la lumière au beau milieu de querelles d’adultes. Toufdepoil c’est aussi le divorce des parents, la présence d’une belle-mère qui va vite devenir une ennemie, un père dépassé par la situation. Il est nécessaire de lire la folle cavale de Toufdepoil qui est la suite des aventures de Bastien.

La folle cavale de Toufdepoil,  de Claude Gutman

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L’ambiance à la maison est toujours aussi tendue avec une belle-mère qui ne fait toujours pas de concessions et qui ne cessent d’imposer ses choix et ses  volontés.

 

Le voyage à rebours, de Sharon Creech

Dis, quand reviendras- tu ?

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Salamanca, treize ans, a grandi dans une ferme, à la campagne. Mais elle et son père vont déménager en ville, après que la mère les ait quittés pour réfléchir sur son existence. La jeune adolescente est anéantie et se persuade qu’elle reviendra un jour. Son père, terrassé par la douleur, ne cesse de lui répéter le contraire. Salamanca va alors entreprendre un long voyage pour tenter de ramener sa maman. Un pari fou en réalité pour cette jeune adolescente. Beaucoup de questions se bousculent dans sa tête. Pourquoi une mère qu’elle chérit tant, a-t-elle pu faire ça ? Tout quitter, pour qui, pour quoi ? Ils étaient bien tous les trois. Ils étaient heureux. Maintenant, le quotidien est devenu triste et douloureux. Salamanca va traverser le nord des Etats-Unis en camping-car avec ses grands-parents. Un couple complètement déjanté, plein de folie. Ils vont suivre un itinéraire guidé par les différentes cartes postales envoyées par la mère de Salamanca. Mabel, sa meilleure amie vit la même épreuve. Sa mère a quitté le foyer familial du jour au lendemain, sans explication. Les deux histoires vont s’entremêler. Au fur à mesure de ce périple, la jeune fille évoque beaucoup de souvenirs, des moments de son enfance qu’elle partage avec ses grands-parents. Elle leur raconte également la vie de Mabel, qui est un peu la sienne. Les deux amies essaient désespérément de découvrir les raisons pour lesquelles leurs mères se sont volatilisées du jour au lendemain. Alors, elles s’inventent des histoires plus rocambolesques les unes que les autres. Un mystère plane autour de ces deux disparitions qui laissent les familles en plein désarroi.

Le voyage à rebours est un roman plein d’émotions, de sensibilité dans lequel l’auteur a su ménager le suspens. La chute n’en reste pas moins brutale. On s’attache très vite aux personnages tout en partageant la tension et l’inquiétude qui grandissent au fur et à mesure que le temps passe. Les grands-parents sont très touchants et apportent une note de couleur au récit. Salamanca va progresser vers l’âge adulte en laissant derrière elle son âme d’enfant. Les épreuves qu’elle traverse vont la faire grandir et lui faire prendre conscience que la vie peut être injuste.

Viou, de Henri Troyat

Arrache coeur

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Sylvie a 7 ans et vit chez ses grands-parents paternels depuis que son père est mort. Il a perdu la vie, deux ans auparavant, lors des combats de 1945. Il était médecin sur le front. Sa mère, secrétaire médicale, vit sur Paris où elle travaille dur. Elle essaie de se reconstruire. La famille est propriétaire d’une usine de matériaux de construction et vend du charbon. Grand-père et grand-mère ne se parlent pas. Les rares échanges sont agressifs et brefs, Viou ne comprend pas pourquoi. Viou est le doux surnom que lui ont donné ses parents. Un surnom qui sent bon le bonheur passé. Au domaine, le dimanche est réservé à la messe et aux interminables promenades au milieu des tombes du cimetière voisin. De retour à la maison, grand-mère recommence à parler de son fils que la mort a fauché si injustement. Et chaque dimanche, elle sort son uniforme impeccablement entretenu, comme si il allait revenir…Voilà comment se déroule la journée dominicale pour Viou. Mais la petite fille n’en peut plus. Personne ne voit sa souffrance, un père à jamais disparu et une mère absente. Et toujours ce culte du mort dans cette maison qui transpire l’austérité, avec une grand-mère si sévère et si intransigeante avec sa petite fille. Viou est au bout et en fait ne sait pas si elle souffre plus de la mort de son père que de l’absence d’une mère dont le parfum, la gentillesse, la délicatesse et tout simplement l’amour sont si réconfortants. Son père était brillant et Viou se doit d’être aussi brillante que lui, ainsi l’a décidé sa grand-mère. Elle doit faire honneur à sa mémoire et surtout ne pas ressembler à sa mère. Quelle offense, que c’est lourd pour une petite fille de 7 ans. Pourquoi tant de haine envers la maman de Viou ? Jamais une marque d’affection alors que toutes les mamies sont là pour câliner leurs petits. Viou était trop petite quand son papa est parti. Les souvenirs sont flous, presque inexistants. Heureusement, il y a tante Madeleine pour parcourir les album photos et parler de sa vie d’avant… Mais comment dire à une mère qu’elle lui manque, que cette séparation rend la vie insupportable. Comment Viou, cette fillette si tourmentée, arrivera t-elle à affronter les événements tragiques qui jalonnent son existence ?

Viou est une très jolie histoire émouvante qui dépeint parfaitement les codes de la vie bourgeoise. Viou, une petite fille triste que la vie n’épargne pas et qui du haut de ses 7 ans ne comprend pas toujours les adultes. Une grand-mère très sévère qui, rongée par la mort de son fils, ne laisse paraître aucun sentiment à l’égard de sa petite-fille. Un roman fort en émotions où le profil de chaque personnage est décrit avec soin, où le lecteur perçoit à travers les yeux de Viou toute la rigidité de la vie des gens de bonne famille. L’absence des êtres aimés est très présente et constitue le fil conducteur de ce roman.

Le jour des premières fois, 3. Croquette et Cie, de Marie Colot – ill. Florence Weiser

Jusqu’au dernier souffle…

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Savanna est triste en allant à l’école, aujourd’hui. Son chien, Bestiole, est gravement malade et il n’a plus que quelques jours à vivre. Devant la détresse de sa petite élève, maîtresse Coline va avoir une idée géniale pour transformer les derniers instants de Bestiole en moments de joie. L’institutrice propose à Savanna d’emmener son chien en classe pour profiter au maximum de son ami jusqu’au jour de son départ. Rires et larmes mêlées, toute la classe va se préparer à faire vivre des moments inoubliables et magiques à Bestiole.

Une histoire touchante qui s’adresse à nos très jeunes lecteurs. Le thème du deuil est ici traité de manière délicate à travers le personnage de maîtresse Coline. Plein de délicatesse, ce récit explique simplement ce qu’est la mort et le rituel qui entoure le départ du défunt. Malgré le thème évoqué, ce petit roman jeunesse est plein de fraîcheur et d’humour. Ce n’est pas facile d’aborder un tel sujet en gardant ce petit côté léger mais Marie Colot y est parvenu. L’auteur nous montre également que tout doit être  expliqué aux enfants. La mort fait partie de la vie, il ne faut pas hésiter à en parler. A noter les belles illustrations de Florence Weiser qui apportent de la douceur et de l’éclat. J’ai eu un coup de cœur pour cette auteure, pour sa plume qui a su également séduire et émouvoir l’adulte que je suis.

Un grand-père tombé du ciel, de Yaël Hassan

Devoir de mémoire

Leah, jeune adolescente de dix ans, vivant à Paris, est bien jalouse de tous ses copains. Elle, elle vit seule avec ses parents, et n’a ni oncles, ni tantes, ni grands-parents ! « La faute à la guerre », lui répond-on brièvement… Pourtant, un jour, on lui annonce que son grand-père -dont elle ignorait l’existence- arrive de New-York pour s’installer chez eux ! Quel est encore ce secret de famille ? Ravie, elle prépare sa venue avec excitation… Mais, elle va vite déchanter : ce grand-père est loin de celui dont elle rêvait : froid, distant, silencieux, grognon, sévère… L’ambiance de la maison jusqu’alors si gaie devient morne et triste. « La vie ne l’a pas épargné », «  Il a tant souffert dans sa vie » sont les seules explications qu’on lui donne. Mais un jour, tout va changer. La maman d’une de ses copines refuse de l’inviter à l’anniversaire de sa fille parce qu’elle est juive… C’est l’élément déclencheur qui va rapprocher Leah et son grand-père. Petit à petit, celui-ci va se laisser apprivoiser par sa petite-fille et lui livrer ses terribles secrets.
Voici un livre tout à fait adapté aux plus jeunes sur le thème de la Seconde guerre mondiale. Les relations entre ce grand-père bourru et sa petite fille qui ne se laisse pas marcher sur les pieds est pleine de bons sentiments. C’est en même temps une première approche tout en douceur sur le thème de la déportation des Juifs pour les plus jeunes : le matricule tatoué sur le bras des déportés, la vie dans les camps de concentration à peine évoqués. Comment survivre après la perte d’êtres chers dans des circonstances terribles ? C’est le drame de cette famille… Ce grand-père n’a jamais pu oublier et n’a jamais réellement réussi à reconstruire sa vie. Le souvenir de sa première femme et de sa petite fille étaient trop présents dans sa mémoire. Ce qui importe à l’auteur, apparemment, c’est surtout de montrer l’importance du « devoir de mémoire » : ne rien oublier, transmettre aux plus jeunes (et là, c’est la petite-fille, curieuse, qui va obliger le grand-père à délier sa parole, petit à petit… )
Un livre triste et touchant qui sonne juste.

C’est le premier livre écrit par Yaël Hassan, immobilisée à la suite d’un accident de voiture. C’est ce livre qui va l’amener à devenir écrivain. Le CDI possède d’autres titres de cet auteur : De Sacha @ Macha / Momo, petit prince des Bleuets / L’ami / La bonne couleur.

Ils m’ont appelée Eva, de Joan M. Wolf

Je m’appelais Milada…

1942. Milada est une jeune fille tchèque de dix ans. Elle vit à Lidice, une petite ville située près de Prague. Son pays est occupé par les troupes hitlériennes depuis 1939. Mais une nuit de juin 1942, des coups violents sont frappés à la porte. Des soldats nazis viennent les arrêter. Tout le village se retrouve sur la place : les adolescents et les hommes sont emmenés d’un côté. Les femmes et les enfants de l’autre. Milada se retrouve dans un gymnase en compagnie de sa petite soeur, sa grand-mère et sa mère. Elle va être repérée par les nazis car elle est blonde aux yeux bleus. Elle va alors être emmenée ainsi qu’une dizaine d’autres enfants, blonds aux yeux bleus comme elle, pour intégrer un Centre et y suivre le programme « Lebensborn ». Cela consiste à germaniser des enfants non allemands pour en faire « de parfaits aryens » : leur apprendre la langue et l’idéologie nazie… et surtout, leur faire oublier jusqu’à leur langue maternelle et leur ancien prénom… Mais Milada ne veut rien oublier…

 » J’ai brusquement eu peur. A la place de mon vrai nom, il y avait un blanc, comme le trou qu’on a dans la bouche après avoir perdu une dent. Longtemps, dans le noir, j’ai cherché, cherché, essayant de retrouver comment on m’appelait avant. Avant le centre mais aucun nom ne m’est venu. »
C’est un récit bouleversant qui est livré ici. Et pourtant, tout en pudeur. Les horreurs de la guerre et surtout du nazisme sont dévoilés mais de telle sorte que ce livre reste accessible aux adolescents à partir de la 3ème. Ecrit comme un témoignage à la première personne d’une jeune adolescente, ce roman est tiré de faits historiques réels et explique très bien l’horreur de l’idéologie nazie : les camps de concentration, l’extermination de populations entières et surtout, ici, un sujet moins connu des plus jeunes : le programme « Lebensborn » qui avait pour but de développer la race aryenne. Est également montré comment la femme était considérée dans la société nazie : une simple reproductrice (en témoigne le passage du livre où les enfants se vantent des médailles qu’ont reçues leur mère : « la médaille des mères », en bronze pour celles qui ont trois enfants, en argent pour quatre enfants, en or pour plus de six).
Les camps de concentration et l’extermination de masse sont également évoqués par l’odeur qui plane constamment dans la ville et la vue des prisonniers décharnés derrière les barbelés. La population locale pouvait-elle réellement ignorer ce qu’il se passait ?
A la fin du livre, une note de l’auteur va bien expliquer, en quelques courtes pages -qu’il faut absolument lire-, les événements terribles qui se sont déroulés dans la petite ville de Lidice : suite à l’assassinat par les résistants tchèques du bras droit d’Hilter en Tchécoslovaquie, Hitler va décider de représailles terribles en rayant de la carte la petite ville de Lidice : les habitants furent tous arrêtés, les hommes et adolescents fusillés, les femmes déportés dans des camps, les enfants asphyxiés au gaz. Seuls une dizaine d’enfants furent sélectionnés pour participer au programme Lebensborn (qui signifie en allemand « source de vie ») et envoyé dans le Centre de Puchkau en Pologne.
Ce livre, malgré un sujet difficile, est de lecture assez facile grâce à une écriture simple, une histoire pleine de rebondissements, une héroïne attachante. Cette lecture est intéressante, à l’heure où l’on vient de célébrer les 70 ans de la libération du camp d’Auschwitz. De plus, sans être didactique, le fond historique est bien documenté. Mais, pour public averti seulement car le thème traité est très dur.