Halloween, néfaste pour les enfants ?

43, rue du Vieux Cimetière, 2. Il faudra me passer sur le corps, de Kate et M. Sarah Klise

il-faudra-me-paer-sur-le-corpsLa vie quotidienne a pris sa routine au manoir Vranstock. M. Bronchon écrit ses livres de jeunesse, aidé du fantôme Adèle, et le jeune Lester se charge des illustrations… Hélas, c’est sans compter l’intervention de Dick Tatter, le dirigeant du Mouvement International Autoritaire pour la Sauvegarde Morale de nos Enfants, appelé plus brièvement le MIASME. Celui-ci n’admet pas que Lester vive au manoir Vranstock sans ses parents. Pour remédier à ce problème, il fait interner Ignace Bronchon – sous prétexte qu’il croit aux fantômes –  dans un asile psychiatrique et Lester dans un orphelinat. Et comme si cela ne suffisait pas, il impose au pays de brûler les livres sur les histoires de fantômes et veut interdire Halloween, cette fête si néfaste pour les enfants ! On aura tout vu …

Un deuxième tome dans la même veine que le premier. Contrairement à ce que l’on pourrait croire si l’on n’a pas lu le livre, ce n’est pas un roman d’horreur. Le titre de la série est le nom de la rue dans lequel se trouve le manoir, et les fantômes y sont bien gentils … Ce sont les adultes qui ne sont pas à la hauteur, sont étroits d’esprit et ne comprennent rien, à part notre ronchon M. Bronchon, peut-être ! C’est un livre plein d’humour, à l’écriture imaginative puisqu’elle alterne lettres et articles de presse et très agréablement illustré en noir et blanc. Et toujours des jeux de mots bien trouvés (Dick Tatter (dictateur), Gemma C. Vossoux (la banquière), etc. Une série qui connaît toujours un très grand succès -mérité- au CDI (ce que je n’avais pas imaginé en lisant le tome 1 -voir ma précédente chronique-… et je suis très heureuse de m’être trompée) ! C’est très rapide à lire, et peut être une entrée en matière  idéale pour des élèves rebutés par la lecture.

De Sacha à Macha de Rachel Hausfater-Douieb Yaël Hassan

Les dévoreurs de livres d’Arsène : les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

De Sacha à Macha, de Rachel Hausfater-Douieb Yaël Hassan

Résultat de recherche d'images pour "de sacha à macha"Voici l’histoire de Sacha, un jeune garçon qui envoie des mails à des adresses imaginaires… jusqu’au jour où Macha, une de ses correspondantes lui répond. Une amitié va naître mais prendre des tournures inattendues à cause des problèmes de famille de Sacha. Comment Macha le raisonnera t-il ? Que fera Sacha ?
Un livre plein d’émotions, des personnages attachants et une histoire d’amitié et de famille très touchante.

Chloé, 5ème – 12 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Et l’avis de  Mumu58 :

Sacha envoie des messages à des adresses mail qui n’existent pas. Contre toute attente, il reçoit une réponse d’une dénommée Macha. Commence alors un échange de correspondance. Sacha et Macha ne peuvent plus se passer de cet échange et chaque jour, ils guettent fébrilement un signal de l’autre. Petit à petit, ils apprennent à se connaître. Macha va vite découvrir le côté un peu sombre de la vie de Sacha. Elle va le pousser dans ses retranchements pour qu’il se livre, qu’il se confie.  Macha a touché un point sensible en évoquant sa maman. Sacha ne sait pas où elle est et son père se mure dans un silence quand il essaie d’évoquer le sujet. Macha incite avec force Sacha à découvrir ce qui est arrivé à sa mère. Et finit par le persuader. Puis un jour, silence, plus de messages de son ami. Il ne répond plus. Que s’est-il passé ? Macha a-t-elle été trop loin ?

Il y a des vérités qui font mal. Se taire parait donc plus simple pour éviter de faire souffrir. De Sacha à Macha évoque l’absence d’une mère, un fils en souffrance face à un père qui ne veut pas parler. Alors Sacha s’invente une mère de rêve et poussé par Macha, il décide de partir à sa recherche . Mais la réalité va ternir cette image de mère modèle. Ne pas savoir par peur d’être déçu. Le personnage du père est touchant. Il a le mauvais rôle. Sacha lui reproche d’entretenir le mystère autour de la disparition de sa mère, il va même penser qu’il en est responsable. Un récit écrit à quatre mains intégralement en temps réel sur internet, constitué uniquement des messages échangés par Sacha et Macha qui toucheront nos lecteurs.

14-14, de Silène Edgar et Paul Beorn

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14-14, de Silène Edgar et Paul Beorn

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Hadrien et Adrien ont 13 ans et sont meilleurs amis. Ils s’écrivent souvent par lettres surtout quand ils ont des problèmes. Dans les lettres d’Adrien, Hadrien ne comprend pas toujours les mots de son ami. Un jour, Adrien décide de rendre visite à son ami mais il se rend compte qu’il y a des choses louches : la ville d’Hadrien n’existe pas, les timbres semblent dater d’une autre époque … Mais c’est normal ! Ils ne vivent pas à la même époque ! Hadrien vit en 1914 alors que Adrien, lui, vit un siècle plus tard, en 2014 !!! Malgré les années qui les séparent, ils s’écrivent et s’envoient des lettres grâce à une boîte aux lettres magique. Mais une chose est sur le point de les séparer, La Guerre. Adrien décide alors de prévenir Hadrien pour ne pas le laisser en danger…

Avis : Un roman qui se lit vite, qu’on comprend facilement et quand on le commence, on a du mal à en sortir ! En effet, l’action et les nombreux rebondissements tiennent en haleine le lecteur. Malgré le contexte de la guerre qui n’est pas si central, on a plaisir à suivre les personnages et c’est malgré tout une histoire qui n’est pas si triste. et on peut voir la différence entre chacune des époques évoquées, le mode de vie.

Alicia, 4ème – 13 ans, membre des Dévoreurs de livres d’Arsène

 

Et la chronique de mumu58

Un siècle chargé d’histoire

Deux siècles qui s’opposent, deux vies qui se croisent à cent ans d’intervalle : Adrien, jeune écolier en 2014 et Hadrien, un enfant paysan en 1914, qui va connaître les horreurs d’une guerre imminente. Une boîte aux lettres, surgie de nulle part, va être le témoin d’une correspondance étroite entre les deux jeunes.

Dans un premier temps, Adrien et Hadrien s’échangent leurs bons vœux pensant s’adresser à un cousin éloigné. Mais petit à petit, ils prennent conscience que chacun fait un voyage dans le temps. Mais peu importe, ils vont tisser des liens d’amitié malgré qu’ils ne fassent pas partie du même monde, de la même époque. Et pourtant, ils ne sont éloignés que de vingt kilomètres…..L’aventure commence, déstabilisante et inimaginable.

Hadrien, fils de paysan, rêve de continuer ses études mais son père s’y oppose car il a besoin de lui à la ferme. La misère, la maladie partagent son quotidien.

 Dans la bassine d’eau très froide, le garçon fait une toilette de chat avec un peu de savon noir. Il a entendu dire que dans les maisons des riches de la ville, l’eau arrivait toute seule dans les tuyaux, c’est peut-être le cas chez Adrien ? En tout cas, ici, à Corbeny, il faut la tirer du puits.

Adrien vit dans le confort, déteste l’école. Mais pourtant ils ont tous les deux les mêmes interrogations et progressivement l’un deviendra le soutien de l’autre. Les lettres leur apportent réconfort et conseils. Les deux adolescents se comprennent. Ils ont des relations tendues avec leurs parents et ont les mêmes préoccupations. Tout va s’accélérer quand Adrien et Hadrien vont déceler des choses bizarres dans leurs courriers. Notamment l’aspect du timbre sur les enveloppes, le fait qu’ils n’emploient pas le même vocabulaire, le même style d’écriture ou tout simplement qu’Hadrien ne connaisse pas le téléphone, internet ou qu’il n’ait jamais entendu parler de la sécurité sociale. Adrien prend conscience alors qu’il a un siècle d’avance et qu’il peut prévenir son ami que la guerre va bientôt faire rage. Il se documente et s’aperçoit que le village de celui-ci a été la cible de combats atroces. Une course contre la montre va commencer pour sauver Hadrien et les siens.

La tête lui tourne , il s’adosse au mur de la maison. Il ne comprend toujours pas comment il a pu écrire à un garçon qui vit cent ans dans le passé. Il n’a pas d’explication pour cela. Mais maintenant, il a une certitude : Hadrien est en danger de mort.

14-14 est un roman poignant, plein de magie et d’originalité. Ce n’est pas une histoire sur la guerre mais sur la vie d’avant guerre. Le titre est en cela un peu trompeur. La guerre reste en toile de fond.

14-14 explique de belle manière comment était le quotidien d’une famille au siècle dernier, aux portes de la première guerre mondiale et nous dépeint la société actuelle. D’un côté, des conditions de vie difficiles où tout le monde était lié à la terre, où il était hors de question de laisser les fils faire des études. Ils étaient plus utiles pour travailler dans les fermes. D’un autre côté, un adolescent en manque de repères, peu motivé par les études, des parents divorcés. Les inquiétudes sont les mêmes : l’amitié, l’amour, la famille, l’école… Un parallèle futur-passé bien mené, à travers le regard d’adolescents, qui tient le lecteur jusqu’à la fin. Le thème de l’éducation est très présent. On perçoit qu’en 1914 la réussite scolaire est une réelle chance de s’en sortir, de devenir quelqu’un. Le maître est une personne écoutée et respectée. De nos jours, certains écoliers ne prennent pas toujours conscience de l’importance d’étudier qu’ils considèrent plutôt comme une corvée …

La première guerre mondiale est présentée comme un événement lointain pour Adrien alors que pour Hadrien elle est proche. Des reproductions de documents ou de photos d’époque viennent merveilleusement illustrer un texte clair et précis. Deux jeunes gens attachants : Hadrien, dans sa lutte pour accéder à une classe sociale meilleure et qui pour y arriver , doit combattre l’ autorité d’un père hermétique. Et Adrien qui manque de confiance en lui entre un père absent suite au divorce et une mère protectrice. Une belle histoire d’amitié à travers le temps qui ne peut laisser le lecteur indifférent et qui peut servir de support pour une étude de l’histoire dans les établissements scolaires.

 

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Secret de famille

Eux sur la photo,  de Hélène Gestern


Afficher l'image d'origineHélène a perdu sa mère quand elle avait 3 ans. Elle découvre dans les archives familiales une photo illustrant un article dans un journal. Le nom de sa mère y figure. Cette femme a l’air heureuse, deux hommes sont présents à côté d’elle. Hélène décide alors de passer une annonce espérant avoir des renseignements sur les deux inconnus. Stéphane, qui a reconnu son père, écrit à Hélène.

Quel est le lien entre la mère d’Hélène et le père de Stéphane ? Pourquoi un jour leurs routes se sont croisées ?

Hélène entraîne alors Stéphane dans sa quête de vérité.

S’en suit un échange de correspondance . Une folle aventure épistolaire commence…

Le mystère concernant les circonstances du décès de sa mère reste entier pour Hélène. Dès son plus jeune âge, elle questionnait son père mais celui-ci évitait le sujet. Evoquer le drame le mettait dans une grosse colère. Pourquoi ? En fait, enfant, Hélène ne connaissait rien de sa mère et les années n’ont fait qu’accroître cette ignorance. Elle a été élevée par sa belle-mère avec laquelle elle s’entendait bien et qui était devenue sa mère adoptive.

Son père est mort, sa belle-mère est gravement malade, elle se retrouve seule pour assembler une à une les pièces d’un puzzle qui semble très difficile à achever.

De son côté, Stéphane voudrait en savoir plus sur son père. Un père décédé un an plus tôt.

Chacun d’eux va se laisser aller au jeu des confidences. Ils vont se rapprocher, partager les mêmes souffrances. Ils fouillent dans un passé qui va les rattraper et leur exploser en pleine figure…Un passé bâti sur des mensonges qui va les égratigner.

La description d’une photo trouvée par Hélène commence chaque chapitre. Elle nous en fait une longue description si parfaite, si troublante par les détails que le lecteur peut deviner aisément la scène. De ce fait, le lecteur est invité à s’asseoir et à partager tous les instants de la vie de la narratrice. Petit à petit, on rentre dans son passé qui nous émeut.

Face à ses photos, Hélène est comme un peintre devant son aquarelle. A chaque fois, une photo relance les questions, les malaises.

Mais chacun peut interpréter à sa manière une photo, prêter aux proches un sentiment qu’ils n’avaient pas forcément ce jour là. Alors il faut avancer prudemment en évitant de juger.

Ce récit est-elle  une autobiographie ? Le rythme est rapide. Une lettre en amène une autre. Se succèdent les mails, les coups de téléphones, les rendez-vous. Le mode de correspondance change et devient plus intime comme les relations entre Hélène et Stéphane. On est pris dans cet enchaînement fou de découvertes, d’émotions, de doute et de découragement. On ne lâche rien car on veut aussi savoir, on est trop impliqué.

Je pense qu’on ne peut pas construire un avenir si on n’a pas de passé. Tout être humain a besoin de savoir d’où il vient, de connaître ses racines. Mais quand on est amené à connaître certaines vérités tout peut être remis en question aussi bien son passé que l’avenir qu’on essaie tant bien que mal de construire.

La difficulté réside aussi à accepter ce qu’on découvre et donc accepter que notre vie soit bouleversée.

Pour ma part, je suis très attachée aux photos et aux souvenirs qu’elles me renvoient. Mais une photo peut nous faire du mal. Je ne sais pas si, comme Hélène, j’aurais eu la force d’aller jusqu’au bout. Mais la quête de soi doit rendre plus fort et en fait, qu’est ce qu’on a à perdre ? Sur ce coup-là, Hélène peut perdre Stéphane mais même si la fin de cette histoire ne nous dévoile rien, j’ose imaginer que plus rien ne pourra se dresser sur leur route et que leurs doutes laisseront place à l’espoir. J’ai eu beaucoup de plaisir à accompagner ces deux êtres si touchants que j’ai eu du mal à quitter.

Ce récit m’a rendu nostalgique, j’ai ressenti un vide quand j’ai terminé ma lecture qui m’a remuée. Chaque descriptif de photo me ramenait à mon propre passé, à mes propres photos. C’est étrange, je ne pensais pas ressentir autant de sensations car pour moi ce livre a eu un effet émotionnel immense.

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Van Gogh, le tourmenté

Mon cher Van Gogh, texte de Raphaële Frier – graphisme de Julieta Cànepa

 
Afficher l'image d'origineOn découvre le parcours poignant de ce peintre à la sensibilité d’écorché vif, né en 1853. Son travail singulier désarçonne ses contemporains qui le traitent de fou et lui renvoient ses dessins de « chien pourri ». Seuls quelques amis peintres, notamment du courant impressionniste, sauront reconnaître son génie. Bravant de nombreuses difficultés matérielles et psychiques, il peint sans relâche toute sa courte vie. De son vivant il ne vendra quasiment pas de toile, quand après sa mort, elles s’arracheront en millions d’euros. Sa mort à 36 ans est à l’image de ce qu’aura été sa vie : violente, cahotique et intense.
Voici une biographie originale qui prend la forme de 10 lettres et 10 fictions, regroupées en 10 chapitres.
L’écriture de Raphaële Frier est très agréable, d’une grande tendresse, et l’alternance lettre/fiction rend la lecture facile. Grâce à cette biographie romancée, on retient bien les évènements majeurs de la vie de Van Gogh. Accessible pour les lecteurs dès la 6ème. Une bonne idée, donc, que cette collection « Mon cher… » qui rend très abordable des biographies de personnages illustres…

Mes parents déménagent !

La vie compliquée de Léa Olivier, 1. Perdue, de Catherine Girard-Audet

Léa Olivier, 14 ans, a une vie bien compliquée : elle doit quitter son collège, ses amies, son « chum » (=amoureux), sa petite bourgade du Québec pour suivre ses parents qui s’installent à Montréal pour raisons professionnelles. Réussira-t-elle à poursuivre sa relation avec son petit copain, malgré les kilomètres qui les séparent ? Arrivera-t-elle à suivre scolairement dans son nouvel établissement ? Arrivera-t-elle à s’adapter à son nouvel environnement ? Parviendra-t-elle à se faire de nouvelles amies, elle, si « rejet » ?

Ecrit uniquement sous forme de messages par mail ou téléphone, ce roman est très « adolescent », ponctué toutes les  15 lignes d’un « lol ». On l’aura compris, il y est ici question des préoccupations d’adolescents, en particulier les bandes de copains et les rivalités, les amours et les « BFF » (= les meilleures amies). Gentillet, sans prétention, ce livre devrait être apprécié des collégiens, même s’ils risquent d’être un peu déroutés par le langage et les tournures de phrases québécoises (mais un lexxique prend judicieusement place en fin d’ouvrage !). C’est de mon côté, en tant qu’adulte, ce qui m’a le plus amusé, car j’ai quand même trouvé que l’histoire en elle-même manquait de profondeur et de dynamisme… Une « vie compliquée’  n’a bien entendu pas le même sens pour chacun !

Intrigue au collège

L’agenda, Hélène Montardre

Au CDI de son collège, Jérémy trouve un agenda, rempli de dessins, de petits mots, de photos. En le feuilletant, il ne trouve pas de nom. Au lieu de remettre l’agenda à la documentaliste, il décide de l’emmener chez lui et de le lire afin de découvrir à qui il appartient.. Au cours de sa lecture, il va découvrir les secrets et les confidences de cette mystérieuse inconnue qui a perdu sa mère. Qui est donc cette jeune fille qui semble si populaire  ? Jérémie ne va plus au collège avec le même regard. Il essaie d’imaginer, à travers chaque élève qu’il croise, la mystérieuse propriétaire. Puis, il arrive à la lecture du 24 mars où un rendez-vous est fixé… Le 24 mars, c’est le lendemain. Jérémy va enfin savoir… C’est Laura, une fille effacée dont il tombe amoureux…

La première partie du livre correspond à la lecture de l’agenda, la seconde à la découverte de son propriétaire et la dernière à la révélation finale de cette histoire…

« La page est vide. Presque. Il y a juste un papier plié et replié, collé, avec écrit dessus en grosses lettres noires: TOP SECRET. Je le déplie avec précaution. A l’intérieur, une main a tracé dans la même encre noire : « On dit qu’écrire libère. On va bien voir. » »

Ce court roman est bien mené. Le titre, la couverture, le résumé laissent croire à un roman pour adolescents assez banal, léger, un peu mièvre peut-être, mais la fin, totalement surprenante, en fait un roman original, bien moins léger qu’il n’y paraît, qui aborde les thèmes difficiles du mal-être adolescent, du deuil, de la solitude, de la différence…

Je vais dévoiler ici la fin, pour mes élèves qui n’ont pas bien compris, mais je conseille à ceux qui n’ont pas lu ce livre et souhaite le lire, d’arrêter la lecture de la critique ici.

Dans la dernière partie du livre, on découvre des lettres écrites par la sœur de Jérémie, Lucie, adressées à son frère, des années plus tard. Alors qu’elle vide la maison familiale, elle tombe sur une boîte dans l’ancienne chambre de Jérémie. A l’intérieur, le fameux agenda et un carnet rouge, sorte de journal intime qui fait écho à l’agenda. Enfant introverti, discret, solitaire, elle comprend que son frère s’est inventé un double qui lui a permis de surmonter sa tristesse et sa solitude, de se libérer du mal-être qui l’envahit depuis le décès de sa mère. Il a créé ce personnage car il n’avait pas d’amis, se sentait seul et rêvait de vivre quelque chose d’extraordinaire qui l’aiderait à supporter le quotidien. Lucie imagine même que l’agenda a été créé de toute pièce par son frère, sorte de double féminin. « Quand Jérémie écrit telle ou telle chose, qui l’écrit en réalité ? » ; « Le 24 Mars est le jour où sa mère meurt, peut-il se trouver dans le parc ce jour-là ? »

Mais cette hypothèse est mise à mal lorsque Lucie reçoit une lettre de Laura, qui, travaillant dans l’édition sur un projet d’agendas d’adolescents, recherche celui qu’elle avait perdu en 5ème au collège et qu’elle sait détenir par Jérémie.

La construction complexe de ce livre en fait un livre pas facilement abordable pour les plus jeunes. Deux épilogues pour une même histoire : la fin reste ouverte, ce qui peut être déconcertant pour les jeunes lecteurs. Mais cette complexité en fait aussi l’intérêt puisqu’une relecture s’impose presque suite aux révélations finales. La richesse des genres est aussi intéressant puisque ce livre aborde à la fois l’enquête, le récit épistolaire et autobiographique