Maïté Coiffure, de Marie-Aude Murail

Louis Feyrières est un collégien qui n’aime pas l’école. Comme tous les élèves de 3ème, il doit trouver un stage en entreprise. Il n’a aucune idée, et surtout aucune motivation. C’est sa grand-mère qui lui parle du salon Maïté Coiffure. Louis rencontre ceux qui vont être ses collègues le temps d’une semaine : Madame Maïté la patronne, Fifi le jeune coiffeur aux ciseaux virevoltants, Carla la belle blonde aux talons aiguilles, et Garance l’apprentie pas motivée. Et il découvre le parfum entêtant des laques, les clientes et leurs conversations, l’ambiance animée d’un salon qu’il ne voudra plus quitter. À partir de ce moment, une petite machine se met en marche dans sa tête, la fibre pour la coiffure vient de naître en lui.

Mais comment réaliser son rêve quand, à 14 ans, il faut retourner en cours et finir une scolarité qui ne l’intéresse pas ? Et surtout quand son père, qui est chirurgien, ne jure que par grandes études et carrière brillante… ?

L’histoire attachante d’un adolescent, comme Marie-Aude Murail sait si bien les dépeindre. De petits arrangements en gros mensonges, Louis nous entraîne dans ses tribulations, nous laissant impressionnés devant tant d’ingéniosité et de ténacité. Dans Maïté Coiffure, avec en toile de fond le thème des relations père-fils, on aborde l’orientation scolaire, des risques du décrochage à la véritable vocation professionnelle.

Des sujets qui peuvent parler à nombre de lecteurs au collège.

A copier 100 fois, d’Antoine Dole

Tous les jours, au collège, notre narrateur se fait harceler, frapper, humilier, insulter par la même bande qui le traite de « pédé », de « fiotte ». Il ne sait plus comment se défendre, se cacher. Chez lui, aucun soutien. Il vit seul avec son père qui ne semble pas mesurer la gravité des choses, qui aimerait bien que son fils arrête d’être une mauviette et apprenne à se battre.

Et mon père se trompe, suffit pas de le vouloir pour que les choses s’arrêtent.

Heureusement, sa route va croiser celle de Sarah, une camarade de classe, qui va avoir le courage de prendre sa défense et ainsi, lui redonner espoir. Mais comment renouer le dialogue avec ce père qui est dans le déni ? Comment lui faire accepter son homosexualité ? Comment lui faire prendre conscience qu’il a besoin de son soutien sans faille ?

Un texte très court mais très dense, qui nous plonge sans ménagement dans l’univers sans pitié du harcèlement scolaire. Le fait que le personnage-narrateur n’ait pas de nom apporte un côté à la fois intimiste et universel  à ce récit coup de poing. L’écriture directe et incisive de l’auteur donne une force supplémentaire à ce témoignage émouvant sur des faits hélas, encore trop souvent d’actualité. Ecrit à la première personne, le texte est également ponctué de phrases en italique correspondant aux paroles que le jeune garçon aimerait avoir le courage de dire à ses agresseurs, à son père, à Sarah :

Mais on s’y fait Sarah, à ce monde qui cogne et qui heurte, c’est celui dont on avait peur la nuit quand on était petits. Quand ma mère me disait que les monstres n’existaient pas, que fallait pas avoir peur, c’était pas vrai Sarah. Ces monstres-là, ils existent, moi, j’en ai rencontré. On s’y fait et c’est le pire, on s’habitue à tout.

A lire à partir de la 3ème.

 

Le journal de mon père, de Jirô Taniguchi

Mon père, cet inconnu

Lorsque Yoichi apprend le décès de son père, il pense tout d’abord n’aller qu’aux obsèques mais sa femme réussit à le convaincre de retourner dans son village natal pour assister à la veillée funèbre. Il est, en effet, coutume au Japon, de rester le soir et la nuit avant l’enterrement auprès du défunt afin de lui rendre un dernier hommage. Il n’avait pas revu son père depuis bien des années. Même lorsque ce dernier a été hospitalisé, il n’avait pas fait le déplacement. Yoichi nourrit en effet de la rancœur envers son père sans véritablement se souvenir pourquoi. Mais cette veillée funèbre, où chacun des amis de son père va évoquer ses souvenirs, va lui révéler des facettes de la personnalité de son père qu’il ne connaissait pas. Avec son regard d’enfant, il n’a pas exactement perçu tout ce qui se passait, d’autant plus que son père comme sa grande-sœur ont essayé de le protéger. Yoichi va par exemple apprendre pourquoi son père travaillait avec autant d’acharnement, pourquoi il passait si peu de temps avec sa famille, pourquoi sa mère est partie…. Il va s’apercevoir qu’il s’était trompé au sujet de celui qui l’a élevé, mais il est malheureusement trop tard pour réparer ses erreurs.

Après Quartier lointain (tome 1 et tome 2), Jirô Taniguchi aborde à nouveau les relations père-fils, toujours avec cette sensibilité mais aussi cette pudeur qui le caractérise. On trouve effectivement peu de mots d’amour dans ce livre et pourtant, c’est bien l’impression qu’il s’en dégage. Sans l’écrire, l’auteur parvient néanmoins à nous faire passer ce sentiment si fort. Il y est aussi question des bouleversements et de l’injustice de la vie : une catastrophe peut en effet changer le destin de certains individus. Ces thèmes sont peut-être difficiles à percevoir pour les adolescents et peut-être difficile à cerner à un âge où tout nous parait possible. C’est justement l’erreur de Yoichi, dans sa jeunesse, qui pose un regard très dur sur son père sans se rendre compte de tout ce que celui-ci fait, de tout ce qu’il sacrifie pour ses enfants. Encore plus que dans Quartier Lointain, il est malheureusement trop tard pour le héros, ici pas de deuxième chance. C’est donc plus qu’une histoire, une mise en garde afin que le lecteur ne fasse pas les mêmes erreurs.