Grand Est, de Denis Robert

Sur la route de Hayange

zoomUn père, journaliste en panne d’écriture, se retrouve à garder son fils de 8 ans, sa mère étant partie aux Etats-Unis installer leur fille étudiante. C’est l’occasion d’un road-trip social à travers une Lorraine en perdition qui prend très vite la forme  d’un voyage de la transmission de la mémoire et du passé. Des rencontres singulières et du tourisme sont au rendez-vous de ce récit initiatique.

Du journalisme d’investigation sous forme de bande dessinée. L’histoire commence  à l’automobile club de Moselle, où notre narrateur passe un stage de sécurité routière : pour 289 €, de pauvres gens se repaient une conduite ! Puis,  Denis et son fils vont prendre la route, à la rencontre des lieux et des gens qui ont marqué sa mémoire et chaque étape est prétexte pour voir défiler toute une série de sujets polémiques : les jeux vidéos et les jouets de guerre, l’encombrement des prisons, la politique menée par le maire d’Amnéville, les conséquences des milliers de kilomètres de galeries creusées dans le sol lors de l’exploitation  des mines et qui font qu’actuellement des maisons et des routes s’affaissent , le hausse du taux de chômage,  la montée du Front national, la gestion du journal local, le Républicain lorrain, l’intérêt ou non de l’existence d’écomusées de mines de fer dans un esprit de commémoration d’un passé définitivement révolu, l’affaire Cahuzac,  et même l’affaire irrésolue  du petit Grégory, ce petit garçon retrouvé  noyé dans la Vologne et qui fit régulièrement la Une des journaux durant des années. Et j’en passe et en oublie….

Denis Robert, le scénariste, est également le narrateur de cette histoire dont il est le héros principal.  Une bande dessinée autobiographique qui lui permet de faire entendre sa voix de journaliste d’investigation, spécialiste des questions politico-financières. Après dix ans de procédures judiciaires pour avoir dévoilé le mécanisme du blanchiment  d’argent sale et escroquerie fiscale, il a lui-même été enfin blanchi. Mosellan, il pose un regard sans concession sur sa région natale, qu’il n’a jamais su quitter.

Etant d’origine lorraine, cette bande dessinée m’a particulièrement intéressée et touchée. Très documentée et riche, elle sait parfaitement retranscrire le climat de cette région marquée par les bassins houillers et son identité industrielle. Les illustrations sont des plus fidèles, quasi photographiques dans leur précision… C’est comme si on y était. Une bande dessinée résolument politique et polémique destinée à des adultes qui ont le bagage nécessaire à la compréhension des faits évoqués – ou éventuellement à des lycéens lorrains.

 

Holden, mon frère, de Fanny Chiarello

Lire pour vivre

Kévin Pouchin, élève de 3ème, n’est pas franchement gâté par la vie. Au milieu de ses frères et soeurs, au mieux, il passe totalement inaperçu auprès de sa mère qui passe son temps à regarder de mauvaises séries américaines à la télé, au pire il reçoit des batteries d’injures, de coups et d’humiliations en guise de marques de tendresse… Quant à son père, il disparaît du jour au lendemain pour revenir des semaines plus tard sans fournir la moindre explication.

Un après-midi d’hiver, alors qu’il est en quête d’un coin au chaud où il ne se ferait ni hurler dessus par sa mère, ni embêter par les caïds de la cité, Kévin se décide à pousser la porte de la bibliothèque municipale. Juste pour être au chaud. Surtout pas pour lire un livre. Mais par un malheureux – ou heureux peut-être, je vous le laisse découvrir – Kévin va croiser le chemin de Laurie, la première de la classe de 3èmeD et d’Irène, une mamie survoltée, bien décidée à œuvrer à l' »élévation spirituelle et culturelle » du jeune homme. Ainsi, contre toute-attente, celui qui cachait un album des Schtoumpfs dans un livre consacré aux motos pour se donner une contenance et entretenir une apparence de « mâle dur-à-cuire » va se retrouver à dévorer L’Attrape-coeur de Salinger en cachette et s’attacher à son héros – Holden Caulfield – avec qui il se découvre de nombreuses ressemblances.

En devant faire un choix dans les nouveautés, j’ai tout de suite été attirée par la quatrième de couverture laissant augurer une initiation littéraire à la fois drôle et émouvante. Sur ce point, je n’ai pas été déçue, c’est bien de cela dont il s’agit. On s’attache rapidement au héros-narrateur et à ses amis. Par contre, j’avoue n’avoir pas vraiment accroché au style de l’auteur qui cherche trop à « parler jeune » et se perd en périphrases incessantes qui rendent parfois le propos difficile à saisir. J’ai trouvé aussi la peinture de la famille de Kévin vraiment très caricaturale, et même s’il s’agit sans doute d’une volonté de l’auteur, certains aspects auraient gagné à être affinés. Cela mis à part, on passe un bon moment avec ce roman de formation qui parle d’amour et de littérature et le jeune lecteur sera amené à réfléchir sur les apparences : est-il préférable de conserver une bonne réputation dans son collège avec son image de cancre ou d’élargir son champ de vision, espérer sortir de la case que l’on vous a réservé et au final vivre sa propre vie ? A vous de le découvrir très prochainement au CDI !

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