Art et politique, de Nicolas Martin et Eloi Rousseau

We don’t need another hero

Un ouvrage passionnant pour comprendre comment l’art  peut être une forme de pouvoir. Parfois, les artistes se mettent au service du pouvoir dominant, et leur art devient instrument de propagande, même d’un pouvoir totalitaire. Parfois, au contraire, les artistes se mettent au service de mouvements contestataires pour dénoncer l’oppression, les injustices, parfois au péril de leur vie.

Cet ouvrage, abondamment illustré, présenté de manière très agréable et aérée, en courts chapitres bien construit, dresse un aperçu à travers l’Histoire de l’artiste qui est là  non seulement pour représenter le monde, mais bien aussi pour le faire bouger ! Les différents mouvements sont présentés (du portrait de cour aux surréalistes, du réalisme au constructivisme), ainsi que différentes techniques ou supports (street art, affiches, photomontages, détournements, etc). Cet ouvrage s’articule autour de 7  thématiques présentées en chapitres : Révolte, Guerre, Révolution, Dictature, Dissidence, Luttes, Mondialisation. La palette d’artistes cités permet de plus  un éventail très large et varié  : David, Goya, Grosz, Warhol, Bansky, Heartfield, Ai Weiwei.

 

Démontrer le harcèlement et ses conséquences

Blacklistée, de Cole Gibsen

Résultat de recherche d'images pour Regan, lycéenne de dix-sept ans, vit dans l’Illinois. Sous ses airs de fille sûre d’elle, n’hésitant pas à rejeter les autres qu’elle et ses amies jugent inintéressants ou bizarres, Regan cache un secret susceptible d’être lourd de conséquences auprès de ses camarades. Celle-ci souffre de troubles de l’anxiété. Il faut reconnaître que psychologiquement elle n’est pas aidée par sa mère, femme politique, députée, centrée sur les prochaines élections. Considérant que les images sont primordiales en politique, sa mère lui fait porter de lourdes responsabilités tant sur son apparence que sur ses résultats scolaires. Regan fréquente un lycée privé où tout se passe bien jusqu’au jour où un matin, alors qu’elle arrive au lycée, elle découvre ses messages privés placardés sur les murs du lycée. Insultes, mensonges, manipulations, toutes les personnes qu’elle a insulté par SMS avec Payton ou encore Amber sont dévoilés. Regan devient une paria et va commencer à vivre un enfer au lycée. Elle ne sait pas qui se cache derrière cette trahison mais soupçonne son amie Amber. Mais Regan ne sera pas complètement seule, Nolan, mystérieux garçon, caméra à la main, va se trouver constamment sur son chemin. Pour quelles raisons ? Comment la vie de Regan a-t-elle pu basculer de cette manière du jour au lendemain sans qu’elle s’en aperçoive ? Personne ne sortira indemne de cette épisode sombre et douloureux touchant une grande partie des lycéens.

Écrit à la première personne du singulier, Blacklistée est un roman américain ayant connu un véritable succès. A travers les propos de la narratrice, Regan, le lecteur est immergé dans la vie d’une lycéenne de dix-sept ans vivant dans un milieu ultra-aisé. Mais pour autant, Regan n’a rien d’une fille complètement épanouie, au contraire. Cole Gibsen, l’auteure de l’ouvrage, traite les tenants et les aboutissants du harcèlement scolaire. La force de l’histoire réside dans le fait qu’elle n’épargne personne, de la victime à l’assassin, du harcelé au harceleur, des personnels du lycée aux parents, de l’établissement à la société. Le scénario de ce roman fait comprendre que l’origine du harcèlement va bien au-delà de simples disputes ou querelles entre camarades, il reflète entre autre l’image d’une société intolérante où certaines différences restent jugées de façon négative. La pression que subit Regan à cause de sa mère l’ayant éduquée aux règles d’or de la politique fait d’elle une fille d’abord hautaine et sûre d’elle en apparence puis d’une lycéenne anxieuse et isolée, vivant sous pression en continue.

Regan souffre par ailleurs d’un mal-être permanent dû à ses troubles de l’anxiété qu’elle ne peut dévoiler au risque de voir sa réputation s’effondrer. Cependant, elle n’est pas la seule du lycée à vivre cette situation. Plusieurs personnages du roman vivent avec une menace permanente, une peur bleue de voir leurs secrets dévoilés : des troubles du comportement à l’orientation sexuelle. Cette crainte pousse ces derniers à se tourmenter les uns les autres.

Cole Gibsen ne se contente pas de montrer uniquement les effets néfastes du harcèlement  et ne tombe jamais dans le pathos. Elle sensibilise et porte une réflexion pertinente et efficace, des origines du harcèlement à la manière d’y remédier. L’histoire va plus loin, elle montre l’inconscience des jeunes face au harcèlement, car avant d’être victime, Regan a été coupable de harcèlement sans savoir qu’elle faisait du mal. Cole Gibsen semble surtout centrer son propos autour des origines du harcèlement, la manière dont celui-ci se construit et les raisons pour lesquelles il a lieu et s’amplifie. Car avant de résoudre un problème, il faut toujours puiser à la source et comprendre la manière dont celui-ci s’est formé.

Blacklistée, au-delà du sujet traité, est un roman addictif, où le suspens demeure au fil des pages. La fin offre une parfaite démonstration du harcèlement et des ses conséquences et montre que bien que les choses s’arrangent au fil du temps ou par des actions engagées, le harcèlement laisse indéfiniment des traces visibles ou invisibles. A l’image des personnages, le lecteur sort grandit de cette expérience.

Une lecture que je conseille vivement à partir de la troisième et aux lycéens. La situation des personnages, le style littéraire et le scénario font que ce roman semble destiné à des adolescents de plus de quinze ans. N’ayez pas peur, vous ne serez qu’enrichis lorsque vous aurez fermé ce roman tantôt rose, tantôt noir.

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Mystérieuse cité aux mille noms

La cité sans nom, tome 1. Menace sur l’Empire Dao, de Faith Erin Hicks

La Cité sans nom - La Cité sans nom, T1Elle se trouve sur les abords du fleuve des Vies. Une roche creusée d’un trou par l’homme la domine et relie le fleuve à l’océan. Elle porte mille noms différents selon qui la nomme, mais en fait, elle n’a pas vraiment de nom. Elle pourrait être une cité de paix,  mais les tensions entre les envahisseurs, les Dao et les habitants natifs de la cité, les Skral menacent sa sérénité.

Kaidu a quitté sa mère, chef de tribu, pour rejoindre son père dans la cité. Il suit un entraînement intensif pour intégrer l’armée Dao, dirigée par le fils du général de toutes les lames, chef de la cité. Alors qu’il flâne dans la cité, il se lie d’amitié avec Rate, une jeune fille des rues. Cette relation est improbable car ils ne sont pas du même côté et Rate déteste tout ce que peut représenter Kaidu… Pourtant, Kaidu et son père cherchent à unir les peuples pour vivre en paix. Parviendront-ils à convaincre le général de toutes les lames ? Et si celui-ci accepte un compromis, sa politique ne risque-t-elle pas de le mettre en danger ?

Une bande dessinée dynamique illustrée par l’auteure elle-même.  Le trait est vif, coloré et rythmé. Une histoire de complot, de politique, de paix entre les peuples, mais aussi d’amitié et de courage, d’acceptation de l’autre et de sa différence. Une belle leçon de vie en ces temps d’élection présidentielle ! On attend maintenant le tome 2 avec impatience.

 

Fille de Présidente, tome 2. Sans papiers et sans problèmes, de Pascale Perrier

Protocole et compagnie

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Coucou me revoilà ! Nous sommes les locataires de l’Elysée ! Ce que je redoutais est arrivé… Je ne peux plus me déplacer sans garde du corps, je ne peux plus m’habiller comme je veux ! Bref, depuis que maman est Présidente, tout va de travers. Ma vie est loin d’être de tout repos. Etre adolescente et fille de Présidente, quelle galère !

Avec beaucoup d’humour, Angèle nous dépeint la vie de sa famille depuis que sa mère a été élue Présidente de la République. Elle nous invite à l’Elysée. Une maman peu disponible, un papa qui continue de briller par son absence, des enfants aux mains des baby sitters et des gardes du corps, une vie trop carrée, un quotidien  bouleversé. Angèle ne peut plus aller au collège seule, elle est enregistrée sous un nom qui n’est pas le sien et doit avoir une conduite exemplaire. Là, c’est un peu plus difficile. Angèle va faire les frais de la notoriété de sa mère puisque la presse va s’emparer de son bulletin de notes et divulguer dans les journaux ses mauvaises appréciations. La jeune fille change alors de collège où elle va faire la connaissance d’Andréi, un camarade de classe menacé d’expulsion.

Un nouveau roman de Pascale Perrier qui se lit toujours avec autant de plaisir car sa plume reste fluide, pleine de fantaisie, avec des personnages très attachantsDans le premier tome, l’auteur initiait les lecteurs à la vie politique. Avec le tome 2, elle nous entraîne dans le palais présidentiel, dans une vie pleine de protocoles et de contraintes. En parallèle des magouilles politiques, une situation délicate pour un ami d’Angèle qui risque l’expulsion. Des sujets plus que d’actualité traités à travers la voie d’Angèle,  une adolescente qui veut avoir une vie normale, sans chichi.

Réseau clandestin et liberté.

La bonne couleur, de Yaël Hassan.

Max a 15 ans et vit dans un monde soumis à la dictature. L’entraide est bannie, des livres qui vont à l’encontre de la pensée actuelle ont écouleur300-1b4e3té détruits…
A l’école, des  couleurs d’uniformes différentes ont été choisies selon si l’on est considéré comme l’élite (violet) ou bien comme exclus de tous et « nul » (brun). Max, qui était excellent jusqu’à aujourd’hui, se retrouve avec un uniforme brun et est donc sujet à des humiliations et des exclusions. Il porte cet uniforme parce qu’il s’était lié d’amitié avec Félix, le vieil antiquaire qui habitait en dessous de chez lui et a été dénoncé.  Il s’intéressait à de nombreux objets qui étaient dans sa boutique mais surtout au récit du vieil homme sur la vie d’avant que Max trouvait bien mieux. Magda, sa maman, les surprend une nuit et Félix se fait arrêter. Il a juste le temps de glisser à Max Seul dans Berlin, un livre sur la résistance allemande antinazie. On apprend quelques temps plus tard que le vieux Félix est mort… un suicide, est-ce vraiment le cas ? En même temps on nous raconte la libération de Jo, le père de Max, qui fait partie du réseau de Félix.
Va-t-il poursuivre son travail, que vont-ils mettre en place? Reviendra-t-on à une démocratie ?
L’auteure de ce livre nous montre une société où tout le monde est surveillé et fiché : les élèves selon leur mérite sont classés par ordre de couleur. Le titre pourrait, si on ne lit pas le livre, nous faire directement penser à une histoire de couleur de peau. L’auteure crée un personnage, Max, qui est un enfant qui refuse de rentrer dans le moule, et qui réagit. D’un autre coté, un vieil homme, Félix, qui est présent pour transmettre son savoir sur le passé à une génération future pour que celle-ci puisse assurer la suite et amener à un monde plus serein.
Ce livre est un livre très intéressant et facile d’accès pour  les élèves. Même si par moment il est un peu compliqué de se situer dans l’histoire parce qu’il y a de nombreux retour en arrière.
Ce livre a obtenu le prix NRP en 2006.

 

Grand Est, de Denis Robert

Sur la route de Hayange

zoomUn père, journaliste en panne d’écriture, se retrouve à garder son fils de 8 ans, sa mère étant partie aux Etats-Unis installer leur fille étudiante. C’est l’occasion d’un road-trip social à travers une Lorraine en perdition qui prend très vite la forme  d’un voyage de la transmission de la mémoire et du passé. Des rencontres singulières et du tourisme sont au rendez-vous de ce récit initiatique.

Du journalisme d’investigation sous forme de bande dessinée. L’histoire commence  à l’automobile club de Moselle, où notre narrateur passe un stage de sécurité routière : pour 289 €, de pauvres gens se repaient une conduite ! Puis,  Denis et son fils vont prendre la route, à la rencontre des lieux et des gens qui ont marqué sa mémoire et chaque étape est prétexte pour voir défiler toute une série de sujets polémiques : les jeux vidéos et les jouets de guerre, l’encombrement des prisons, la politique menée par le maire d’Amnéville, les conséquences des milliers de kilomètres de galeries creusées dans le sol lors de l’exploitation  des mines et qui font qu’actuellement des maisons et des routes s’affaissent , le hausse du taux de chômage,  la montée du Front national, la gestion du journal local, le Républicain lorrain, l’intérêt ou non de l’existence d’écomusées de mines de fer dans un esprit de commémoration d’un passé définitivement révolu, l’affaire Cahuzac,  et même l’affaire irrésolue  du petit Grégory, ce petit garçon retrouvé  noyé dans la Vologne et qui fit régulièrement la Une des journaux durant des années. Et j’en passe et en oublie….

Denis Robert, le scénariste, est également le narrateur de cette histoire dont il est le héros principal.  Une bande dessinée autobiographique qui lui permet de faire entendre sa voix de journaliste d’investigation, spécialiste des questions politico-financières. Après dix ans de procédures judiciaires pour avoir dévoilé le mécanisme du blanchiment  d’argent sale et escroquerie fiscale, il a lui-même été enfin blanchi. Mosellan, il pose un regard sans concession sur sa région natale, qu’il n’a jamais su quitter.

Etant d’origine lorraine, cette bande dessinée m’a particulièrement intéressée et touchée. Très documentée et riche, elle sait parfaitement retranscrire le climat de cette région marquée par les bassins houillers et son identité industrielle. Les illustrations sont des plus fidèles, quasi photographiques dans leur précision… C’est comme si on y était. Une bande dessinée résolument politique et polémique destinée à des adultes qui ont le bagage nécessaire à la compréhension des faits évoqués – ou éventuellement à des lycéens lorrains.

 

Tobie Lolness – Les Yeux d’Elisha, de Timothée de Fombelle

Puisque certains élèves ont terminé le tome 1 et sont déjà en train de dévorer le tome 2, en voici la critique.

 

Difficile de raconter la suite d’un livre sans révéler la fin du premier et donc ôter une part du mystère pour ceux qui n’ont pas encore lu le début… Je me lance, en espérant ne pas trop altérer le suspens !

A la fin du premier tome, La vie suspendue, Tobie apprenait que ses parents étaient encore en vie et pensait qu’Elisha, la jeune fille dont il était amoureux, l’avait trahi. Tous les habitants de l’arbre vivaient dans la peur, sous le joug de l’affreux Jo Mitch et de Léo Blue, l’ex-meilleur ami de Tobie.

Sim et Maïa Lolness sont donc bel et bien vivants mais prisonniers de Jo Mitch- qui veut récupérer le secret d’une machine inventée par Sim pour creuser son immense tunnel plus vite. Néanmoins, avec l’aide des vieux sages, le père de Tobie va tenter d’organiser leur évasion sous couvert de cours du soir.

La belle Elisha, de son côté, est faite prisonnière par Léo Blue qui souhaite l’épouser. Elle refuse évidemment le mariage avec ce traître et use de nombreux subterfuges pour faire reculer la date fatidique.

Tobie, lui, quitte le peuple de l’herbe, les Pelés, avec lequel il a vécu ces derniers temps. Au fur et à mesure qu’il remonte dans l’arbre, il constate les dégâts causés par les travaux démesurés de Mitch : les Pelés, enfermés dans des cages, servent d’esclaves, la population vit dans une grande misère et l’Arbre paraît dans un état pitoyable.

Toujours recherché comme ennemi public numéro un, il est obligé de cacher son identité. Petit à petit, il va toutefois réussir à retrouver des connaissances sur lesquelles il pourra compter pour porter secours à Elisha et à ses parents.

Ce second tome met davantage l’accent sur les personnages et leurs sentiments que sur l’action. Si l’on suit la fuite d’Elisha et le duel entre Tobie et Léo avec intérêt, notre attention se porte plutôt sur le parcours et les motivations de chacun. Personne n’est totalement bon ou méchant – si ce n’est le cruel Jo Mitch -, si bien que l’on assiste à de nombreux retournements de situation.

La suite des aventures de Tobie Lolness demeure donc très agréable à lire en mêlant aventure et sentiments. Par ailleurs les diverses réflexions d’ordre écologique et politique sont toujours bien présentes et permettront aux jeunes adolescents de réfléchir sur différents problèmes de société tout en se divertissant. Voilà donc un roman intelligent et toujours joliment illustré par François Place.