Même les princesses doivent aller à l’école, de Susie Morgenstern

Moi, princesse et alors !

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La vie d’un roi n’est pas toujours rose. Surtout quand les affaires vont mal, que le château de 57 pièces tombe en ruine, que les festins se transforment en maigres repas, que le personnel n’est plus. L’existence de la princesse Alyestère, 8 ans, est bien fade. Plus de précepteurs, pas d’amis, sa mère qui passe son temps au lit et un père qui lui rabâche à longueur de journée « N’oublie pas que tu es une princesse !». Oui et alors ? Elle est seule, elle s’ennuie, plus personne ne vient au château hormis les créanciers.

Mais un jour, bonne nouvelle : la famille déménage pour un 3 pièces, dans un immeuble. Alyestère est aux anges, elle renoue avec le confort, simple c’est évident, mais quand on a tout perdu c’est le paradis ! En immersion dans la vie des communs des mortels, il y a de l’animation dans les rues et surtout la princesse voit des enfants de son âge. Mais où vont-ils tous les matins ? Curieuse, la princesse se met à suivre une bande de gamins. Elle arrive près d’un bâtiment où elle aperçoit bon nombre de garçons et de filles qui sautent partout, crient, jouent. Mais que font-ils ? Pourquoi sont-ils tous là ? Quand elle découvre que tous vont à l’école, elle va supplier son père de la laisser les suivre. Cela ne va pas être facile de le persuader, Alyestère est une princesse, sa princesse.

Une belle petite histoire qui met l’accent sur les différences sociales. Alyestère est une princesse. Certes, mais une princesse qui s’ennuie et qui est coupée de toute vie sociale, à cause de son statut. A 8 ans, elle ne sait pas ce que c’est que d’avoir des amis. Elle a toujours eu des professeurs à domicile, tout du moins du temps où ses parents avaient les moyens. Son titre lui interdit de se mélanger à la classe sociale populaire. Mais Alyestère va bousculer le protocole. On peut être princesse et préférer la compagnie des gens simples. Princesse ou pas, le principal est de trouver sa voie et de faire ce qu’on aime !

20 ans pour devenir … Louise Michel, de Rolande Causse et Nane Vézinet

Au nom des femmes

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Louise Michel, née en 1830, est fille d’une femme de chambre et de père inconnu. Sa mère est au service d’une famille de châtelain, les Demahis, et même si elle tait l’identité du père, tout porte à croire que le géniteur soit le fils de cette famille. Louise grandit auprès de sa mère au château de Vroncourt-la-Côte, en Champagne. Elle reçoit une bonne éducation, égaie la maison pour le bonheur du maître et de la maîtresse du château. Chacun de ses anniversaires donne lieu à une fête. Louise est élevée comme une princesse, elle est curieuse et apprend vite. Dès son plus jeune âge, elle se tourne vers les autres et s’insurge contre l’injustice. Adolescente et consciente de son confort, elle consacre déjà son argent de poche à nourrir les plus démunis. Elle ne supporte pas la méchanceté, la sottise. A la mort des Demahis, Louise et sa mère sont contraintes de partir, elles hériteront d’un petit pécule. En 1851, Louise réussit le brevet de capacité qui va lui permettre de devenir institutrice. Elle ouvre de nombreuses écoles où elle exerce ses fonctions avec une passion sans bornes. Elle fonde l’école libre selon les principes républicains. C’est elle qui crée la première école pour filles. Louise adore écrire. Ainsi, elle met sa plume au service de journaux d’opposition. Elle écrit de nombreuses œuvres engagées. Elle aide les femmes à vivre par le travail, une sorte d’émancipation. Très engagée dans une politique radicale, elle intervient lors de meetings, défend les ouvriers, les chômeurs, s’insurge contre la peine de mort. Elle devient anarchiste, est acclamée par le peuple de Paris. Elle s’installe un temps à Londres, jugeant que la France prend en otage la liberté d’expression. Ses prises de positions font l’objet de nombreuses arrestations. Elle finit par être emprisonnée. Elle en sort au bout de trois ans, grâce à Clémenceau. Elle décède d’une pneumonie en 1905. Toute sa vie, elle restera fidèle à ses convictions, livrera ses batailles jusqu’à son dernier souffle.

« Sans l’autorité d’un seul, il y aurait la lumière, il y aurait la vérité, il y aurait la justice. L’autorité d’un seul, c’est un crime. »
Louise Michel – 1830-1905 – Extrait d’une Plaidoirie – 22 Juin 1883

« La tâche des instituteurs, ces obscurs soldats de la civilisation, est de donner au peuple les moyens intellectuels de se révolter. »
Louise Michel – 1830-1905 – Mémoires – 1886

Le nom de Louise Michel est associé dans notre mémoire au combat pour les femmes et la Commune. Cet engagement va d’ailleurs causer sa déportation en Nouvelle Calédonie. Grande militante, elle a consacré sa vie à défendre l’éducation et les plus pauvres. Une station de métro parisien porte d’ailleurs son nom ainsi que de nombreuses écoles. Ce fut une femme généreuse, ouverte aux autres, cultivée qui prônait l’école pour tous. Comme Louise Michel à son époque, une autre grande dame, ancienne déportée, très engagée politiquement, défendant la cause des femmes, a marqué l’Histoire de son nom : Simone Veil qui a fait son entrée au Panthéon dimanche 1er juillet 2018. S’ajoutent à elles, Marie Curie ( une scientifique XIXème siècle), Rosa Park (lutte contre la ségrégation XXème siècle), Lucy Stone (féministe engagée XIXème siècle), et bien d’autres, qui ont marqué l’Histoire dans différents domaines, qui ont écrit l’Histoire. Par leur courage, elles ont combattu les clichés et forcent l’admiration.

Rolande Causse et Nane Vézinet ont su parfaitement montrer la forte personnalité de Louise Michel, en un texte court et accessible. L’essentiel est dit, on mesure la grandeur de son engagement.

 

Les Koboltz, tome 2. Mission Québec, de Benoit Grelaud

Cap sur le Canada !

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Nous retrouvons avec plaisir les Koboltz, ces petits personnages plein d’énergie qui ont à cœur de sauver la planète de la pollution. Ils vivent dans des souterrains car la surface de la Terre est devenue pour eux un réel danger. Les hommes mettent à mal l’environnement et les Koboltz se donnent pour mission de lutter pour sa survie. Et pour la première fois, ce peuple va partir de France pour aller au Canada où l’extraction du pétrole est une vraie catastrophe pour la nature. Mais il n’y aura pas que ça. En effet, les Koboltz croiseront la route de trappeurs qui n’hésiteront pas à attraper les animaux mais pas pour les protéger !

Le lecteur va de nouveau être entraîné dans une aventure fantastique portée avec éclat par des personnages plein d’humour, d’idées et d’enthousiasme. Une réelle sensibilisation aux problèmes de l’environnement. On apprend d’ailleurs beaucoup de choses sur les animaux, sur les installations pétrolières. Un tome 2 très instructif et qui donne autant de plaisir que le tome précédent. Les illustrations sont superbes et donnent un réel cachet à ce volume si soigné. Au début du récit, l’auteur fait une brève présentation des Koboltz, suffisamment complète pour attaquer le tome 2 sans avoir lu le premier.

La cité sans nom, tome 1. Menace sur l’Empire Dao, de Faith Erin Hicks

Mystérieuse cité aux mille noms…

La Cité sans nom - La Cité sans nom, T1Elle se trouve sur les abords du fleuve des Vies. Une roche creusée d’un trou par l’homme la domine et relie le fleuve à l’océan. Elle porte mille noms différents selon qui la nomme, mais en fait, elle n’a pas vraiment de nom. Elle pourrait être une cité de paix,  mais les tensions entre les envahisseurs, les Dao et les habitants natifs de la cité, les Skral menacent sa sérénité.

Kaidu a quitté sa mère, chef de tribu, pour rejoindre son père dans la cité. Il suit un entraînement intensif pour intégrer l’armée Dao, dirigée par le fils du général de toutes les lames, chef de la cité. Alors qu’il flâne dans la cité, il se lie d’amitié avec Rate, une jeune fille des rues. Cette relation est improbable car ils ne sont pas du même côté et Rate déteste tout ce que peut représenter Kaidu… Pourtant, Kaidu et son père cherchent à unir les peuples pour vivre en paix. Parviendront-ils à convaincre le général de toutes les lames ? Et si celui-ci accepte un compromis, sa politique ne risque-t-elle pas de le mettre en danger ?

Une bande dessinée dynamique illustrée par l’auteure elle-même.  Le trait est vif, coloré et rythmé. Une histoire de complot, de politique, de paix entre les peuples, mais aussi d’amitié et de courage, d’acceptation de l’autre et de sa différence. Une belle leçon de vie en ces temps d’élection présidentielle ! On attend maintenant le tome 2 avec impatience.