Les confidents et autres nouvelles – Récits tirés de Petites Mécaniques, de Philippe Claudel

  Quatre nouvelles extraites de Petites Mécaniques, recueil qui en comprend treize au total. Cette collection « Étonnants classiques » destinée à l’étude en contexte scolaire, comprend en introduction une présentation qui permet à l’élève lecteur d’en savoir plus sur l’auteur, et sur la construction (fond et forme) de l’œuvre. Un dossier en fin d’ouvrage invite l’élève à prolonger la réflexion.

C’est ainsi que l’on peut trouver une description du recueil :

 « Cet ensemble de textes, aux rouages minutieusement agencés évoque la fragile mécanique de la vie humaine (…). Chaque nouvelle, qui retrace un destin individuel jusqu’à l’issue funèbre de la mort, sert d’écrin à une méditation sur la vanité de l’existence. »

En effet, les quatre nouvelles présentées ici mettent en scène des personnages dont la quête obsessionnelle conduit inéluctablement à une issue fatale. Avec brio, l’auteur nous emmène, en partant de faits ancrés dans le réel, à un dénouement inattendu teinté de fantastique.

Dans « Les Confidents », une femme fait un rêve qui la trouble au point d’en perdre le goût de toute chose. Elle n’aura de cesse de retrouver l’émotion ressentie cette nuit-là, allant jusqu’à tenter de reproduire ses visions oniriques pour provoquer la résurgence des sensations éprouvées. La frontière entre rêve et réalité est parfois bien mince…

Dans « L’Autre », un homme découvre les poèmes d’Arthur Rimbaud. Bouleversé par ce poète qu’il ressent proche de lui comme un frère ou comme un double, il se met en tête d’aller à sa rencontre. Il quitte tout, femme et enfants, et gagne la Tunisie où il est dit que Rimbaud réside. On suit alors ses pérégrinations, dans un surprenant mécanisme de superposition des personnages, entre schizophrénie et jeu de miroirs fantastique.

« Paliure » est un mot qui obsède ce gardien de musée, passionné d’étymologie. Il se torture l’esprit car il a oublié le sens de ce terme. Son angoisse proche de la névrose est pesante, et rien d’autre n’a d’intérêt pour lui, surtout pas les œuvres d’art qui l’entourent. Ironiquement, la réponse est peut-être sous ses yeux…

Dans « Le Voleur et le Marchand », un jeune brigand vit de larcins et détrousse les marchands sur les routes. Un jour, à l’ombre d’un chêne, il rencontre la Mort sous les traits d’un marchand qu’il s’apprêtait à égorger. Elle lui octroie une seconde chance et lui offre de se racheter. C’est ainsi que le jeune homme change de vie et devient un honnête et respectable marchand. N’a-t-il pas un sentiment de déjà vu quand, des années plus tard, il rencontre un jeune homme, à l’ombre d’un chêne…?

Des jeux de miroirs, troublants et propres à la littérature fantastique, qui ne sont pas sans me rappeler l’écriture de Julio Cortázar*. Pour cette première raison, j’ai beaucoup apprécié la lecture de ces récits. Ensuite, il faut bien l’avouer, Philippe Claudel est agréable à lire, et sa plume est riche. D’ailleurs, nombre de termes sont expliqués en notes de bas de page, pour l’élève à qui est destinée cette collection.

Il faut noter aussi la présence de nombreuses références artistiques, notamment de littérature avec Arthur Rimbaud et son «Je est un Autre», et de peinture bien évidemment dans le musée de « Paliure ».

C’est un recueil enfin qui se lira aisément, la nouvelle étant un texte court, par définition.

Un délicieux moment de lecture !

* Julio Cortázar (1914-1984) : écrivain argentin auteur de romans et de nouvelles, dont une grande partie se caractérisent par la récurrence du fantastique et du surnaturel. Parmi ses œuvres, BestiaireFin d’un JeuLes Armes Secrètes.  

Le mystère du donjon – Collectif

Innocenter un troubadour accusé d’un meurtre, aider un écuyer qui bégaye lorsqu’il veut déclarer sa flamme, aider un homme en vacances en l’an mille ( ou à peu près), résoudre l’amour impossible entre un bergère et un prince, et aider Jean de Noël à découvrir ses origines mystérieuses. Amour, humour, enquête, histoire vraie, fantastique et science fiction, il y a de tout dans ce livre !

 

Ce livre contient 6 nouvelles : -Le mystère du donjon, de Marie Bertherat – « Ô cruel est l’amour », de Barbara Castello et Pascal Deloche -Un secret bien gardé, de Pascale Védère d’Auria -Destination l’an mil, de Johan Heliot – Ceux de Roche Diable, d’Emmanuel Viau -Un impossible amour, de Giorda.

J’ai aimé ce livre car j’aime beaucoup les récits historiques, même si on peut se perdre un peu dans les histoires. Car chaque ouvelle adopte un genre différent : humour, fantastique, etc… Mais sinon c’est très bien et ça se lit très vite. Je le conseille aux détectives et fans du Moyen-Age. 

Temps de cerveau disponible, de Dominique Corazza

Un recueil de nouvelles qui donne à réfléchir, -si tant est qu’il reste du temps de cerveau
disponible-, sur la société de consommation et ses dérives.

#1 Temps de cerveau disponible
Un collège financé par des sponsors et dirigé par une grande firme, où les élèves peuvent
gagner des points de consommation pour leur famille, en passant des évaluations – des quiz –
sur les spots publicitaires qui tournent en boucle dans les haut-parleurs et sur les écrans en
classe. Quand un élève sort du lot pour ses mauvais résultats, le directeur s’interroge.
Comment une telle abstraction est-elle encore possible, malgré le matraquage sonore et
visuel ?

#2 Légitime défense
Un supermarché dans une zone urbaine. La société est scindée en deux groupes : les
consommateurs qui ont encore les moyens d’acheter vs les « zombies » qui n’ont plus accès au
monde de la consommation et tentent de survivre en marge du système. Les supermarchés ont
développé leur propre milice contre les attaques régulières des zombies. Les vigiles sont armés
et les caddies sont équipés de boucliers et de matraques, que les clients utilisent pour se
défendre en cas d’assaut. De chaque côté, des pacifistes et des extrémistes…

#3 Les gloutons
Des créatures à la forme vaguement humanoïde, inventées dans un mystérieux laboratoire,
peuplent les zones commerciales. Ils sont appelés les gloutons, car ils dévorent tous les
déchets dont la société de consommation ne sait que faire. Faut-il s’inquiéter quand ils entrent
peu à peu dans les foyers, facilement adoptés par les enfants qui les adorent, et les parents qui
voient en eux de gentils baby-sitters ?

#4 Les recycleurs
On a trouvé la solution pour lutter à la fois contre le traitement des déchets, l’obésité et la crise
du logement : les recycleurs.
À partir d’un certain seuil d’IMC*, les personnes en surpoids sont écartées de la société et
deviennent ce qu’on peut appeler « une poubelle organique » : dans des centres de recyclage,
ils ingèrent les déchets et les aliments périmés qui une fois évacués, sont réutilisés en
nourriture pour animaux. Que reste-t-il d’humanité quand on travaille dans une telle usine… ?

Mon avis :
Des nouvelles qui bousculent. Et qui donnent une vision avant-gardiste de notre société de
consommation, de ce vers quoi elle pourrait évoluer en grossissant le trait de ses travers. Une
dérive annoncée, en quelque sorte. Dominique Corazza dénonce notre comportement et
pousse le lecteur à la réflexion en décrivant des mises en situations futuristes certes, mais
basées sur la société actuelle, bien réelle, que l’on connaît.
Une écriture empreinte de lucidité, implacable, qui provoquera forcément une émotion chez le
lecteur. La stupeur parfois, la consternation souvent et le dégoût enfin. Attention aux âmes
sensibles !

Nathalie, ex-Assistante pédagogique !

 

Les lettres de mon moulin, de Alphonse Daudet

Le moulin de mon coeur

moulin.jpg

Les lettres de mon moulin est un recueil de nouvelles. Ce sont de jolies petites histoires qui portent haut la Provence et d’autres régions parcourues, qui parlent des hommes, de la nature, de la vie tout simplement. Alphonse Daudet a quitté la capitale pour s’installer en Provence. Il a acheté un moulin en ruine, dans la vallée du Rhône. C’est un moulin qui trouve grâce à ses yeux et qui deviendra son lieu de vie, son lieu d’inspiration à ses travaux de poésie. Au fil des pages, les anecdotes se succèdent, des récits prennent vie en mêlant tendresse, mélancolie ou malice. De La chèvre de monsieur Seguin au Curé de Cucugnan en passant par La mule du Pape, Alphonse Daudet nous emmène faire de belles promenades ensoleillées qui sentent bon la garrigue, à la rencontre de gens ordinaires. Un vrai régal de rêve et de magie qui entoure les gestes simples de la vie. Un voyage dans le temps plein de sensibilité qui mérite le détour. Un beau retour sur des souvenirs d’enfance pour tous ceux qui comme moi ont étudié ce recueil au collège.

Alphonse Daudet se pose ici en beau conteur, près duquel on prendrait plaisir à s’asseoir, comme dans les soirées d’antan.

Un classique de la littérature française qu’on aura plaisir à découvrir ou à redécouvrir.

Les bottes de sept lieues et autres nouvelles, de Marcel Aymé

Le monde de l’enfance…

bottes.jpg

Les bottes de sept lieues

Des bottes magiques qui prennent la forme des pieds de celui qui les chausse et qui lui permettent de parcourir une distance incroyable en un minimum de temps. Quelle aubaine ! C’est l’histoire d’une bande de copains qui se sont donnés rendez-vous devant une boutique de bric-à-brac. Celle-ci regorge d’objets en tout genre, tous accompagnés d’une référence historique. Et c’est là que les garçons sont attirés par une très très belle paire de bottes tout en cuir, lesquelles, dit-on, permettent,à celui qui les met, de franchir sept lieux d’un coup ! Chacun se met à rêver à ce qu’il ferait s’il possédait ses bottes. Un en particulier, Antoine, enfant pauvre qui rêve d’une autre  vie pour lui et sa mère, Germaine. Des bottes que les enfants veulent à tout prix. Leur vœu sera t-il exaucé ?

A et B

A et B est une histoire de  rivalité entre deux classes : la A où les élèves apprennent le latin et la B qui initie aux mathématiques. Il est fréquent que les sections soient mises en concurrence. Notamment entre les scientifiques et les littéraires. Pour quelles raisons ? Pourquoi un élève qui étudie la littérature serait plus nul qu’un élève qui s’oriente en mathématiques ? Doit-on juger les capacités en fonction des orientations ?

Le proverbe

Lucien, 13 ans, n’a pas fait le devoir de français donné par son professeur, huit jours auparavant. Son père entre dans une grande colère. Il somme son fils de se mettre au travail même s’il doit y passer la nuit. Le sujet à traiter est un proverbe : « rien ne sert de courir, il faut partir à point ». Lucien qui n’est pas bon élève n’arrive à rien mais il sait qu’il peut attendrir son père pour avoir de l’aide. Il se met donc à pleurer silencieusement. Emu, le père s’avance en faisant comprendre à Lucien qu’il est sévère pour le stimuler. C’est une preuve d’amour. Il se penche alors sur l’énoncé qui lui paraît peu clair et peu accessible. Il se doit d’épauler son fils, donc  il faut surtout qu’il se montre efficace ! Après beaucoup de questionnements, il réussit à noircir six pages et tend fièrement son chef d’oeuvre à Lucien. Qu’en sera-t-il après la correction du professeur ? Lucien a-t-il eu raison de faire confiance à son père ?

Des petits nouvelles bien sympathiques avec pour chacune d’elles une morale. Ces petites histoires faciles à lire et amusantes  ont toutes pour héros des enfants. Ce livre contient un supplément, une sorte de rallye-lecture pour tester ce que le lecteur a retenu.

La Rose noire, 5 récits du Moyen Age – recueil de nouvelles

Transportez-vous au coeur du Moyen-Age, de ses mystères, de ses croyances !

Résultat de recherche d'images pour "la rose noire rageot"Ce recueil de nouvelles comprend : La rose noire, de Alain Surget ; Les treize coups de minuit, d’Evelyne Brisou-Pellen ;  L’épée de la Pucelle, de Christian Grenier ; Le puits maudit,  de Aubert e tCavali ;  La clé de feu,  de Jean Molla, pour la plupart des valeurs sûres de la littérature jeunesse, donc.

Ces cinq récits, de cinq auteurs différents ont la puissance des croyances du calendrier catholique médiéval ô combien présent dans ces années où l’Eglise toute puissante dictait sa loi et détenait le savoir, son savoir distillé au rythme des fêtes du moment. A lire absolument pour les climats dérangeants, une ambiance lourde où les épidémies et la mort faisait partie de l’ordinaire et du quotidien de chacun.

A la fin de l’ouvrage, une biographie des auteurs nous en apprend plus sur chacun en évoquant leurs parcours respectifs.

 

Jours de neige, de Claire Mazard

Tranches de vie

jours de neige.jpg

Jours de neige est un recueil de six petites histoires sur des faits de société ou plus exactement sur le comportement de l’homme. Comme, par exemple, la télévision et son impact, un écran qui est, pour certains, le seul lien humain… Il y a Lucienne qui est toute excitée d’assister à une émission télévisée, elle va enfin approcher sa star favorite. Mais la réalité est tout autre. En fait, les spectateurs sont la tirelire de l’audiovisuel qui fait vivre ce monde de paillettes. Ce monde cruel où le sentiment n’a pas sa place. L’envers du décor est terrible. Lucienne, comme tant d’autres, nourrissent l’espoir de voir des célébrités du petit écran qui en ont que faire des petites gens. On suit aussi Flora dont la vie a basculé et qui se retrouve dans la rue. Personne ne fait attention à elle, la « souillonne » , dont les seuls compagnons de route sont la solitude, le désespoir. L’ histoire d’une oubliée. Et puis il y a Jim qui ne sait plus quoi faire pour épater sa fille, une enfant « roi » pourrie gâtée ! Le stress du monde du travail est mis en avant également. Autant de sujets qui font réfléchir sur l’image de la société et son manque de communication.

Le lecteur pénètre dans la vie de monsieur et madame tout le monde. Chacune de ces histoires met l’accent sur le relationnel, le rapport à l’autre. On voit la vie telle quelle est, avec ses injustices, ses inégalités. Certains personnages jouent dans la démesure, d’autres espèrent juste un regard, une parole, sortir de leur solitude. Pas facile d’exister…

Ces nouvelles sont courtes et percutantes avec des chutes parfois tragiques et d’autres pleines d’espoir. Elles se passent toutes au moment des fêtes de Noël, tout un symbole…

L’auteur nous contraint à poser un regard sur les comportements que nous pourrions adopter dans ce genre de situation et d’en faire, pourquoi pas, la critique. Un beau moment de lecture tellement touchant et si réaliste….

Enregistrer