Broussaille, tome 2. Les sculpteurs de lumière, de Franck et Bom

Le trésor du lac…

lumiere.jpg

L’histoire commence au XVIIIème siècle, le peuple se révolte contre les privilèges. Les nantis sont massacrés et certains d’entre eux décident dans un dernier élan de sauver leurs richesses. Un trésor, appelé le treizième cristal sera caché au fond d’un lac. Petite transition jusque chez Broussaille qui se rend quelques jours chez son oncle René, histoire de se reposer avant de passer ses derniers examens. Deux ans qu’ils ne sont pas vus. Broussaille a bien l’intention de se reposer quelques jours, bercé par le silence d’une campagne verdoyante et accueillante. Le second jour, le jeune homme part en balade et découvre de merveilleux paysages. Son chemin croise celui de deux hommes, des fervents défenseurs de la nature, des écolos qui se dirigent vers une usine de recyclage implantée non loin de là. Broussaille les accompagne et arrivé sur place découvre un bâtiment fabuleux, qui se veut à la pointe de la modernité tout en respectant l’environnement. Elle garantit surtout du travail pour de nombreuses personnes. La présence de cette usine tracasse néanmoins son oncle qui ne voit là qu’une offense à la nature. Le troisième jour, alors que Broussaille parcourt les chemins, il rencontre le jeune voisin de René qui lui demande de le suivre jusqu’à un lac. Et là, un spectacle de lumière commence, une silhouette se dessine à travers les éclats, laissant Broussaille perplexe, à demi apeuré. Quelque chose d’étrange se passe, serait-ce en lien avec les événements passés ?

Il y a toujours de la magie avec ce tome 2 et le lecteur ne s’en lasse pas.

 

Contes à l’envers, de Dumas et Moissard

Pagaille chez les héros !

cont.jpg

Un régal, un beau voyage à travers 5 contes revisités. Philippe Dumas et Boris Moissard gardent la trame des histoires que l’on connaît, mais les modernisent, les mettent en quelque sorte au goût du jour. Et je dois dire que le cocktail est plutôt bien réussi. Blanche-Neige mastique la pomme empoisonnée, allongée sur une serviette, dans la pelouse, le Petit Chaperon bleu marine veut devenir un super héros, quitte à sacrifier volontairement sa grand-mère, la fée Mirobola aux dons bien particuliers va sauver des enfants maltraités … et que dire de la Belle aux Bois bruyants qui n’arrête pas de danser, après s’être piqué le doigt sur la pointe d’un électrophone. On finit notre route en Boursoulavie occidentale où la population ne sait plus dans quel sens marcher.

Contes à l’envers est divertissant et met une joyeuse pagaille dans les récits traditionnels. Le caractère des personnages est détourné de l’original, pour certains il est plus affirmé. Le contexte est plus actuel. L’humour est au rendez-vous bien que les thèmes traités comme l’amour, l’égalité hommes/femmes, l’argent, la maltraitance soient sérieux. Les illustrations en noir et blanc renforcent ce côté déjanté. Des petites parodies qui sont tout public et qui constituent un bel hommage aux contes classiques.

Banzaï au pays des mangas, de Véronique Delamarre Bellégo

Moshi, moshi…

Nous retrouvons ici Sakura, l’héroïne de Banzaï Sakura. Après un prologue intitulé « Souvenirs de Banzaï Sakura » et qui, à travers la voix de Joséphine nous raconte en quatre pages le premier tome avec l’arrivée de Sakura dans la classe de CM2 et les aventures qui ont suivi, la nouvelle histoire peut commencer !

Cette fois-ci, nous retrouvons nos trois protagonistes, Sakura, Joséphine et Fabio, accompagnés de John, l’assistant d’anglais et Alexandre, le documentaliste, dans un avion… en route pour …  le pays du Soleil Levant ! Comment sont-ils arrivés là ?  En étant finalistes d’un concours de mangas organisé dans leur nouvel établissement scolaire, alors qu’ils venaient d’entrer en 6e au collège. Les cinq équipes internationales sélectionnées doivent s’affronter sur place lors de la Grande finale  !  Cette immersion durant une semaine dans Tokyo, la capitale animée du Japon, à la saison des cerisiers en fleur, vont réserver à nos amis bien des surprises et des aventures.

Il n’est pas nécessaire d’avoir lu la première aventure de Sakura pour comprendre ce nouvel opus, surtout que l’histoire est bien résumée au début et permet de parfaitement comprendre le contexte et les relations entre les personnages. En revanche, en refermant ce livre, si l’on n’avait pas lu le premier (c’était mon cas), on a bien envie de le découvrir ! L’histoire, racontée à la première personne par Joséphine,  est rythmée et les personnages suffisamment approfondis pour que l’on adhère totalement à l’ambiance. C’est drôle, frais, distrayant et permet de découvrir un pays assez atypique et très différent du nôtre, à la fois moderne et aux traditions très ancrées.

On se retrouve donc en totale immersion dans ce Japon des temples et sanctuaires, des cosplayers, des kamis, des o-furo, des kimonos, des jardins zen, des samouraï, des mangas, du karaoké et des spécialistés culinaires à base de riz ou d’algues et à manger avec des baguettes… Bref un dépaysement total qui nous donne qu’une seule envie : de sauter dans un avion et d’aller découvrir tout cela de nos propres yeux  et une histoire qui prend une tournure inattendue et nous emporte à la lizière du fantastique dans un univers peuplé de kamis et de renardes messagères.

A lire sans problème dès le CM2.

 

Le pays hors du monde, de Jean Joubert

Peuple en péril…

 

Nous voilà propulsés entre deux mondes. La Fraterie qui regroupe les partisans d’une vie traditionnelle et les autres, regroupés dans le Sud, adeptes de la modernité, des industries. La Fraterie vit en autonomie et rien n’a changé depuis des siècles. C’est le travail de la terre avec du matériel ancestral, pas d’électricité, les habitants sont loin du progrès et de la concurrence.Un choix de vie qui leur convient. L’esprit de la terre et et de la nuit veille sur eux. Contraste violent avec le reste de la population qui baigne dans une civilisation moderne, toujours en quête de nouveautés et de pouvoir. Tout va basculer quand le Sud va progresser sur les terres de la Fraterie afin d’y installer des axes de communication pour exploiter de nouvelles ressources minières. Commence alors une période de grand séisme culturel qui verra s’affronter les partisans du changement et ceux qui veulent continuer à mener une existence rudimentaire.

Et puis en parallèle une histoire d’amour entre deux êtres qui font partie de la Fraterie pour l’un et du Sud pour l’autre.

Un roman qui nous fait réfléchir sur cette soif de pouvoir, de progrès toujours plus présent. Il est normal de vouloir évoluer et de chercher des techniques qui nous facilitent de plus en plus la vie. Faut-il pour autant faire obstacle aux hommes qui font le choix de vivre simplement, avec des valeurs traditionnelles ?

Himalaya, l’enfance d’un chef, de Evelyne Brisou-Pellen

Tu seras un homme, mon fils

Petit village du Dolpo, région isolée du Népal dans les hauteurs de l’Himalaya. Ses habitants vivent grâce au sel qu’ils vont extraire des lacs d’altitude et qu’ils emmènent ensuite dans la vallée pour l’échanger contre du grain. Lorsque la caravane menée par les yaks revient chargée du sel, elle ramène aussi leur chef, Lapkha, mort. Il a voulu essayer un nouveau chemin, ce qui lui a été fatal. Tinlé, son père, le vieux chef du village, est persuadé que Karma, le meilleur ami de son fils, est responsable de sa mort car il briguait la place de chef. Tinlé décide alors de conduire lui-même, en dépit de son grand âge, la caravane chargée de sel vers la vallée. Mais Karma et les plus jeunes du village n’ont pas confiance, et malgré les oracles donnant la date rituelle du départ, ils décident de partir quelques jours avant. Tinlé, lui, partira aux jours fixés par les dieux, accompagné de ses vieux compagnons, de son très jeune petit-fils, Tséring, et de son fils, Norbou, moine. Lequel des deux clans va réussir la traversée ? Celui respectant les croyances ancestrales, ou les plus jeunes prônant la modernité ? Cette expédition sera également pour Tséring -amené à devenir chef plus tard- un voyage initiatique.
C’est d’ailleurs par la voix de Tséring, le narrateur, que l’histoire nous est contée, ce qui permet aux jeunes lecteurs de s’identifier au personnage.
Je me souvenais vaguement avoir vu le film il y a des années, avec de beaux paysages, mais finalement assez conventionnel. Je ne me souvenais pas de l’histoire avant de me replonger dans ce livre gentiment envoyé par les éditions Pocket jeunesse… Et là, tout a resurgi. Sous la jolie plume d’Evelyne Brisou-Pellen, les décors sont brillamment posés, les tensions au sein du village entre ceux qui considèrent les traditions ancestrales, les croyances comme la seule possibilité de vivre en accord avec son environnement, et ceux qui souhaitent faire entrer la modernité au sein de la communauté sont très bien retranscrits.
Dans ce livre, ce n’est pas l’action qui prédomine et en ce sens, ce livre ne plaira pas forcément aux lecteurs aimant les histoires pleines de rebondissements, d’aventure et d’action. Car finalement, il ne se passe pas grand-chose, et pourtant, la tension est toujours palpable. C’est le cheminement des yaks et des hommes dans ce milieu hostile de la haute montagne himalayenne, leur évolution, leurs doutes qui apporte le suspens. Les rancoeurs traversant les générations, les relations d’amour ou d’amitié entre les personnages vivant en vase clos dans ce village reculé du bout du monde ajoutent de l’humain à cette histoire qui se lit comme un récit de voyage. Dans notre société ultra-consommatrice, ultra-mondialiste, où on voue un culte sans borne à l’apparence n’est-il pas bon, parfois, de se rappeler qu’un autre mode de vie est possible, où la survie au milieu des siens, avec le strict nécessaire, est la seule priorité. Une fiction au goût de documentaire, assez facile à lire, pas trop long et bien écrit plutôt conseillé aux bons lecteurs qui aiment les grands paysages, les voyages et la découverte de nouvelles civilisations.