Les trois secrets d’Alexandra, de Didier Daeninckx

Secrets de famille…

L’ album Les trois secrets d’Alexandra est composé de trois histoires qui parlent de la Seconde Guerre mondiale. Alexandra est une petite fille qui va découvrir cette période à travers l’histoire de sa famille : les camps de concentration, les Nazis, Vichy, Hitler. Dans chaque tome, un récit différent accompagné de documents de l’époque. Ces trois tomes constituent un bon support pour permettre aux plus jeunes de comprendre l’Histoire. Les illustrations sont très expressives, elles parlent d’elles- mêmes.

Il faut désobéir- Tome 1 –

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Alexandra se rend à la mairie avec son grand-père. C’est un beau jour, un jour inoubliable car son pépé va retrouver son ami, Pierre, qu’il n’a pas vu depuis 60 ans. Pierre était policier sous l’occupation, il a sauvé la vie du grand-père d’Alexandra.

Un violon dans la nuit- Tome 2-

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On retrouve Alexandra en vacances chez Esther, la sœur de sa grand-mère Sarah. Esther adore la musique, elle est passionnée de violon et possède également un piano. Mais elle ne joue plus. Alexandra s’en étonne. Elle a également remarqué que sa tatie a un tatouage sur les bras. Ce sont des nombres. Pleine de curiosité, Alexandra interroge Esther, dont le regard s’humidifie. La vieille dame commence alors une histoire qui commence à l’âge de ses quinze ans. Une France en guerre où personne ne sera épargné….

Viva la liberté !- Tome 3 –

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Alexandra accompagne son arrière grand-père, Maurice, à un match de football, au stade Bauer, pour voir s’affronter l’équipe du Red Star et l’Arménienne. C’est l’occasion aussi pour lui d’évoquer ses souvenirs de jeunesse, puisqu’il fut gardien dans l’équipe des Red Star. Mais pour la première fois, il va évoquer également la France sous l’occupation, sous l’emprise des nazis. Il était jeune et la seconde guerre mondiale faisait rage.   Alexandra va alors connaître ce qu’a vécu Maurice.

Mercredi, c’est Papi !, de Emmanuel bourdier

Le mercredi, le paradis chez Papi

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Comme mes parents travaillent, je vais tous les mercredis chez mes grands-parents. Je ne suis pas très emballé quand arrive le milieu de la semaine car chez eux, je m’ennuie. Pas de télé, pas d’internet, ma seule compagnie, le tic-tac de la vieille horloge qui rythme cette interminable journée. Papi et mamie sont gentils mais ils ont chacun leurs occupations. Je ne sais pas quoi faire, je n’ai rien pour jouer. J’irais bien voir grand-père dans le jardin mais celui-ci est aux fraises, enfin, je veux dire par là qu’il a la mémoire qui flanche, qu’il a du yaourt dans le cerveau. Il ne sait toujours pas comment je m’appelle ! Mais au fait, mon papy c’était un bébé avant d’être mon papi ? C’était quoi son métier, avant ? Un jour, mon papy, il m’a ébloui, il a été extraordinaire, il m’a raconté plein d’histoires et vous savez quoi, depuis, j’ai hâte d’être à mercredi parce que le mercredi c’est devenu sacré, parce que le mercredi chez mon papi c’est maintenant le paradis… Je ne vous ai pas dit, je m’appelle Simon et j’adore papi !

Venez découvrir pourquoi le petit Simon ne manquerait pour rien au monde le rendez-vous du mercredi. Mercredi c’est papi ! est une histoire touchante qui met en avant les relations intergénérationnelles, les grands-parents face à leurs petits-enfants. Le regard de Simon s’attarde au fil des pages sur son papi, un regard plein de tendresse, d’amour et de compassion. Il se rend compte que son papi n’a plus de mémoire et que cette défaillance l’isole sans qu’il s’en rende compte. Mais il va réussir à communiquer avec lui à travers le jeu et transformer ainsi des mercredis ternes en des mercredis colorés. Le temps qui passe laisse son empreinte, creuse des sillons, des failles qui, hélas, ne pourront jamais être réparées. Le temps égratigne le corps et l’esprit et l’homme n’y peut rien. Jeunes lecteurs, vous qui avez la chance d’avoir vos grands-parents, profitez de tous les instants partagés avec eux et regardez cette petite étincelle qui brille au fond de leurs yeux, elle montre qu’ils sont heureux.

Le texte est simple, les illustrations et les couleurs de certaines pages intérieures donnent de la fraîcheur au récit tout en nous faisant prendre conscience qu’un jour aussi on sera le papi ou la mami d’un « petit »….

La cité de l’Oubli, Sharon Cameron

Nous sommes faits de nos souvenirs…

Résultat de recherche d'images pour "la cité de l'Oubli"A Canaan, les habitants vivent dans une cité fermée par des murs et ne sont pas autorisés à aller au-delà. Dans cette cité particulière, tous les douze ans, un phénomène étrange et mystérieux se produit, l’Oubli. Tous les habitants perdent la mémoire et oublient qui ils sont, leurs familles, leurs amis, comme s’ils repartaient de zéro et commençaient une nouvelle vie. Pour se rappeler, ils écrivent régulièrement dans des livres conservés ensuite aux Archives. Sans leurs souvenirs, ils ne sont rien et si leur livre est perdu, le Conseil fait d’eux des Perdus. Car la ville est dirigée par un Conseil décidant des sanctions et du sort de chacun après l’Oubli. Cependant Nadia, fille de la teinturière, n’a pas oublié et l’Oubli n’agit pas sur elle. Elle se souvient de tout, notamment de son père qui a profité de l’Oubli pour l’abandonner mais n’en connait pas les raisons. Le nouvel Oubli approche, Nadia doit percer le mystère avant que sa famille oublie à nouveau. Avec Gray, le fils du souffleur du verre, les deux protagonistes vont prendre des risques dangereux pour découvrir et révéler les secrets de la Cité de Canaan. Nadia et Gray vont se rendre derrière le mur et découvrir ce qu’est véritablement Canaan et ce qui produit l’Oubli.

La cité de l’Oubli met en narration des personnages habitant dans une ville où l’époque n’est pas définie mais ne ressemble pas à la société dans laquelle nous vivons. Teinturière, souffleur de verre, archiviste, l’ensemble des habitants travaille pour être utile à la communauté. Il n’est jamais question d’argent et tous possèdent un objet précieux : leur livre constituant une partie d’eux et de leurs souvenirs. La règle d’or est de ne jamais l’abandonner, de le garder toujours attaché sur soi. Car quand l’Oubli arrivera, seul ce livre sera en mesure de déterminer qui ils sont et ce qu’ils deviendront. Depuis leur plus jeune âge, les habitants de Canaan apprennent une attitude fondamentale, celle de toujours écrire la vérité. A la fin de chaque chapitre de l’ouvrage, nous pouvons lire les écrits de Nadia inscrits dans son livre.

L’histoire est une dystopie où nombreux sont les rebondissements inattendus et le suspens à son comble. Au début de l’ouvrage, le lecteur s’interroge sans cesse sur la Cité de Canaan et cet Oubli qui approche ayant lieu tous les douze ans. Quel est ce mur que Nadia passe à l’abri des regards ? Pourquoi est-il interdit de sortir de cette Cité ? Qui sont les habitants de Canaan ? Où se situe cette Cité où il faut se reconstruire tous les douze ans ? Pourquoi Nadia n’oublie -t- elle pas comme les autres ? Une multitude de questions traverse l’esprit du lecteur n’étant pas au bout de ses surprises !

Nadia et Gray, les deux personnages principaux, traversent le mur et tentent de voler le Premier Livre de l’Oubli pour connaître la vérité. Plus ils avancent dans leur enquête, plus ils vont comprendre que la population de Canaan est manipulée depuis le début. Mais comment faire éclater la vérité et faire évoluer les choses alors que la population va bientôt tout oublier ? Le défi que se lancent Nadia et Gray ne sera pas sans conséquences et des vies seront en péril. L’impact de leurs déclarations sera violent et chacun devra faire un choix.

La Cité de l’Oubli raconte une histoire originale où il est difficile au départ de percevoir où l’auteure nous conduit. Sharon Cameron dépeint un monde nouveau, dresse un modèle de société différent de celle dans laquelle nous évoluons. Une cité fermée où la population se renouvelle tous les douze ans et oublie tout. Seuls les livres apparaissent garants de leur mémoire. Envoûtant, ce roman conduit surtout le lecteur à se questionner sur le monde, sur la vie. Renouveler les habitants de la planète ou d’une ville permettrait-il d’instaurer un ordre parfait dans une société ? Au profit de qui ? Parfois, vaut-il mieux oublier ou vivre avec ses souvenirs ? Et vous, si vous aviez le choix, oublieriez-vous pour renaître ?

Un roman intéressant au vue des réflexions qu’il suscite une fois le livre fermé que je conseille seulement  à partir de quinze ans. Il semble selon moi être un livre adressé plutôt aux jeunes adultes. Les plus jeunes lecteurs vont se trouver face à la complexité de l’histoire et ce roman peut perdre tout son intérêt s’il n’est pas compris. Surtout qu’il faut s’accrocher pour cerner les premiers éléments permettant de s’immerger dans la Cité de l’Oubli !

Merci aux éditions Nathan pour cette avant-première ! La Cité de l’Oubli paraîtra le 5 Octobre !

 

 

Lettres de jeunes résistants, de Guy Krivopissko

La victoire ensanglantée

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Qui étaient-ils ? Que vivaient-ils ? Que ressentaient-ils ? Guy Krivopissko, conservateur du Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne et professeur d’histoire nous livre les conditions morales dans lesquelles ont été écrites les lettres. En amont de ces écrits, il nous donne des renseignements sur l’âge, la nationalité, les convictions politiques et les conditions de la disparition de chaque victime.

C’est un livre fort en émotion. Un recueil de 11 lettres et 4 poèmes de jeunes résistants qui s’adressent pour la dernière fois à leurs proches, qui leur annoncent leur mort imminente. Trop jeunes pour mourir mais qui n’avaient de cesse de défendre dignement leur patrie. Heureux du devoir accompli que la mort n’effraie pas et qui trouvent les mots pour réconforter leur famille. Des jeunes courageux fusillés, déportés, emprisonnés, pour le combat qu’ils ont mené.

Extrait de la lettre de Henri Fertet condamné à mort, une lettre poignante :

Chers parents,

Ma lettre va vous causer une grande peine, mais je vous ai vus si pleins de courage que, je n’en doute pas, vous voudrez bien encore le garder, ne serait-ce que par amour pour moi.

Vous ne pouvez savoir ce que moralement j’ai souffert dans ma cellule, [ce] que j’ai souffert de ne plus vous voir, de ne plus sentir sur moi votre tendre sollicitude que de loin…..

…. Papa, je t’en supplie, prie, songe que si je meurs, c’est pour mon bien. Quelle mort sera plus honorable pour moi ? Je meurs volontairement pour ma Patrie. Nous nous retrouverons bientôt tous les quatre, bientôt au ciel. Qu’est-ce que cent ans ?

Maman rappelle-toi :

“Et ces vengeurs auront de nouveaux défenseurs Qui, après leur mort, auront des successeurs.”

Adieu, la mort m’appelle, je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir.

Mille baisers. Vive la France.

Je hâte le pas. Mon écriture est peut-être tremblée ; mais c’est parce que j’ai un petit crayon. Je n’ai pas peur de la mort ; j’ai la conscience tellement tranquille.

Les lettres sont comme une sorte de testament et certains s’excusent même auprès de leur proche de la peine que leur mort pourra leur causer. C’est édifiant et ça fait froid dans le dos, ces jeunes donnent l’impression d’avoir un sang froid hors norme devant ce néant qui arrive. Pour chacun la mort a un sens. En fait, ils appréhendent plus la détresse dans laquelle leur famille sera plongée que leur propre disparition . Ils consolent et réconfortent ceux qui restent. Tous ces jeunes ont combattu pour une liberté commune, liberté que nous savourons de nos jours.Tous ont foi dans un monde meilleur, tous gardent confiance en l’avenir. En lisant toutes cse lettres, j’ai eu l’impression qu’ils ressentaient comme une délivrance. Comment peuvent-ils être aussi sereins…

Je ne sais pas quelle attitude j’aurai adoptée dans de telles circonstances mais j’imagine que la panique m’aurait gagnée, une terreur horrible et indescriptible.

Tous ces jeunes à peine sortis de l’adolescence avec un esprit d’homme et de femme unis dans la résistance jusqu’à la mort.

Un livre bouleversant. Tous ces courriers et poèmes donnent le vertige. Il ne faut jamais oublier tous ces êtres humains d’hier qui ont payé de leur vie pour notre liberté d’aujourd’hui.

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Grand Est, de Denis Robert

Sur la route de Hayange

zoomUn père, journaliste en panne d’écriture, se retrouve à garder son fils de 8 ans, sa mère étant partie aux Etats-Unis installer leur fille étudiante. C’est l’occasion d’un road-trip social à travers une Lorraine en perdition qui prend très vite la forme  d’un voyage de la transmission de la mémoire et du passé. Des rencontres singulières et du tourisme sont au rendez-vous de ce récit initiatique.

Du journalisme d’investigation sous forme de bande dessinée. L’histoire commence  à l’automobile club de Moselle, où notre narrateur passe un stage de sécurité routière : pour 289 €, de pauvres gens se repaient une conduite ! Puis,  Denis et son fils vont prendre la route, à la rencontre des lieux et des gens qui ont marqué sa mémoire et chaque étape est prétexte pour voir défiler toute une série de sujets polémiques : les jeux vidéos et les jouets de guerre, l’encombrement des prisons, la politique menée par le maire d’Amnéville, les conséquences des milliers de kilomètres de galeries creusées dans le sol lors de l’exploitation  des mines et qui font qu’actuellement des maisons et des routes s’affaissent , le hausse du taux de chômage,  la montée du Front national, la gestion du journal local, le Républicain lorrain, l’intérêt ou non de l’existence d’écomusées de mines de fer dans un esprit de commémoration d’un passé définitivement révolu, l’affaire Cahuzac,  et même l’affaire irrésolue  du petit Grégory, ce petit garçon retrouvé  noyé dans la Vologne et qui fit régulièrement la Une des journaux durant des années. Et j’en passe et en oublie….

Denis Robert, le scénariste, est également le narrateur de cette histoire dont il est le héros principal.  Une bande dessinée autobiographique qui lui permet de faire entendre sa voix de journaliste d’investigation, spécialiste des questions politico-financières. Après dix ans de procédures judiciaires pour avoir dévoilé le mécanisme du blanchiment  d’argent sale et escroquerie fiscale, il a lui-même été enfin blanchi. Mosellan, il pose un regard sans concession sur sa région natale, qu’il n’a jamais su quitter.

Etant d’origine lorraine, cette bande dessinée m’a particulièrement intéressée et touchée. Très documentée et riche, elle sait parfaitement retranscrire le climat de cette région marquée par les bassins houillers et son identité industrielle. Les illustrations sont des plus fidèles, quasi photographiques dans leur précision… C’est comme si on y était. Une bande dessinée résolument politique et polémique destinée à des adultes qui ont le bagage nécessaire à la compréhension des faits évoqués – ou éventuellement à des lycéens lorrains.

 

L’Africain, J.M.G Le Clézio

Racines

Afficher l'image d'origineDans ce petit ouvrage rédigé en à peine deux mois, le prix Nobel 2008 revient sur son enfance passée en Afrique de l’Ouest, au Nigéria pour être précis, après avoir quitté Nice, sa ville natale, pendant la guerre. L’enfant, âgé alors de huit ans, vit dans une case avec sa mère, son frère et son père. Ou plutôt, avec l’idée de ce dernier, médecin militaire qui passe davantage de temps à parcourir le territoire et à sauver la vie d’inconnus que de s’occuper de sa famille. Pour le petit Le Clézio, l’Afrique est synonyme de liberté mais aussi de violence et d’incompréhension avec un père pour qui la discipline vaut mieux que la parole. Voilà sans doute pourquoi l’auteur a longtemps rêvé que c’était sa mère l’africaine, figure douce et aimante, celle avec qui les règles n’existaient pas en l’absence de son mari.

Avec une écriture simple mais très intense, Le Clézio parvient à nous faire voyager non seulement dans son enfance mais aussi dans cette Afrique dont on ressent vivement chaque odeur, chaque saveur et où joies et malheurs sont intimement liés. Peu à peu, ce n’est plus seulement de lui que nous parle l’auteur mais de son père, de ses racines, de ce qui l’a fait devenir l’homme qu’il est devenu. Ce livre, au-delà de l’autobiographie, est sans doute à lire comme un hommage à son père avec lequel il a eu tant de difficultés à communiquer. En partant en quête de lui-même, ce n’est pas seulement l’enfant qu’il était mais celui qui lui a donné vie qu’il a rencontré. Je crois que les mots de l’auteur lui-même résumeront bien mieux que moi son oeuvre. Voici quelques lignes qui viennent à la fin de l’ouvrage :

« […] je me souviens de tout ce que j’ai reçu quand je suis arrivé pour la première fois en Afrique : une liberté si intense que cela me brûlait, m’enivrait, que j’en jouissais jusqu’à la douleur. […] Si je n’avais pas eu cette connaissance charnelle de l’Afrique, si je n’avais pas reçu cet héritage de ma vie avant ma naissance, que serais-je devenu ? […] C’est en l’écrivant que je le comprends, maintenant. Cette mémoire n’est pas seulement la mienne. Elle est aussi la mémoire du temps qui a précédé ma naissance, lorsque mon père et ma mère marchaient ensemble sur les routes du haut pays, dans les royaumes de l’ouest du Cameroun. La mémoire des espérances et des angoisses de mon père, sa solitude, sa détresse à Ogoja.[…] »

Une belle lecture pour le niveau 3ème.

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