Juliette et Roméo, de Yves-Marie Clément

Nous pour la vie…

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Juliette, une adolescente de 16 ans, belle et riche, arrive en Guyane. Son père y est le directeur du centre pénitentiaire. Elle est promise à un sombre destin car elle va devoir épouser Rodolphe, un lieutenant de 15 ans son aîné. Elle ne l’aime pas. Le mariage arrangé par les familles est une véritable torture, un enfermement.

Roméo est un jeune bagnard de 22 ans, enfermé à vie, condamné à faire de pénibles besognes. Un bal est donné en l’honneur de Juliette dans la villa de la famille. Roméo et d’autres bagnards doivent s’y rendent pour faire le service. Au cours de la fête, le hasard met Roméo sur le chemin de Juliette. Tout bascule. Alors que tout les oppose, un amour impossible va lier les deux jeunes gens. La force de leur amour sera-t-elle suffisante pour vivre cette passion ?

Juliette et Roméo est l’histoire d’un amour interdit, une réflexion sur les différences, dans lequel s’entremêlent violences, trahisons et secret. C’est l’histoire de deux mondes radicalement opposés sur fond de paysage exotique, en pleine colonisation. Une réécriture de Roméo et Juliette de Shakespeare qui nous transporte dans des paysages idylliques qui contrastent avec un contexte sombre : la première guerre mondiale, les réalités des conditions du bagne. Par moment, l’auteur donne l’impression au lecteur d’assister à une pièce de théâtre, par l’utilisation d’un style d’écriture propre à ce genre littéraire. Le pari est réussi car on arrive à oublier la version originale de cette histoire.

Le rêve du papillon noir, de Anne Thiollier

Résultat de recherche d'images pour "le rêve du papillon noir fnac"Lumière du Matin est une jeune Chinoise de la Chine rurale des années 30. Un temps où la femme n’a pas de droits : ni celui de choisir son époux, ni celui de se promener seule, ni même celui de montrer l’intérieur de sa bouche, ce qui l’empêche bien entendu de rire aux éclats… Entourée de sa famille, Lumière du Matin va bientôt voir partir Lumière de Jade, sa première Petite soeur,  mariée par le biais d’une entremetteuse à un mari qu’elle n’a jamais vu… Lumière du Matin prend alors une décision grave : malgré le danger pour une fille seule, elle décide de fuir, en se faisant passer pour un garçon. Son chemin est semé d’embûches, jusqu’au jour où sa route va croiser celle du Vieux peintre, le maître Liang qui va la prendre sous sa protection et lui enseigner la peinture.

Un récit de vie qui traite avec beaucoup de pudeur et de sensibilité de la condition de la femme dans la Chine des années 30. Un roman sous forme de voyage initiatique dont la principale particularité n’est pas l’action et les rebondissements mais plutôt un voyage intérieur à la recherche de sa propre vérité. Le personnage de Lumière du Matin est un personnage fort, déterminé, qui va au bout de ce qu’elle croit juste mais est prêteégalement  à renoncer à son bonheur personnel pour soutenir sa famille. Le thème de la transmission du savoir est très présent, tant dans l’enseignement du vieux peintre à la jeune fille que la jeune fille, ensuite, aux enfants.

Et c’est au cours de l’histoire que vous comprendrez le titre bien poétique du livre !

Instructif mais peut-être d’un abord difficile pour les jeunes lecteurs auquel ce roman s’adresse.

 

 

The book of Ivy – Tome 1 – et The revolution of Ivy – Tome 2 -de Amy Engel

Licence to kill…

book ivy.jpgIl y a cinquante ans, une guerre nucléaire a anéanti la population mondiale. Quelques hommes ont survécu et se sont regroupés derrière une grande barrière pour se protéger du monde extérieur, dévasté par l’arme atomique. Une ville, Westfall, a été fondée pour accueillir tous les survivants. Deux familles, les Lattimer et les Westfall, s’affrontent pour avoir le monopole et celle d’Ivy a perdu. La ville édifiée par son grand-père est tombée aux mains du Président Lattimer qui a pris le pouvoir de force. La cité est alors divisée en deux mais tous doivent cohabiter. Pour assurer l’unité du peuple et la paix, chaque année, des mariages arrangés sont organisés entre les enfants des perdants et les enfants des vainqueurs. Dès 16 ans, les filles sont en âge de se marier et de procréer. Tous doivent agir pour les besoins du groupe. Le but est que la population s’agrandisse pour palier à toutes ces pertes humaines. C’est au tour d’Ivy d’être choisie. Elle sera unie à Bishop, 18 ans, le fils du Président Lattimer. Poussée par son père, la jeune adolescente aura pour mission de tuer son mari pour venger sa famille. Ce crime permettrait de renverser le régime pour revenir à une démocratie. Depuis toute petite, elle est endoctrinée par son père, Justin Westfall, rempli de haine et par sa soeur Callie, sans cœur et manipulatrice. Elle sait depuis toujours que lorsqu’elle atteindra 16 ans, elle devra passer à l’acte et peu importe son ressenti. Elle est née pour tuer. Elle a toujours été au bas de l’échelle, la dernière à avoir la parole. Elle doit obéir.

Epouser Bishop Lattimer, ce n’est pas accomplir mon destin. Ma mission n’est pas de le rendre heureux, de porter ses enfants et d’être sa femme. Ma mission, c’est de l’assassiner.

En cohabitant avec Bishop elle va apprendre à le connaître. Arrivera-t-elle à aller au bout de sa mission ? Bishop doit mourir mais c’est Justin Westfall qui l’exige. Et Ivy dans tout ça ? Partage t-elle les mêmes idéaux que sa sœur et son père ?

Ivy est le personnage-clé de cette histoire. Le lecteur devient un confident qui va connaître ses moindres pensées, ses sentiments les plus secrets, qui va se sentir très proche d’elle. Il va découvrir derrière cette carapace, cette violence intérieure qu’elle exprime dès le début du roman, une fragilité, une sensibilité. Elle n’a jamais pu donner son avis, exprimer ses opinions, chacun de ses actes étant dicté par quelqu’un d’autre. Conditionnée par les siens, la jeune fille agira toujours en fonction de leurs désirs. En côtoyant Bishop, Ivy va apprendre à maîtriser ses émotions et à les exprimer. Elle va faire la connaissance de son beau-père, un personnage au lourd passé qui détient un secret lié directement à Ivy. Nous voilà face à deux adolescents formatés qui vont s’aider mutuellement à se poser les vraies questions, pour agir selon leurs propres choix. Ce sont des victimes.

Beaucoup d’intrigues dans The book of Ivy qui posent aussi la question de l’héritage que les parents donnent aux enfants. Peut-on évoluer en suivant des idées que nous ne partageons pas ? Il me semble que nous progressons tellement mieux quand nous pouvons suivre une voie que nous avons choisie et non qu’on nous impose. A-t-on le droit de dire non lorsque nous ne sommes pas d’accord ? Jusqu’au jour où nous faisons la rencontre de la personne qui nous permettra de nous questionner sur cette vie imposée, comme Bishop pour Ivy. Des personnages principaux qui évoluent, des protagonistes avec leur lot de mystères et de méchanceté, un récit qui nous emmène dans le futur, dans notre monde avec de nouvelles règles, de nouvelles lois. De quoi nous donner le tournis car ce roman nous fait découvrir une société qui peut exister, nous interrogeant sur la notion de liberté, de mort, sur la justice qui sanctionne d’une même peine le voleur de poule et le violeur, sur l’image de la femme qui n’est bonne qu’à faire des bébés et à être violentée. Une intrigue rondement menée par le style d’écriture de Amy Engel qui a su dès le début, installer une ambiance pleine de suspense. Surprise par les dernières pages, je me suis empressée de dévorer le tome 2, The revolution of Ivy que je vous dévoilerai succinctement pour ne pas gâcher l’épilogue du tome 1.

 

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Ce second et dernier volet de la saga est marqué par la renaissance des personnages. Le premier volume a habilement préparé les rebondissements du tome 2. Amy Engel nous embarque dès les premières pages dans une ambiance plus sombre, plus sauvage, avec de nouveaux protagonistes qui auront leur importance dans l’intrigue mais que j’aurai aimé mieux connaître. On ne sait pas grand chose d’eux au final. L’enchaînement est immédiat, l’auteur ne fait pas de retour en arrière. On retrouve une Ivy plus forte que jamais prête à tout mais qui reste cependant sur la défensive, ayant du mal à faire confiance aux gens qui l’aident. D’ailleurs, la couverture de The revolution of Ivy nous montre une Ivy plus déterminée, de face avec le poignard en avant. Ce tome 2 nous offre un peu plus d’action, explore d’autres lieux avec une émotion et une poésie qui restent omniprésentes. Surtout avec la dernière partie où on sent que le dénouement est proche sans soupçonner ce que l’auteur nous prépare. Deux petits bémols cependant : la fin est un peu trop rapide à mon goût, je l’aurai un peu plus approfondie et je m’attendais à un tome 2 un peu plus explosif. Dans l’ensemble, une saga réussie, attachante que j’ai pris grand plaisir à lire !

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