Hors piste, de Sophie Adriansen

Virée à la neige

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Nous retrouvons Marion, l’adolescente héroïne des Grandes jambes, très complexée à l’époque par sa taille. Marion a grandi, elle a quatorze ans. C’est l’année du brevet. Alors que la jeune fille pense aux révisions, ses parents décident de l’envoyer faire du ski dans les Alpes, pendant sept jours dans une colo. Mais le pire de tout, c’est un séjour en parfaite déconnexion, c’est-à-dire, sans téléphone portable. L’horreur quand on sait que sa vie se résume aux garçons et au téléphone ! Inutile de dire que Marion s’attend à passer le pire séjour de sa vie. Et si au final, ce séjour s’avérait plus étonnant et plus enrichissant que prévu.

Sophie Adriansen nous plonge dans le monde de l’adolescence avec ses doutes, les premiers flirts, l’estime de soi, l’image que l’on renvoie aux autres. Une galerie de portraits tous plus différents les uns que les autres qui traduit cette soif de liberté, cette envie de braver les interdits, de devenir adulte avant l’âge. Et puis sujet majeur, montrer que sans téléphone, la terre continue de tourner et plus important encore on peut communique autrement, on s’amuse, on s’intéresse aux autres, on échange, on se découvre. Un tome 2 qui se lit indépendamment du premier.

La cicatrice, de Bruce Lowery

L’autre moi

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Jeff, 13 ans, est un enfant heureux. En apparence seulement. Jeff est né avec un bec de lièvre. Certes, il s’est fait opérer mais il reste une cicatrice qui lui rappelle toujours qu’il est différent. Sa mère, une protestante croyante, s’est toujours interrogée sur ce qu’elle avait fait à Dieu pour avoir mérité ça. Elle se sent coupable. Son père dit simplement que « ce sont des choses qui arrivent». Jeff se demande également pourquoi lui. Si Dieu est si bon pour quelles raisons a-t-il laissé le destin en décider ainsi ? Jeff se persuade que s’il adresse des prières à Dieu, un miracle pourra surgir et faire disparaître cette marque disgracieuse. A l’école, ce ne sont que brimades et moqueries, l’adolescent a même un surnom : grosse-lèvre. Il est maltraité par les autres élèves qui n’hésitent pas à le dévaloriser, à le traiter comme un moins que rien. Il est humilié. Jeff n’arrive pas à s’imposer, il n’a pas le courage de faire face. Heureusement, il peut compter sur son nouvel ami, Willy, qui le rassure et qui l’aide à prendre confiance. Ils ont même une passion commune, la collection de timbres. Une amitié rare, inespérée. Mais voilà, la vie de Jeff va changer, les mensonges et les trahisons vont devenir pour lui le seul moyen de s’affirmer. Lui si droit, si honnête va basculer dans la spirale infernale du mal.

La cicatrice est un beau roman qui met en avant la différence, le rejet de l’autre, l’exclusion, la solitude, l’incompréhension. Pourquoi autant de cruauté face à quelqu’un qui ne rentre pas «dans le moule». Jeff est né dans une famille protestante où Dieu prend une place importante. Cette image sera écornée à la fin du roman au vu de toutes les épreuves qui vont toucher la famille. Jeff est torturé. Il a des remords car il a mal agi mais n’arrive plus à se sortir de cet engrenage qui le pousse à mal agir. Est-ce le seul moyen d’exister, de montrer qu’on est là quand on est différent ?

Le journal d’Aurélie Laflamme, 1. Extraterrestre… ou presque !, de India Desjardins

SOS d’une ado en détresse !

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Aurélie, 14 ans, se sent bien perdue dans un monde qui n’a pas l’air de lui correspondre. Aurélie vit seule avec sa maman depuis le décès de son père. Elle se prend à rêver que son papa revienne la chercher pour l’emmener sur une autre planète. Alors, elle se confie à son journal intime. Elle se pose de nombreuses questions sur la vie, ses relations avec les adultes. Elle ne sait plus trop où elle en est. Sa maman, un peu trop envahissante à son goût, ne se remet pas de la perte de son époux et parfois, c’est un peu tendu entre Aurélie et elle. Mais malgré tout, elles sont liées par une belle complicité.

Un roman frais, drôle, plein d’humour pour parler de sujets délicats. Aurélie est une adolescente pleine d’imagination, attachante qui livre ses états d’âme. Elle est décalée et traverse une période de doute que beaucoup d’adolescents connaissent.

Sauveur et fils – saison 1- de Marie-Aude Murail

Des vies cadenassées

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Sauveur Saint-Yves est psychologue. Avec un tel prénom comment ne pas être à l’écoute des autres et vouloir sauver tout le monde, en particulier les ados. Il a quitté sa Martinique natale pour s’installer à Orléans. Il est veuf et s’occupe seul de son fils de 8 ans, Lazare. A force de vouloir jouer le bon samaritain, il délaisse sa vie privée. Pas facile de trouver l’équilibre entre vie professionnelle et vie familiale. Sauveur a beaucoup de qualités, un cœur gros comme ça, une bonne écoute avec ses patients mais avec son fils il ne sait pas faire, il est maladroit et démuni. Les cas dont il s’occupe sont divers et variés. Il est contacté par des parents mal divorcés dont les enfants sont devenus des enjeux pour régler leurs conflits, par la maman qui n’aime pas son enfant, l’adolescente qui ne s’y retrouve plus entre sa mère qui s’est remise avec une femme et son père qui est avec une jeune qu’elle traite de pétasse. Il essaie de comprendre les tentatives de suicide, les phobies scolaires… Son bureau est attenant à la maison et Lazare qui se passionne pour la profession de son père, n’en rate pas une miette. Quand il le peut, il se cache et espionne les consultations. Un jour, Lazare demande à son père de lui acheter un hamster. Il étudie son comportement comme Sauveur le fait avec ses patients. Le petit garçon veut d’ailleurs devenir psychologue de tout le monde et en particulier de ces rongeurs. Il est trop craquant Lazare, souriant, attachant, rigolo avec ses « blagounettes » qui n’interpellent pas toujours son père trop préoccupé par son métier. Sauveur est une sorte de mère Thérésa mais aurait-il des ennemis ? Pour preuve, les lettres de menace qu’il reçoit ou les pièges contre le mauvais sort qu’il trouve au pied de sa porte. A ce moment, Lazare commence à se poser des questions sur ses origines et sur sa maman décédée peu après sa naissance. Sauveur ne lui parle pas de sa mère, évite les questions, reste secret. Que cache Sauveur à son fils ? Pourquoi n’arrive -t-il pas à lui en parler ?

L’ombre de la maman plane sans cesse sur le récit. On ne sait pas qui elle était, comment elle était. Sauveur évite d’en parler mais pourtant il faut attendre les ¾ de l’histoire pour s’étonner des confessions que Sauveur fait à une patiente. Les rôles sont inversés. Il parle de sa famille et envisage même d’emmener son fils en Guadeloupe. Le lecteur sent que le dénouement est proche. La fin nous délivrera d’un lourd secret.

Ce livre scanne les problèmes, le mal-être des adolescents. On ressent toutes les difficultés que les parents rencontrent avec eux. Les situations familiales sont complexes et Marie-Aude Murail n’a aucun tabou sur les sujets traités : l’homosexualité, la phobie scolaire, les familles recomposées, la scarification, la drogue, la dépression, la pédophilie, le racisme dont sont victimes Sauveur et Lazare, particulièrement par la nounou du jeune garçon, femme aux préjugés très présents sur les noirs.

Chaque chapitre correspond à une semaine de consultations. On se rend compte au final que les enfants sont trop impliqués dans les histoires « de grands ». Il n’y a plus aucune barrière, les parents exposent leurs enfants à des problèmes qu’ils devraient résoudre entre adultes. Les enfants sont des éponges et craquent. Ce roman est une sorte de miroir du quotidien qui pour certains part à la dérive. Mais heureusement, l’auteur manie l’humour pour aborder ces malaises et permet au lecteur de souffler entre chaque tranche de vie en le faisant pénétrer dans l’intimité de Sauveur et son fils. Marie-Aude Murail nous offre des personnages variés, reflet de notre société. J’appréhendais un peu ma lecture, peur de trouver ennuyeux les énumérations des états d’âmes de chacun. Mais pas du tout, Sauveur et fils est un coup de cœur. Le lecteur est invité sans voyeurisme dans le cabinet de consultations, prend sous son aile Sauveur et Lazare en croisant les doigts pour que le père se libère du poids d’un passé lourd et omniprésent. L’adage qui dit « le cordonnier est le plus mal chaussé » s’adapte parfaitement à la situation de Sauveur. Il soigne les blessures de la vie de ses patients mais est incapable de refermer ses propres plaies. Hâte de me plonger dans la saison 2.

Les contes du villageois, cycle 1. Un monde idéal tome 1 : l’usine / tome 2 : le village /tome 3 : le cirque / tome 4 : le phare / tome 5 : la porte, de Chen Weidong

A chacun son Eldorado

Ayou est un adolescent de 19 ans dont le physique lui fait paraître 10 ans de moins. Pas très évident à gérer pour un jeune de cet âge. Sa vie ? Il est cariste dans une usine mais ça ne le passionne pas du tout. Il voudrait trouver le bonheur, il en a marre d’être malchanceux. Son rêve, quitter l’usine et aller voir ailleurs ce qui se passe. Son travail ne lui convient pas mais il faut dire qu’il n’a pas trop envie non plus de se lever chaque matin pour gagner sa vie. Il n’est pas assez mûr pour le monde professionnel et trop jeune pour rester à rien faire. Il est mal dans sa peau, il ne trouve pas sa place dans la civilisation. Il est en quête d’autre chose mais de quoi.. ?

Ayou est quand même un peu borné, quand il lui arrive quelque chose c’est toujours la faute des autres, il ne se remet jamais en question. Il fait souvent le même rêve, il est prisonnier d’un grand labyrinthe qui le mène dans un monde de portes qui ouvrent sur un autre univers mais sans issue. Sa vie est si terne et si monotone que sa quête du bonheur en devient obsessionnelle.

Mais, alors qu’il arrive encore une fois en retard à son travail, Ayou est victime de sa maladresse, ce qui va lui valoir une mise à pied de 8 jours. Il est congédié sur le champ et prend alors une décision qui sera un tournant dans sa vie.

S’en suivent alors 4 autres tomes qui vont nous plonger dans la suite des aventures d’Ayou alors qu’il se retrouve à chaque fois dans un autre univers.

Bande dessinée chinoise de genre fantastique en 5 volumes avec de belles illustrations qui donnent du mouvement au récit.

Les cinq tomes sont liés et forment l’ensemble de l’histoire.

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C’est encore loin, la vie ? de Bernard Friot

C’est encore long l’adolescence ?

Afficher l'image d'origineDeux récits d’adolescence, autobiographiques, qui relatent une période sombre pour l’auteur.

Bernard, 14 ans mais n’en paraissant que 10, est un garçon réservé, mal dans sa peau.

Je ne suis pas un enfant. Je n’ai jamais été un enfant. Trop sage, trop peureux, trop appliqué à plaire aux adultes. « Tellement mûr pour son âge », n’est-ce pas… Oui, j’ai des pensées de vieux, et ça fait une drôle de discordance avec mon corps de garçonnet épargné par la puberté ».

Dans la première nouvelle intitulée « Un dernier été », Bernard et son frère sont en camp de vacances, lorsque leur père vient les chercher pour les ramener à la maison familiale… Leur grand-père est à l’hôpital… Va-t-il mourir ? Cette fin d’été coïncide également avec l’attente de l’entrée en pension pour l’auteur… moment vécu comme une autre mort.

Dans deux jours je serai mort et vous ne le saurez pas. Parce que je bougerai encore, je parlerai, je marcherai sous vos regards étrangers. Mais celui qui sera là, ce ne sera pas moi.

Les deux thématiques de l’attente et de la mort sont omniprésents dans ce texte où l’adolescence est vécue comme une véritable souffrance.

Dans la deuxième nouvelle intitulée « Un autre que moi », l’auteur relate ses années de pension, douloureuses, qu’il vit comme un étranger à sa propre vie. Les journées sont ponctueés par les cours, les heures d’étude, et l’attente de ce dimanche où il rentrera chez lui… mais toujours avec cette sensation d’être étranger dans cette famille qui reste ensemble toute la semaine, etdans l’attente du soir et de son retour en pension au lycée.

C’est encore loin ? Ca dure encore longtemps ? Autour de moi, ils vont tous à un rythme différent, je ne sais pas à quel pas marcher. Alors, je reste immobile à les regarder. Et j’attends. Je n’attends rien ni personne. J’attends que ça se termine.

Très poétique, très bien écrit, ces textes ont une réelle force, mais sont si noires…L’adolescence est une mort et la fin de l’adolescence sera peut-être l’entrée dans la vie… En attendant, il faut vivre, survivre, comme un étranger, et attendre des jours meilleurs, s’ils arrivent un jour, au milieu d’une famille qui semble ne pas faire cas de lui, de ses sentiments et de ses réelles souffrances ! Un texte qui s’adresserait plutôt à des adultes déjà passés par les affres de l’adolescence, ou à des adolescents heureux, qui seront émus par ce récit mais ne le prendront pas pour eux… Mal-être, malaise, attente, mort.

En vrai, je lis par paresse de vivre. Il faut si peu d’énergie pour lire, et il en faut tant pour vivre. Je lis en tournant le dos, pour fuir les regards et disparaître entre les lignes.

 

Enfermements

Le fantôme qui écrivait des romans, de Eric Sanvoisin

Afficher l'image d'origineLeï est un personnage de roman. Il est enfermé dans un asile psychiatrique avec le fantôme du chien des voisins que sa mère a sciemment écrasé sur la route.

Emilia est une adolescente que le mal-être empêche de vivre. Anorexique, le monde extérieur l’effraie tant qu’elle ne sort plus de chez elle et survit grâce à la lecture. Elle va s’attacher au personnage de Leï.

Antonin est un fantôme. Tué par son père, gourou d’une secte, lors d’un sacrifice qui a mal tourné, il hante l’ancienne demeure désertée et supporte sa condition grâce à son accès à un ordinateur et une connexion Internet. Il est l’auteur  du roman  de Leï.

Ces trois être en souffrance vont tisser des liens étroits. Trois adolescents au bord du gouffre qui cherchent à s’agripper à un espoir.

Un récit à trois voix où fiction et réalité s’entremêlent, dans la chaleur moite de la Nouvelle-Calédonie. Des parcours de vie tristes qui rendent le lecteur que nous sommes vulnérables à la souffrance d’autrui. Des thèmes forts sont abordés, effleurés, évoqués : l’anorexie, le suicide et les tentatives de suicide (TS), la folie, la vie dans l’au-delà, les relations familiales, les sectes, le corps, la mort, l’assassinat, l’anonymat d’Internet. Une histoire à la construction complexe, bien écrite, toute en finesse et poétique qui nous emmènent dans les méandres psychologiques d’êtres en souffrance. Un texte exigeant à réserver aux bons lecteurs de 4e-3e.

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