Broussaille, tome 1. Les baleines publiques, de Franck et Bom

Une ville sous marine…

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Broussaille est un ado sympathique, aimant la nature et vivant avec son chat en appartement. Le quartier est plutôt terne et triste. Un soir, il fait un rêve étrange : des poissons de toute taille défilent devant lui, de belles images du fond marin qui très vite vont devenir de vrais cauchemars. Un phénomène intrigue également Broussaille, une quantité infinie de mouettes tournent au-dessus de la ville depuis plusieurs jours et comme lui, beaucoup d’habitants souffrent d’insomnies. Comme il est en congé, le jeune homme se rend dans une bouquinerie et achète un livre sur la mer et ses mystères. Quelle n’est pas sa surprise, en rentrant chez lui, quand il découvre son rêve dans une illustration qui date de 1929 et dont l’auteur, Auguste Petit, a vécu dans sa rue !  Et plus étrange encore, Auguste Petit décrit à cette époque, les mêmes faits observés par Broussaille. Celui-ci décide alors de faire des recherches et se rend au musée d’histoire naturelle. En questionnant le scientifique présent, il apprend qu’une jeune fille s’est rendue au musée pour les mêmes raisons que lui. Etrange, pourquoi s’intéresse t-elle aussi à Auguste Petit ? Broussaille va se mettre en quête du passé de cet Auguste Petit tout en tentant de découvrir pourquoi quelqu’un d’autre a les mêmes préoccupations que lui.

Les baleines publiques est une bande dessinée d’aventure, un brin fantastique auxquelles s’ajoutent des illustrations un peu déjantées qui donnent du rythme et de l’éclat à l’histoire. Le lecteur se trouve à mi chemin entre le rêve et la réalité.

Qui veut la peau d’Otto Dafé ? , de Justine Jotham

Un monde sans livre, c’est un corps sans âme

Afficher l'image d'origine1984. Le dictateur Otto Dafé est au pouvoir et a fait brûler tous les livres. Maintenir  le peuple dans l’ignorance est le meilleur moyen de le dominer… Mais c’est sans compter une poignée d’idéalistes pour qui la littérature était tout : Pangloss, le vieil aveugle, aidé de ses compagnons Lazarillo, Peter Pan, Shéhérazade, Rouletabille, Don Quichotte, etc… vont mener la révolution pour que le pays redécouvre ces merveilleuses pages qui font tourner le monde et retrouve sa liberté.

Un sujet prometteur et des idées intéressantes, mais ce roman ne va pas au bout de son ambition… J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans l’histoire et les caractères des personnages ne sont pas assez développés  pour qu’on s’y attache et qu’on fasse le lien entre leur nom et le personnage de littérature qu’il évoque… Mais peut-être en attendais-je trop ? Nos élèves amoureux des livres  aimeront sûrement partir à la découverte de ce monde imaginaire et décoder toutes ces références à la littérature classique. A la fin de l’ouvrage un index recense intelligemment les personnages littéraires cités avec une brève description… Utile pour tous, car certains avaient échappé même à mes études littéraires ! L’importance des mots, des idées, de la liberté d’expression, le danger d’un régime totalitaire, voilà le message que veut faire passer l’auteur. La date de 1984 fait sans conteste référence au roman de George Orwell : 1984. Mais pour ce qui est des autodafés, rien de tel pour nos excellents lecteurs de 3e que de lire Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Je dois avoir ces deux titres au CDI… Peut-être mon ex-collègue et toujours amie Vij, qui continue à distance à prendre part à notre beau projet (je crois qu’on lui manque depuis qu’elle a eu sa mutation) pourra-t-elle nous les chroniquer un jour, c’est tout à fait son genre de livre, non !

Zapland, de Marie-Aude Murail

Un game-hop d’un genre nouveau

https://tempsdelivresdotcom.files.wordpress.com/2016/09/zapland.jpgTanee, 8 ans, vit en 2054. Elle passe souvent ses mercredi chez son amie C@ro, lorsque sa grand-mère se téléporte à Gif-sur-Yvette et ne peut pas la garder… Un jour, elles se perdent dans Lequartier, un endroit effrayant et abandonné, pas loin de chez elle. On y trouve des e-meubles où les gens vivaient autrefois… de retour chez elles, elles décident d’y retourner la fois suivante… Elles se retrouvent alors dans un endroit immense, remplies d’étagères vides et renversées…et découvre un game-hop préhistorique…

Qu’est-ce que cet endroit ?  Qu’est-ce que ce game-hop ? Vous le découvrirez en lisant ce livre de science-fiction accessible aux plus jeunes. Le texte utilise tout un tas de a changés en @, des mots inventés qui nous transportent dans un futur où règne les technologies : phone-hop, infoflash, se sky-hoper…  On est dans une critique légère de la société en devenir : tout passe passe par des machines : l’apprentissage, les voyages, l’écriture d’histoire… Apprendre à lire est un jeu pas très sérieux. Quelle place pourrait encore avoir le livre dans tout ça … Peut-être simplement une place pour rêver un peu…Car tourner des pages, ne serait-ce pas utiliser un écran tactile d’un genre nouveau ?

Je lui ai rappelé sa promesse de m’apprendre à lire et j’ai ajouté :

-J’ai compris comment on écrit BATO, mais quelles sont les lettres pour poney et dauphin ?

Ma soeur a soupiré de fatigue, puis elle a épelé :

-PONÉ et DOF1

–  Super !!! Je connais trois mots maintenant.

Abondamment illustré et en couleur, un livre sur la thématique de la lecture qui se lit facilement.

La guerre des livres, d’Alain Grousset

Papier contre numérisation

Shadi est un jeune pilote de 17 ans de la Sécession. Lors d’un combat dans l’espace contre la Confédération impériale, il échoue sur une planète ennemie. Il réussit à s’échapper par un container qui l’emmène à la Bibliothèque de Libel, où il est recueilli par le vieux conservateur idéaliste, Angus. Dans cette bibliothèque immense, la dernière de l’univers, on sauve de la destruction tous les livres menacés par la numérisation totale ou par la guerre. Bientôt l’Empereur en personne débarque sur Libel. Il veut demander conseil à Angus pour sauver sa fille d’une terrible maladie qui la condamne à mort. Le remède ne pourrait-il pas être trouvé dans les livres ? Mais la présence du jeune Shadi risque bien d’être remarquée et sa vie mise en danger…

L’histoire débute par une attaque de vaisseaux dans l’espace… et j’ai trouvé le début du livre assez mal construit, brouillon, assez peu compréhensible… Une fois passée la « porte distran » qui l’emmène sur la planète Libel, le récit prend une tournure plus intéressante. Action, amour, guerre, complot, meurtres sont les principaux ingrédients de ce petit roman de SF destinés aux plus jeunes… Le message que veut faire passer l’auteur est clair : le livre papier a-t-il encore un intérêt à l’heure de la numérisation ? La réponse est oui, mais je ne peux pas expliquer la solution trouvée par l’auteur car elle révèlerait trop de choses sur l’histoire… Le projet de la numérisation par Google de millions de livres font de cette question une réelle question d’actualité… La science-fiction est déjà rattrapée. Mais pour moi, malgré une thématique des plus intéressantes, ce roman n’a pas répondu à mes attentes. Car une seule et unique réponse est donnée à cette problématique très vaste qui méritait peut-être un peu plus de pistes de réflexion. L’objet livre n’est-il pas, au delà du texte écrit, un objet artistique, un outil démocratique à la portée de tous, un outil de partage ? Le sujet mérite une thèse… Finalement, ce que j’ai préféré dans ce roman, ce sont les citations en ouverture de chaque chapitre et en particulier celle-ci : « les livres nous obligent à perdre notre temps de manière intelligente » Mircea Eliade.

Sa Majesté des Mouches, William Golding

Enfants sauvages

sa majesté

Bien évidemment, je connaissais déjà le fond de l’histoire : une bande de garçons se retrouve sur une île déserte sans aucun adulte.
Après la joie de la découverte de l’île, il faut instaurer un règlement. Le groupe élit rapidement son chef, ce sera Ralph, le plus âgé du groupe. Il sera secondé par Porcinet, l’ »intellectuel » grassouillet et binoclard, tête de turc de la communauté. Mais de fortes dissensions ne tarderont pas à apparaître au sein du groupe…

Bientôt, les enfants perdent leur innocence, se transforment peu à peu en sauvages, leurs javelots en bois deviennent des armes véritables et la cruauté envahit les coeurs.

Plus qu’une simple robinsonnade enfantine, le roman de Golding prend des allures d’allégorie des sociétés humaines. L’atmosphère d’allégresse initiale fait vite place à un sentiment d’angoisse. A travers le personnage de Jack, l’auteur dessine les traits les plus sombres de l’humanité.

J’ai aimé ce livre pour les descriptions enchanteresses de l’île déserte mais surtout pour l’ambiance sinistre qui envahit le roman page après page. Que deviendront les enfants ? Je vous laisse le découvrir !