Jamais sans ma fille, de Betty Mahmoody

Demain avec toi….

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Betty est mariée à Moody un médecin d’origine iranienne. Ils ont une fille. Mais au bout de quelques temps des crises conjugales éclatent, liées en partie par des tensions politiques qui naissent entre l’Iran et les Etats-Unis. Alors que leur couple est fragilisé, Moody demande à son épouse de venir avec lui en Iran pour faire connaissance avec sa famille. Méfiante, celle-ci hésite mais pour favoriser une réconciliation, elle accepte. Ils s’envolent tous les trois. Nous sommes en août 1984…

Je me dis que je suis en train de commettre une erreur, que je voudrais pouvoir sauter de cet avion à la minute. Je m’enferme dans le cabinet de toilette et jette un oeil dans le miroir, pour apercevoir une femme au dernier stade de la panique. Je viens tout juste d’avoir trente-neuf ans, et à cet âge une femme devrait avoir sa vie en main. Je me demande comment j’ai pu en perdre le contrôle…

Arrivée sur place, Betty ne peut que constater le changement d’attitude progressif de son époux qui lui annonce qu’elle ne partira jamais d’Iran, que sa vie est désormais là. Sa belle famille lui est hostile et influence Moody bien déterminée à la faire prisonnière. Devant sa résistance, le mari va devenir violent, l’enferme, la bat, la prive de sa fille. Pour avoir la paix et préparer sa fuite, elle joue la femme soumise subissant humiliations, séquestrations pendant deux ans. Betty va alors mener un combat incessant pour fuir ce pays où la femme, privée de libertés, n’est pas reconnue.

Chaque détail de ma vie quotidienne est axé sur le grand but. je suis déterminée à me montrer une épouse et une mère aussi exemplaire que possible. Pour trois raisons. La première est de consolider l’illusion de bonheur et de normalité, de façon à ôter tout soupçon de Moody. La seconde est de faire plaisir à Mahtob et d’éloigner de son esprit l’idée qu’elle est prisonnière.

Parfois elle demande :
– Est-ce qu’on pourra retourner en Amérique, maman ?
– Pas maintenant. Peut-être qu’un jour, dans l’avenir, papa changera d’idée, et nous irons tous les trois.
Ce genre de mensonge soulage un peu sa tristesse, mais pas la mienne.
Ma troisième raison de créer un foyer « heureux », c’est de me préserver moi-même, de ne pas devenir folle.

Jamais sans ma fille est un récit autobiographique bouleversant qui nous fait partager toutes les horreurs infligées à Betty, contrainte de respecter les règles imposées par son mari. Leur petite fille, Mahtob, fréquente une école qui la détourne de sa culture américaine. Betty est terrorisée et se rend coupable de la situation. Elle n’aurait jamais dû accepter de partir, elle aurait dû écouter les mises en garde qui lui avaient été faites. Ce qui est bouleversant est de se dire que cette histoire est vraie, qu’elle a été vécue par une femme qui n’a eu de cesse de se battre pour retrouver la liberté. Une liberté en demi teinte car encore aujourd’hui Betty vit sous un nom d’emprunt par peur de représailles. Jamais elle n’a pensé partir sans sa fille, elle a toujours persévéré pour s ‘en sortir à deux. Le lecteur se sent désarmé face à une telle souffrance et ne peut partager que la douleur et les angoisses d’une femme si combative.

Ce récit ne dénonce à aucun moment la façon de vivre des Iraniens, Betty n’émet aucune critique envers le peuple. D’ailleurs elle a pu s’évader grâce à l’aide d’hommes ou de femmes de Téhéran. Betty est une femme courageuse qui se bat pour elle, pour sa fille mais aussi pour sa famille notamment pour son père qui est mourant…

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Persepolis 2, de Marjane Satrapi

Quand on ne reconnaît plus son pays

Dans ce tome 21030, nous retrouvons Marjane et sa vie quotidienne en Iran alors que les Islamistes ont pris le pouvoir. Deux évènements vont principalement influencé  le cour de sa vie : la prise d’otages de l’ambassade des Etats-Unis qui conduira à la rupture des relations entre les deux pays. L’intégrisme ne fera alors que se renforcer : fermeture des universités, boycotte des produits venus de l’occident, difficultés pour voyager … Les gens sont surveillés, il faut donc faire attention à ce que l’on dit,  à comment on s’habille et cela, même chez soi. Les gens n’hésitent en effet pas à dénoncer leurs propres voisins ! Même les femmes, qui souffrent le plus de cette dictature, se transforment en Gardiennes de la Révolution et n’hésitent pas à interpeller Marjane dans la rue car cette dernière ne porte pas correctement son foulard ! A cela va s’ajouter la guerre. En effet, c’est le début de la guerre Iran-Irak, autrement dit la première Guerre du Golfe. Téhéran se fait régulièrement bombardé et la famille Satrapi se voit obligée d’accueillir des réfugiés venant de régions en guerre. Au milieu de tout ça, Marjane essaye de vivre son adolescence.

Le ton naïf du premier opus reste présent même si le regard de la jeune fille sur les évènements qui se déroulent dans son pays a changé. En effet, elle n’est plus une enfant. Elle rentre dans l’adolescence et donc dans l’âge de la rebellion. Mais difficile de se rebeller dans un pays en guerre et cela peut même être dangereux… Ce tome aborde beaucoup plus la radicalisation de la vie en Iran sour le régime islamiste. Elle explique l’endoctrinnement des gens, de ces jeunes soldats, par exemple, qui sont près à se battre, à se sacrifier contre la promesse des clés du paradis. Marjane tourne tout cela à la dérision… Comment peut-on croire à cela ?! Mais il ne faut pas sous-estimer le pouvoir de persuasion des dirigeants et surtout des menaces ! C’est ainsi qu’on voit donc un pays se refermer sur lui-même et des gens se méfier les uns des autres.

Tout comme le premier, j’ai dévoré ce second tome. Je l’ai même préféré car je le trouve plus abordable, plus facile à  suivre aussi. Bien que plus facile, il s’adresse à un public averti : tout n’est pas à prendre au premier degré. Il faut faire preuve de recul et ne pas confondre soumission et ignorance. Comme je l’ai déjà dit, une dictature sait mettre en place les moyens nécessaires pour faire en sorte que le peuple croit en elle. Et cela, peu importe le pays et peu importe l’époque !

Persepolis 1, de Marjane Satrapi

La révolution est en route

Persepolis 1 L’histoire se passe en Iran au moment de la révolution islamique. Le peuple iranien n’est pas d’accord avec la politique du Shah (le chef de l’Etat) et les manifestations se font de plus en plus nombreuses. Mais la répression est violente. Le Shah est finalement renversé mais est-ce une bonne chose ? Au Shah succèdent les islamistes qui sont encore plus radicaux. Marjane a alors 10 ans. Elle n’a ni frère ni sœur et ses parents l’éduque de manière très ouverte. Son quotidien est chamboulé par les événements historiques qui secouent son pays. Elle, qui jusqu’à présent allait dans une école laïque, mixte et bilingue (où elle apprenait le français), voit son école fermer et doit aller dans une école de filles et porter le foulard. Elle se pose beaucoup de questions sur ce qu’il se passe autour d’elle et va ainsi se construire très tôt une conscience politique. C’est une très bonne bande-dessinée grâce au sujet traité mais aussi aux dessins. Le style est très épuré et sans couleurs pour ne se concentrer que sur l’essentiel. Le thème abordé est d’actualité pour comprendre la radicalisation des religions mais pour se rendre aussi compte que tous les adeptes d’une religion ne sont pas pour autant d’accord avec cela. L’Histoire et la politique se mélangent, évoquées avec naïveté car vues au travers les yeux de la petite Marjane. Tout y passe : doctrines politiques, philosophie, Dieu. Vus avec l’innocence d’un enfant, certains faits en sont d’autant plus choquants. Paradoxalement, certaines situations en sont au contraire drôles. On y découvre aussi les traditions et le quotidien du peuple persan. L’histoire de l’Iran est résumée au début du roman mais il est possible que cela soit difficilement assimilable pour de trop jeunes lecteurs. Il ne faut pas non plus s’arrêter face aux nombreux faits historiques car ce premier opus doit aussi remplir sa mission : poser les bases de l’histoire. Mais cela en vaut le coup.