La fabuleuse histoire de ma famille (parfaite) reloue, de Edgard Nelson

Les joies ( ou pas ) d’une famille nombreuse

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Papa est seul depuis la mort de maman. Ma sœur, mon frère et moi étions très petits quand le drame est arrivé. C’est difficile mais on y arrive quand même….Aujourd’hui c’est le grand jour, on déménage. On n’est plus tout seuls. Papa a rencontré Marie. Elle est gentille et je l’aime bien. Papa semble heureux et c’est ce qui compte pour moi. Mais je ne vous ai pas dit, il y a aussi  Paul, Tab, Lola, Dylan et les jumeaux Quentin et Simon. J’oublie quelqu’un.. Ah il y a aussi Milo, notre chien. Voilà vous connaissez tout le monde. Une grande famille recomposée qui part pour une nouvelle vie. Papa et Marie ont acheté une ferme. Mais avant de s’y rendre, papa a voulu faire un crochet par la maison de son enfance. Elle est sur une île. Elle est chouette mais c’est une vraie ruine. Devant l’enthousiasme de papa qui nous relate tous ses plus lointains souvenirs d’enfance, on n’ose pas trop exprimer notre désarroi devant une bâtisse poussiéreuse, délabrée, sentant le renfermé et la moisissure. On y reste qu’une journée, ce n’est pas la fin du monde ! Enfin si, peut-être, car Marie et Papa doivent partir à la ferme pour régler une affaire urgente et décident d’y aller seuls. Résumons : nous sommes seuls jusqu’au soir, dans une maison en ruine, il fait froid, pas de tablettes, pas de téléphone, au milieu de nulle part. Le décor est planté et ça promet une journée très mouvementée. Approchez-vous, il y a quelque chose que je ne vous ai pas dit. Il circule des légendes peu rassurantes sur l’île, comme des histoires de fantômes. Mais restons positifs, que peut-il nous arriver ?

Ce n’est pas facile de cohabiter dans une famille recomposée, un brin originale, quand on ne se connaît pas très bien et qu’on est pourtant destinés à vivre ensemble. C’est l’histoire d’une famille formidable racontée avec humour et fantaisie.

La rivière de satin, de Jean-François Chabas

Coup de foudre volcanique

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Sine, jeune orpheline de quinze ans, doit aller vivre chez sa grand-mère, Abigail. Elle quitte donc à regrets New-York pour s’installer à Hawaï, dans le village de Waikoloa, où sa grand-mère possède une somptueuse demeure. On ne peut pas dire que l’accueil soit chaleureux. Abigail est autoritaire, froide et met tout de suite de la distance avec Sine.

La jeune adolescente a une particularité. Elle souffre d’une maladie neurologique qui modifie la perception de l’espace, du temps et de soi-même. Elle est atteinte du syndrome d’Alice au pays des merveilles, qui se manifeste en cas de stress ou de grosse panique. Le village de Waikoloa est entouré de volcans, donc une zone à risques. Depuis quelques jours, des secousses se sont manifestées, ne laissant présager rien de bon. Sine va être vite confrontée à la colère de la nature, cette nature en sommeil qui brusquement va se réveiller et transformer ce paysage idyllique, en un véritable décor apocalyptique. Elle va devoir alors affronter cet environnement hostile, sauver sa vie et affronter tous ses démons pour survivre. Elle ne sera pas seule. Elle va faire la connaissance d’un jeune homme, Holokai, devant lequel elle va fondre immédiatement. Leur attirance réciproque va les unir dans un combat difficile contre les éléments déchaînés.

La rivière de satin est un roman qui suscite en moi un avis partagé. La quatrième de couverture m’a donné envie de le lire mais au fil des pages, je me suis étonnée d’être distante par rapport aux personnages. Des personnages que j’observais de loin sans réels sentiments. Ma lecture me paraissait fade et sans relief. Pourtant, je suis allée jusqu’au bout du récit car j’étais quand même curieuse de connaître leur destin. Un signe que mon indifférence n’était pas totale ! Je me suis donc passionnée pour la seconde partie du récit, là  où pour moi, commençait véritablement l’histoire. Sine m’a intriguée. Sa maladie m’a troublée. J’ai fait des recherches et j’ai constaté que ce syndrome bien réel, fut découvert par John Todd, un psychiatre, en 1955. Plus les personnages évoluaient dans ce chaos meurtrier, plus j’avais envie de les accompagner. Et puis Sine m’est apparue attachante, combattante. La grand-mère, au caractère détestable, a révélé un côté de sa personnalité que jamais on aurait soupçonné. Au final, je ne regrette pas mon voyage à Hawaï et j’attends de vous lecteurs, des retours sur ce que vous avez pensé de La rivière de satin.

J’ajoute que ce qui est troublant, est que Jean-François Chabas a écrit ce roman après avoir été sur l’île de Big Island, la grande île d’Hawaï, et quand il l’a terminé, les faits qu’il a imaginés (l’éruption du volcan en 2018), se sont produits.

L’île aux mainates -les contes à dormir debout du pirate Pitou-de Jean C. Denis

Tel est pris qui croyait prendre..

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Richard, un jeune enfant, adore flâner sur le sable, aux premières heures du jour. La plage est déserte, il n’y a que le bruit des vagues et des mouettes… Seule ombre à ce tableau idyllique, la cabane de Pitou, un ancien marin bourru, qui fait peur à tout le monde. Il faut dire que sur son visage se lisent toutes les traces du temps et des maladies qu’il a attrapées durant ses nombreux voyages. Gare à ceux qui s’aventureraient trop près de sa bicoque ! Pourtant, Richard n’hésite pas à s’approcher quand il entend les gémissements d’un chien qui proviennent de dessous la barque de Pitou. Mais quelle surprise, quand le jeune garçon retourne à l’embarcation, l’animal est bien là tout apeuré, tout mouillé mais c’est un mainate qui aboie. Le volatile imite à la perfection le cri du chien. C’est à ce moment-là que surgit Pitou, imbibé d’alcool de la veille, brandissant un parapluie. Il se saisit du chien malgré les protestations de Richard qui lui propose en échange le merle. Pitou part dans un fou rire en lui affirmant que ce genre d’oiseau ne fait que répéter que ce qu’il entend et qu’il n’a pas le don de parole. Il n’est pas d’accord pour s’encombrer d’un oiseau qui ne sert à rien. Et pour confirmer ses dires, il raconte à Richard ses aventures qui l’ont mené à rencontrer beaucoup de mainates, oiseaux qui ne lui ont apporté que des ennuis.

L’île aux mainates nous offre un voyage rocambolesque à travers les périples d’un vieux loup de mer. Amis lecteurs, n’hésitez pas à tourner la dernière page, ne vous arrêtez pas au mot fin, la chute de l’histoire est derrière !

Maresi, de Maria Turtschaninoff

Terre de femmes

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Une île invisible, une abbaye rouge, un refuge pour les filles et les femmes. Toutes fuient la brutalité des hommes ou la cruauté du monde. Une communauté de sœurs a pris sous son aile ces âmes en souffrance. Maresi est arrivée là il y a 4 ans, elle y est heureuse sous la protection de la Mère. Elle adore les livres, source de savoir. Son but est de parfaire son éducation pour pouvoir voler de ses propres ailes. Toutes ces filles vivent en parfaite harmonie loin du mal et tentent de se reconstruire. Aucun homme n’est toléré. Elles peuvent néanmoins quitter ce lieu quand elles le désirent, quand elle se sentent prêtes à affronter le monde extérieur. Un jour, une adolescente va demander l’asile. Qui est-elle ? Quel est son passé ? Elle se livre très peu. Maresi va s’occuper d’elle. Elle semble doucement reprendre confiance en elle jusqu’au jour où tout va basculer.

Le lecteur est embarqué sur une île pleine de mystères habitée par des femmes et uniquement des femmes. On a l’impression d’être dans un univers où rien de mauvais ne peut arriver. Une certaine volupté inonde le lieu. Maresi est la narratrice et c’est elle qui va nous raconter ce que la venue de cette jeune fille prénommée Yaï va déclencher.

Ce roman est étonnant car c’est un mélange de fantastique, de religieux, de mystique. L’abbaye est très étendue. D’ailleurs, au début du récit, on découvre le plan de la bâtisse et de l’île ce qui facilite les repères. L’auteur a su emmener le lecteur dans l’enchantement de cet endroit avec ses odeurs, ses couleurs , ses rites. Chaque pensionnaire, chaque sœur a un rôle bien déterminé, chaque bâtiment a son histoire. Un endroit somptueux qui fait oublier les blessures.

Maresi nous décrit à merveille cette vie sur l’île, évoquant à peine son passé.

A noter le beau parallèle entre le personnage de Maresi et de Yaï. La première est curieuse, dynamique, ouverte, hantée par ses propres cauchemars tandis que la seconde est secrète, effacée, malheureuse, presque révoltée.

Le roman se divise en deux parties. L’action va s’imposer petit à petit pour s’intensifier dans la deuxième moitié du récit. Dans un premier temps, Yaï prend ses repères puis va se confier sur les raisons de sa fuite. L’histoire va prendre alors un tournant inattendu et nous tiendra en haleine jusqu’à la fin. Tout le récit nous entraîne dans une ambiance étrange mi réelle, mi fantastique. Le lecteur frissonne et s’inquiète pour toutes ces femmes qui traverseront un moment très éprouvant et qui devront faire bloc.

Un livre qui nous dépeint le courage, la force, la solidarité de toutes ces femmes face à un monde d’hommes brutes et dominateurs.

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