Khadim, le petit lord, de Gwladys Constant

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog

Khadim, écolier, vient du Sénégal avec sa mère Koumba. Il est recueilli dans un vieil hôpital qui accueille les sans-papiers. Mais un jour, une place se libère chez une comtesse, une vieille dame vivant dans un manoir.

Koumba y est embauché comme cuisinière et tous deux vivent sur place. Khadim se lie alors d’amitié avec cette comtesse bienveillante.

Un roman coup de cœur !!! On se met vraiment à la place de l’enfant, un personnage très attachant, passionné par la poésie de Jacques Prévert. Il ne cesse de se récier certains verts pour s’échapper de son quotidien pas toujours facile.

Ce livre aborde avec douceurs des thèmes difficiles comme les sans-papiers, alors que la première de couverture laisserait plutôt penser à un livre de conte. Un livre qui se lit très vite et très bien à tous âges et dès le CM2.

Eléa, 6ème – 11 ans, membre des dévoreurs de livres d’Arsène

Lettre aux bourreaux de ma soeur, de Gwladys Constant

« Je lui parlais de l’avenir et elle crevait de son  présent »

Résultat de recherche d'images pour "lettre aux bourreaux de ma soeur fnac"Rose a le coeur brisé pour toujours. Elle a découvert sa petite soeur, Iris, pendue au lustre de sa chambre, avec le foulard qu’elle lui avait offert pour son anniversaire. La souffrance d’Iris, tout le monde la connaissait : elle s’appelait « harcèlement »… Mais personne ne pensait que ça allait aboutir à ce drame. On pensait qu’elle serait plus forte, qu’elle surmonterait les épreuves :

Malgré les demandes répétées de ma soeur, papa ne voulait pas la changer de collège. Pour lui, elle n’était pas fautive, ce n’était pas à elle de partir, sinon, cela revenait à accepter la loi du plus fort […]

Pour la motiver, je lui parlais du lycée : « Ce sera différent, tu verras, on est plus mûr, on a sa bande et on se fiche des autres ». Je lui parlais d’un truc qui arriverait deux ans plus tard. Mais c’est quoi deux ans, quand on en a treize ? Une éternité ! Le bout du monde ! Ce n’est rien mais c’est insurmontable ! Je lui parlais de l’avenir et elle crevait de son présent !

Mais les harceleurs sont mineurs et ne seront pas inquiétés. Alors Rose décide de venger sa soeur avec les mêmes armes qu’ils ont utilisés : les mots.

Ce texte d’une cinquantaine de courtes pages prend le parti de faire parler non plus les bourreaux ou la victime, mais un proche. Comment peut-on continuer à vivre lorsque l’on est le parent, le frère ou la soeur d’une victime qui s’est suicidée après avoir été harcelée. Comment vivre avec la culpabilité de ne pas avoir su voir, de ne pas avoir su comprendre, de ne pas avoir su agir à temps. Ici, en l’occurrence, la soeur aînée. Le récit alterne ses paroles dites lors de ses séances chez un psychanalyste et des passages de la lettre qu’elle a  écrite et envoyée aux bourreaux de sa soeur (dont la typographie choisie par l’éditeur, risque, hélas, d’être difficilement lisible par une partie des adolescents qui auront ce livre en main…)

Un texte intéressant, réaliste, dur, sur un sujet difficile et qui ne mâche pas ses mots. A la fin, petite interview de l’auteur, enseignante, qui explique sa démarche quant à l’écriture de ce livre.

 

Mythomamie, de Gwladys Constant

Tatie Hortense…

mythomamieAlphonsine a seize ans lorsqu’elle décide d’arrêter l’école, du  jour au lendemain… Mais sa tante Violette ne l’entend pas de cette oreille. Elle qui dirige une société d’aide à la personne compte bien lui faire comprendre que, finalement, le lycée, c’est pas si mal ! A elle la responsabilité des chiens à promener, à faire manger… Mais un jour, on lui confie une nouvelle mission : devenir l’aide à domicile de Mme Signol, une vieille peau surnommée Tatie Danielle, en référence à un film d’Etienne Chatiliez mettant en scène une vieille dame détestable qui en fait baver à son entourage.  C’est ainsi que commence une amitié hors du commun entre la redoutable octogénaire et la naïve jeune fille.

Une histoire rythmée, belle leçon d’amitié intergénérationnelle. La construction un peu fouillie du roman, qui ne respecte pas forcément la chronologie, est à l’image de la jeune fille, narratrice de l’histoire. Ca sonne vrai, c’est rigolo parfois, touchant à d’autres moments. On passe un bon moment. Ce duo totalement improbable où la plus délurée et la plus énergique n’est pas forcément celle que l’on croit nous emmène dans un tourbillon de vie à l’orée de la mort. Une belle façon d’aborder les relations intergénérationnelles, la vie, la vieillesse, les rencontres, l’amitié, la mort, la famille et surtout, le pouvoir de l’imagination ! On apprend même des petites choses, l’air de rien,  sur la mythologie et la littérature !

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Offense dans la cité, de Gwladys Constant

Nul n’échappe à son destin

 

Momo habite dans une cité, en banlieue. Il traîne avec sa bande aux pieds des tours. Les murs de béton sont tagués, les boîtes aux lettres défoncées, les ascenseurs sont en panne, les murs sont froids et les caves humides. Rien de bien attrayant mais c’est là qu’il vit. Momo a remarqué qu’une jeune fille traverse la cité tous les samedis. Elle est belle, elle s’appelle Pénélope et ne le laisse pas indifférent. Quand Momo et sa bande déambulent dans le quartier, tout le monde doit baisser la tête, c’est comme ça et quiconque enfreint la règle est sanctionné. Ca doit aussi être le cas pour Amédée, un vieil homme qui n’a peur de personne surtout pas de ces jeunes. Momo qui ne supporte plus son comportement, s’est promis de lui faire comprendre qui est le chef.
L’auteur nous entraîne dans la cité, une cité peu reluisante où les adolescents qui y vivent, règnent en maître avec un style, une façon de parler particulière à la banlieue. Momo est quelqu’un d’important et de respecté. Il aime ça. C’est le caïd. Il va à l’école mais ne voit pas comment il pourrait avoir un avenir. On a l’impression qu’ il n’a aucun lien avec le monde extérieur à la banlieue et l’apparition de cette adolescente qui vient de la ville va le transcender. Elle va illuminer le quartier, amener de la douceur, contraste réel avec la violence qui devient banale.
Offense dans la cité est un roman qui s’inspire de la pièce de théâtre le Cid de Corneille. Beaucoup d’éléments s’y retrouvent, une agression, une trahison, une vengeance, l’amour. Le lecteur trouvera donc beaucoup de citations, de vers qui y font référence. Et puis en parallèle, Momo qui se prend à rêver de vivre une histoire d’amour avec Pénélope, de devenir son Ulysse. Pour rien au monde, il ne raterait le rendez-vous du samedi. Mais une ombre va venir ternir les rêves de Momo dont lui seul est responsable. Je laisse volontairement le lecteur découvrir les rebondissements de cette histoire pour ne pas casser l’effet de surprise.
Et puis il y aura ce face à face inattendu et poignant qui va retourner la situation. Un face à face qui va faire prendre conscience à Momo qu’il peut s’émanciper de son quartier et construire son avenir. Un face à face qui va pousser Momo à se poser des questions sur sa famille, notamment ses grands-parents. Il se sent confiant et se surprend à avoir des projets. Ce n’est plus le Momo du début. Le lecteur est-il prêt à lui pardonner ses faux pas ? Peut-être …. On ne peut lui souhaiter que de s’en sortir et de suivre le droit chemin. L’auteur entraîne alors le lecteur dans les espoirs et l’excitation de Momo. Le rythme s’accélère et s’accentue avec la progression des émotions de l’adolescent. Mais la fin brutale et inattendue nous laisse un moment sans voix, nous fauche….
Le livre se termine sur une réplique de Chimène quand elle se trouve face à Rodrigue : « va je ne te hais point »….

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