Russian express, d’Alain Bellet

Youri Serkovitch, jeune adolescent délinquant, gamin des rues « victime de la pauvreté endémique et de l’abandon familial » est poursuivi par la police moscovite. Il est accusé à tort de meurtre, coup monté de la bande organisée du puissant clan des Tataianov avec qui il s’était acoquiné. Il n’a d’autre choix, pour espérer survivre, que de s’enfuir. Il choisira de traverser la Russie, par le Transsibérien jusqu’à Vladivostok aux confins de la Sibérie, dans l’espoir de retrouver peut-être sa mère qui l’a abandonné. Mais ce ne sera sûrement pas dans un wagon de 1ère classe, ni même de troisième qu’il voyagera, mais sous un wagon,  blotti contre les boggies des roues. Il faut qu’il tienne dans des conditions physiques insoutenables, sans nourriture ni eau, le corps meurtri, luttant contre le sommeil pour ne pas tomber. Au détour d’une gare, sa décision de monter à bord, malgré les dangers que cela implique risque de changer son destin…

Un roman qui traverse la Sibérie comme un destin… Les pensées de Youri, à la typographie différente dans le texte, sous le wagon, se mèlent aux paroles des voyageurs au-dessus de lui : réflexions sur ce qu’est devenu cette Russie post-soviétique, instable, qui ne sait que faire de ses enfants des rues, le quotidien du peuple travailleur ou le folklore des trains russes, apartés littéraires sur Pasternak ou Tchékhov, rappels de la période soviétique avec les Russes blancs ou l’Armée rouge. Quelques fantaisies typographiques également nous rappellent l’alphabet cyrillique : KpacHbIe BopoTa (lisez : krasnié varota, nom d’une station de métro à Moscou ) ou Mockba (lisez : Moskva, nom de la ville de Moscou en russe) ou quelques mots aux consonnances  exotiques égrènent le texte : provodnitsa ( la responsable du wagon dans le train) ou babouchka (la grand-mère, la vieille dame) et en font un thriller documentaire à travers la Sibérie, en découvrant l’Oural, la Volga et  les bulbes de ces églises typiques de la Russie.

The Grisly Goat, de Christine Kiffer et Ronan Badel

The Grisly Goat - bilingue anglais

Il s’agit d’un album bilingue anglais qui raconte l’histoire de Lapin qui aperçoit des yeux rouges cachés dans son terrier…et se retrouve terrifié ! Il va appeler divers animaux à la rescousse, avec plus ou moins de succès ! Un récit sympathique sur l’entraide et la solidarité, et qui montre qu’il n’y a pas besoin d’être fort pour être courageux !

J’ai beaucoup apprécié cet album, qui peut être adapté à différents lecteurs, car il est bien illustré, mais permet aussi de bien travailler son anglais. Le choix de mettre la traduction seulement à la fin peut être gênant pour les débutants qui en ont besoin à chaque page, mais permet aux élèves d’un niveau intermédiaire de vraiment lire en anglais, sans avoir la tentation de se raccrocher sans cesse à la traduction. Le jeu des sonorités est intéressant et agréable à l’oreille, alors je vous conseille sincèrement de le lire à voix haute ! Ce serait dommage de passer à côté !

La rivière de satin, de Jean-François Chabas

Coup de foudre volcanique

rivisat.jpg

Sine, jeune orpheline de quinze ans, doit aller vivre chez sa grand-mère, Abigail. Elle quitte donc à regrets New-York pour s’installer à Hawaï, dans le village de Waikoloa, où sa grand-mère possède une somptueuse demeure. On ne peut pas dire que l’accueil soit chaleureux. Abigail est autoritaire, froide et met tout de suite de la distance avec Sine.

La jeune adolescente a une particularité. Elle souffre d’une maladie neurologique qui modifie la perception de l’espace, du temps et de soi-même. Elle est atteinte du syndrome d’Alice au pays des merveilles, qui se manifeste en cas de stress ou de grosse panique. Le village de Waikoloa est entouré de volcans, donc une zone à risques. Depuis quelques jours, des secousses se sont manifestées, ne laissant présager rien de bon. Sine va être vite confrontée à la colère de la nature, cette nature en sommeil qui brusquement va se réveiller et transformer ce paysage idyllique, en un véritable décor apocalyptique. Elle va devoir alors affronter cet environnement hostile, sauver sa vie et affronter tous ses démons pour survivre. Elle ne sera pas seule. Elle va faire la connaissance d’un jeune homme, Holokai, devant lequel elle va fondre immédiatement. Leur attirance réciproque va les unir dans un combat difficile contre les éléments déchaînés.

La rivière de satin est un roman qui suscite en moi un avis partagé. La quatrième de couverture m’a donné envie de le lire mais au fil des pages, je me suis étonnée d’être distante par rapport aux personnages. Des personnages que j’observais de loin sans réels sentiments. Ma lecture me paraissait fade et sans relief. Pourtant, je suis allée jusqu’au bout du récit car j’étais quand même curieuse de connaître leur destin. Un signe que mon indifférence n’était pas totale ! Je me suis donc passionnée pour la seconde partie du récit, là  où pour moi, commençait véritablement l’histoire. Sine m’a intriguée. Sa maladie m’a troublée. J’ai fait des recherches et j’ai constaté que ce syndrome bien réel, fut découvert par John Todd, un psychiatre, en 1955. Plus les personnages évoluaient dans ce chaos meurtrier, plus j’avais envie de les accompagner. Et puis Sine m’est apparue attachante, combattante. La grand-mère, au caractère détestable, a révélé un côté de sa personnalité que jamais on aurait soupçonné. Au final, je ne regrette pas mon voyage à Hawaï et j’attends de vous lecteurs, des retours sur ce que vous avez pensé de La rivière de satin.

J’ajoute que ce qui est troublant, est que Jean-François Chabas a écrit ce roman après avoir été sur l’île de Big Island, la grande île d’Hawaï, et quand il l’a terminé, les faits qu’il a imaginés (l’éruption du volcan en 2018), se sont produits.

Le refuge des ptits-tout-seuls, de Marie et Joseph

Des nouveaux amis…

petits.jpgLes ptits-tout-seuls, c’est une bande de copains qui ont bâti un refuge pour chiens abandonnés. Tous les jours après l’école, les enfants vont les nourrir, les sortir. Mais quand Sarah est allée au refuge ce midi, l’enclos était ouvert et il ne restait plus aucun chien. Un garçon de la classe est vite soupçonné : le Hibou. On l’appelle ainsi car il porte des lunettes énormes. Ayant un souci à un pied, il est obligé, en plus, de porter une grosse chaussure. Il est tout le temps tout seul et quand il a voulu faire partie des Ptits-tout-seuls , il s’est fait rejeter. Il a été menaçant en disant qu’il se vengerait. Alors forcément, il est pointé du doigt. Mais prudence, les soupçons ne suffisent pas, il faut des preuves. Un membre de la bande décide de mener son enquête et à la surprise générale, il demande à «Hibou» de l’aider à démasquer le ou les coupables. Le binôme est prêt à se lancer aux trousses des malfrats à la manière de  Starsky et Hutch, les célèbres détectives. Une course contre la montre va commencer. Nos deux héros vont-ils réussir à remonter la piste des malfrats qui ont kidnappé les chiens ? L’enquête parait déjà difficile car les indices sont très maigres.

Une intrigue policière qui va mener notre jeune public au sein d’un vaste trafic de chiens. Le lecteur est sensibilisé au fait que des animaux sont sacrifiés pour des tests en laboratoire. Triste réalité ! Un moment de lecture qui met aussi l’accent sur la différence. Hibou se prénomme en réalité Wladimir. Il porte de grosses lunettes et une malformation handicape un de ses pieds. Alors, on lui donne un surnom. Les soupçons se portent sur lui simplement parce qu’il n’est pas comme les autres. Et pourtant c’est lui qui va mettre tout en œuvre pour retrouver les chiens. Au final, il va gagner sa place au sein du groupe et forcer le respect. Hibou a disparu, Wladimir est né.

Remue-ménage chez Madame K, de Wolf Erlbruch

Prendre son envol

Madame K est quelqu’un de très soucieux. elle se tracasse, elle s’inquiète de tout. Son mari l’observe sans rien dire, mais sans rien faire non plus. Il se contente de répéter sans cesse : « fais ce que tu dois faire, femme ». Un jour, Madame K trouve un oiseau blessé. Elle va enfin s’inquiéter pour une bonne raison… Elle décide de le soigner puis de lui apprendre à voler… Ce ne sera pas sans difficulté, mais ce sera aussi l’occasion pour madame K de prendre son propre envol.

Un superbe album aux illustrations atypiques qui donnent toute sa profondeur au récit. Alors que Madame K s’active à faire le ménage, le repassage et toute autre tâche ménagère pour vaincre son angoisse de la vie, elle va découvrir un sens à celle-ci en aidant un oiseau blessé. Le récit glisse peu à peu vers le fantastique car madame K prendra son envol au sens littéral du terme. Puis on redescendra sur terre avec un monsieur K qui va laisser sa femme s’émanciper pour prendre gentiment sa place dans les tâches du quotidien. Un album symbolique au sens profond.

 

Yin et le dragon, 2. Les écailles d’or, de Marazano et Xu Yao

Le retour de Xi Qong

Nous retrouvons avec plaisir dans ce deuxième volet Yin et son grand-père. Ils abritent toujours dans leur hangar le dragon aux écailles d’or Guang Xinshi mais il est de plus en plus difficile de garder le secret, d’autant que l’occupation japonaise de Shanghai fait que les contrôles sont fréquents. Le dragon d’or  continue à mettre en garde Yin et son grand-père de l’arrivée imminente de Xi Qong, le grand dragon de la fin des temps,  qui s’apprête à déchaîner sa fureur sur le pays. Pour quelle raison ? Quand viendra-t-il ? Quel est le moyen de le combattre ? Le dragon d’or va-t-il les aider contre son maître ?

Un deuxième tome riche en émotion qui allie toujours parfaitement les genres fantastique et historique. La place donnée est belle aux légendes chinoises  qui émerveilleront forcément le lecteur… Ah, ces dernières pages représentant le dragon noir, quelle beauté ! On ne peut qu’être sensible à ces magnifiques illustrations. Prévue en 3 tomes, cette série ravira forcément tous les publics quel que soit leur âge. Une réussite à suivre !

L’envers des contes, tome 6. Journal de l’autre pas si grand méchant loup, de Catherine Girard-Audet

Attention, suite à un petit problème de compte, notre super chorniqueuse mu5854 est devenue mumu58 ! Restez-lui fidèle ! Mme Dry (alias « Mu » ne vous mélangez pas les pinceaux !)- documentaliste et administratrice du blog.

Deuxième chance

Afficher l'image d'origineJe m’appelle Garou J. Loup, je suis le frère jumeau de Balthazar. Et j’ai honte !!! J’ai essayé de dévorer le Petit Chaperon Rouge et sa grand-mère mais c’est mon frère qui a été accusé à ma place et j’ai laissé faire….Je n’en suis pas très fier aujourd’hui car j’ai changé. Je ne suis plus l’horrible loup d’autrefois mais comment prouver que je ne suis plus le même ? Ca fait trois ans que j’ai disparu et je voudrais regagner Livredecontes pour que tous constatent que je regrette et que maintenant on peut me faire confiance…

Nous revoilà de retour à Livredecontes, ce qui nous donne l’occasion de savoir ce que sont devenus tous les personnages. Ce roman est écrit sous forme de carnet intime : le loup se livre et avoue avoir suivi une thérapie pour changer. On le suit au jour le jour.
Adieu l’image du loup cruel grâce aux deux bohémiens qu’il va rencontrer et qui l’aideront à devenir meilleur.
Mais est-il si facile de devenir quelqu’un d’autre et arrive-t-on aisément à reconquérir la confiance de ses amis ou de sa famille ?
Garou va vite se trouver confronter au problème car dès son arrivée à Livredecontes, Blanche Neige disparaît et forcément le premier suspect est Garou.
Et vous lecteurs, qu’en pensez-vous ? Qui verriez-vous comme coupable idéal ? Peut-on croire en la parole d’un ancien méchant ? Difficile de trancher ?

Une histoire pleine d’humour avec des personnages de contes, détournés de leur vraie nature, qui nous fait passer un bon moment et qui évoque également les préjugés. Un loup peut-il devenir gentil ? Une mauvaise personne peut-elle devenir charitable ? Vaste débat car on peut changer mais au fond peut-on lutter contre sa vraie nature ?

Sympa aussi la dernière partie du livre qui offre quelques bonus.

Fait appréciable, ce tome est indépendant des autres et peut donc se lire même sans avoir lu les 5 tomes précédents !

A lire aussi : L’envers des contes, 1. La sœur pas si laide de Cendrillon
Public : jeunesse à partir de 8 /10ans