Le gentil petit diable et les autres contes de la rue Broca, de Pierre Gripari

Au 69 rue Broca..

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Pierre Gripari prend un grand plaisir à détourner les caractères des personnages. Les niais ne sont pas aussi bêtes qu’ils y paraissent et les méchants peuvent avoir du cœur. Bref, les codes sont bouleversés, les personnages sont révélés sous de nouveaux visages. Pierre Gripari nous présente six contes qui permettent de retomber en enfance pour certains ou de découvrir des classiques pour d’autres. Des contes qui font partis des Contes de la rue Broca et qui mettent en scène, entre autre, un gentil petit diable qui habite l’enfer et qui a le malheur de ne pas être méchant. Il veut faire du bien autour de lui, au grand dam de ses parents. Au fil de la lecture, nous ferons la rencontre d’une patate bien singulière puisqu’elle va tomber amoureuse, nous irons sur une île lointaine chez le prince Blub qui a l’intention depuis toujours d’épouser une sirène et nous croiserons le chemin du cochon qui a avalé l’étoile polaire. Autant de personnages que de situations fantaisistes. Alors, si vous aimez l’originalité, l’imaginaire, les belles morales et l’humour, faites un détour par la rue Broca !

L’île aux mainates -les contes à dormir debout du pirate Pitou-de Jean C. Denis

Tel est pris qui croyait prendre..

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Richard, un jeune enfant, adore flâner sur le sable, aux premières heures du jour. La plage est déserte, il n’y a que le bruit des vagues et des mouettes… Seule ombre à ce tableau idyllique, la cabane de Pitou, un ancien marin bourru, qui fait peur à tout le monde. Il faut dire que sur son visage se lisent toutes les traces du temps et des maladies qu’il a attrapées durant ses nombreux voyages. Gare à ceux qui s’aventureraient trop près de sa bicoque ! Pourtant, Richard n’hésite pas à s’approcher quand il entend les gémissements d’un chien qui proviennent de dessous la barque de Pitou. Mais quelle surprise, quand le jeune garçon retourne à l’embarcation, l’animal est bien là tout apeuré, tout mouillé mais c’est un mainate qui aboie. Le volatile imite à la perfection le cri du chien. C’est à ce moment-là que surgit Pitou, imbibé d’alcool de la veille, brandissant un parapluie. Il se saisit du chien malgré les protestations de Richard qui lui propose en échange le merle. Pitou part dans un fou rire en lui affirmant que ce genre d’oiseau ne fait que répéter que ce qu’il entend et qu’il n’a pas le don de parole. Il n’est pas d’accord pour s’encombrer d’un oiseau qui ne sert à rien. Et pour confirmer ses dires, il raconte à Richard ses aventures qui l’ont mené à rencontrer beaucoup de mainates, oiseaux qui ne lui ont apporté que des ennuis.

L’île aux mainates nous offre un voyage rocambolesque à travers les périples d’un vieux loup de mer. Amis lecteurs, n’hésitez pas à tourner la dernière page, ne vous arrêtez pas au mot fin, la chute de l’histoire est derrière !

Roi fatigué cherche royaume pour vacances suivi de La leçon de piano, de Jacky Viallon

Lever de rideau !

Petites comédies de Jacky Viallon

  • Roi fatigué cherche royaume pour vacances

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Nous nous trouvons face à deux royaumes. Suivant l’endroit où nous nous trouvons, soit ça saute dans tous les sens, soit ça lambine ou ça traîne. Au nord, se trouve le royaume des Ressorts dirigé par un roi. Il mène la vie dure à ses sujets qui travaillent sans relâche. Une tâche en amène une autre, le roi déborde d’énergie. Au sud, le royaume des Gnian-Gnians est sous l’autorité d’une reine. On peut dire que la vie coule paisiblement, sans trop d’efforts. Repos est le mot d’ordre. La reine est trop cool et le peuple très mou. Mais le roi donne des signes de fatigue, ce rythme effréné l’use, il a besoin de vacances. A la recherche d’un royaume calme et reposant, il passe donc une annonce. En lisant son journal, la reine tombe sur cette information et décide d’y donner suite. Le roi et la reine vont décider d’échanger leur royaume.

Roi fatigué cherche royaume pour vacances est une petite comédie très drôle, pleine de rythme, très bien conçue pour un jeune public. Tout y est détaillé : les accessoires pour les décors, les costumes. Les mises en scène sont bien expliquées, la gestuelle est très importante et peut même remplacer du texte. En fait, c’est une pièce de théâtre qui peut facilement être reproduite par un jeune public lors d’atelier et pourquoi pas pour une fête d’école. Si on pousse un peu les portes et qu’on va au-delà de l’histoire, un petit message se cache derrière tout ça. Est-il facile de cohabiter quand on ne se ressemble pas ? Peut-on s’aimer ? Tout est bon à prendre, il me semble. Les différences aident à changer sa façon d’être, à se corriger. Soyons gnian-gnian mais pas trop, puisons dans l’énergie des Ressorts mais à petite dose !

  • La leçon de piano

Charles est un jeune pianiste. Sa mère, quelque peu envahissante, exhibe l’aptitude de son fils à cet art. Elle reçoit dans son salon une amie et veut absolument que Charles fasse une démonstration de son talent. Celui-ci se montre très réticent. Il n’a visiblement pas envie de jouer, de se montrer en spectacle. Il boude, ce qui met mal à l’aise sa maman qui est au bord de la crise de nerfs. Et pourtant l’apparition du père va tout faire basculer.

La leçon de piano tout comme la comédie précédente, est fraîche et pleine d’humour. Le personnage de la mère et ses lapsus constants, donnent le rythme à l’histoire tout en contrastant avec la réserve de Charles. Cette histoire met en avant la fierté d’une mère pour son fils. En tant que parents, il est normal d’invoquer les prouesses de nos jolies petites têtes blondes. Mais nos enfants n’ont pas forcément envie d’être en première ligne, de se comporter comme un singe savant. Rien de tel pour les rebuter. Alors soyons fiers de nos progénitures mais à petite dose et sans excès.

Les trois secrets d’Alexandra, de Didier Daeninckx

Secrets de famille…

L’ album Les trois secrets d’Alexandra est composé de trois histoires qui parlent de la Seconde Guerre mondiale. Alexandra est une petite fille qui va découvrir cette période à travers l’histoire de sa famille : les camps de concentration, les Nazis, Vichy, Hitler. Dans chaque tome, un récit différent accompagné de documents de l’époque. Ces trois tomes constituent un bon support pour permettre aux plus jeunes de comprendre l’Histoire. Les illustrations sont très expressives, elles parlent d’elles- mêmes.

Il faut désobéir- Tome 1 –

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Alexandra se rend à la mairie avec son grand-père. C’est un beau jour, un jour inoubliable car son pépé va retrouver son ami, Pierre, qu’il n’a pas vu depuis 60 ans. Pierre était policier sous l’occupation, il a sauvé la vie du grand-père d’Alexandra.

Un violon dans la nuit- Tome 2-

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On retrouve Alexandra en vacances chez Esther, la sœur de sa grand-mère Sarah. Esther adore la musique, elle est passionnée de violon et possède également un piano. Mais elle ne joue plus. Alexandra s’en étonne. Elle a également remarqué que sa tatie a un tatouage sur les bras. Ce sont des nombres. Pleine de curiosité, Alexandra interroge Esther, dont le regard s’humidifie. La vieille dame commence alors une histoire qui commence à l’âge de ses quinze ans. Une France en guerre où personne ne sera épargné….

Viva la liberté !- Tome 3 –

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Alexandra accompagne son arrière grand-père, Maurice, à un match de football, au stade Bauer, pour voir s’affronter l’équipe du Red Star et l’Arménienne. C’est l’occasion aussi pour lui d’évoquer ses souvenirs de jeunesse, puisqu’il fut gardien dans l’équipe des Red Star. Mais pour la première fois, il va évoquer également la France sous l’occupation, sous l’emprise des nazis. Il était jeune et la seconde guerre mondiale faisait rage.   Alexandra va alors connaître ce qu’a vécu Maurice.

Le chat de Rose, de N.M. Zimmermann

Plus rien ne sera pareil maintenant…

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Clara a l’habitude d’aller chez sa grand-mère Rose qui habite une maison au milieu des bois. Mais cet été, quand elle s’arrête devant la demeure, quelque chose a changé. Un vent de douleur et de tristesse remplace les rires et l’insouciance de Clara. Où est le chat de mamie qui est toujours là pour l’accueillir ? La petite fille va alors s’échapper dans la forêt pour le retrouver. Un milieu dans lequel Clara va s’inventer un monde peuplé de monstres et de créatures étranges pour faire face à une situation difficile, qu’elle a du mal à gérer : le décès de Rose…

Une histoire douce et touchante pour aborder le thème du deuil. N.M Zimmermann a su aborder ce drame de belle manière. A aucun moment il est écrit que Rose est morte mais les images, les souvenirs évoqués par Clara ne laissent aucun doute. L’imaginaire dans lequel s’enferme Clara n’est autre que l’évocation de ses sentiments qu’elle refoule, et rend ce livre original.

Viou, de Henri Troyat

Arrache coeur

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Sylvie a 7 ans et vit chez ses grands-parents paternels depuis que son père est mort. Il a perdu la vie, deux ans auparavant, lors des combats de 1945. Il était médecin sur le front. Sa mère, secrétaire médicale, vit sur Paris où elle travaille dur. Elle essaie de se reconstruire. La famille est propriétaire d’une usine de matériaux de construction et vend du charbon. Grand-père et grand-mère ne se parlent pas. Les rares échanges sont agressifs et brefs, Viou ne comprend pas pourquoi. Viou est le doux surnom que lui ont donné ses parents. Un surnom qui sent bon le bonheur passé. Au domaine, le dimanche est réservé à la messe et aux interminables promenades au milieu des tombes du cimetière voisin. De retour à la maison, grand-mère recommence à parler de son fils que la mort a fauché si injustement. Et chaque dimanche, elle sort son uniforme impeccablement entretenu, comme si il allait revenir…Voilà comment se déroule la journée dominicale pour Viou. Mais la petite fille n’en peut plus. Personne ne voit sa souffrance, un père à jamais disparu et une mère absente. Et toujours ce culte du mort dans cette maison qui transpire l’austérité, avec une grand-mère si sévère et si intransigeante avec sa petite fille. Viou est au bout et en fait ne sait pas si elle souffre plus de la mort de son père que de l’absence d’une mère dont le parfum, la gentillesse, la délicatesse et tout simplement l’amour sont si réconfortants. Son père était brillant et Viou se doit d’être aussi brillante que lui, ainsi l’a décidé sa grand-mère. Elle doit faire honneur à sa mémoire et surtout ne pas ressembler à sa mère. Quelle offense, que c’est lourd pour une petite fille de 7 ans. Pourquoi tant de haine envers la maman de Viou ? Jamais une marque d’affection alors que toutes les mamies sont là pour câliner leurs petits. Viou était trop petite quand son papa est parti. Les souvenirs sont flous, presque inexistants. Heureusement, il y a tante Madeleine pour parcourir les album photos et parler de sa vie d’avant… Mais comment dire à une mère qu’elle lui manque, que cette séparation rend la vie insupportable. Comment Viou, cette fillette si tourmentée, arrivera t-elle à affronter les événements tragiques qui jalonnent son existence ?

Viou est une très jolie histoire émouvante qui dépeint parfaitement les codes de la vie bourgeoise. Viou, une petite fille triste que la vie n’épargne pas et qui du haut de ses 7 ans ne comprend pas toujours les adultes. Une grand-mère très sévère qui, rongée par la mort de son fils, ne laisse paraître aucun sentiment à l’égard de sa petite-fille. Un roman fort en émotions où le profil de chaque personnage est décrit avec soin, où le lecteur perçoit à travers les yeux de Viou toute la rigidité de la vie des gens de bonne famille. L’absence des êtres aimés est très présente et constitue le fil conducteur de ce roman.

Papa de papier, de Nadia Coste

Mon papa d’avant…

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Ayrton est un jeune garçon passionné de dessin. Son professeur dit même qu’il a un don. Aujourd’hui il est heureux, il a eu 18 en arts plastiques. Comme beaucoup d’enfants, il aurait aimé faire partager sa joie à ses parents. Mais pour Ayrton, ce sera compliqué. Son papa, François, a perdu son emploi et c’est lui qui s’occupe de tout à la maison, pendant que sa mère, Séverine, est au travail. Mais depuis qu’il est au chômage, le quotidien est difficile. Un rien l’énerve, il est devenu taciturne, aigri, trop maniaque, trop carré, rendant la vie impossible à son entourage. Tous les soirs, c’est avec la peur au ventre qu’Ayrton rentre de l’école. Le père est tyrannique, le rabaisse, le traitant de bon à rien, de chiffe molle. Son épouse est sans cesse sur le qui vive, appréhendant ses changements d’humeur. Donc inutile de dire, que le 18 en arts plastiques n’a pas eu l’effet escompté. Disons que… François est entré dans une colère noire en scandant l’inutilité de la matière, en hurlant qu’il n’y a pas de quoi être fier et que ce n’est pas l’art plastique qui fait réussir dans la vie. Les disputes violentes se succèdent, Séverine et Ayrton sont malmenés. Le jeune garçon n’en peut plus. Comme à chaque fois, il court se réfugier dans sa chambre pour ne plus entendre son père hurler contre sa mère. Ce soir-là, le soir de trop, le soir où la main se fait lourde, le soir où ça dérape plus que d’habitude, il aperçoit sur son balcon, un chat qui ressemble trait pour trait au chat qu’il a dessiné au fusain et pour lequel il a eu 18. Il est fasciné, les deux bêtes sont identiques dans les moindres détails. Perdu dans sa bulle, Ayrton est persuadé que ses croquis ont le pouvoir d’exister. Ce matou tout droit sorti de son imagination est devenu réel. Alors suffirait-il de dessiner un nouveau papa pour faire disparaître le voile noir qui recouvre son quotidien ? Il sait que la magie existe quelque part, il le sait, il l’a tellement lu dans les livres qui parlent de supers pouvoir s! Ayrton veut se construire un héros bien à lui qui serait gentil, aimant, affectueux, un héros qui ressemblerait à son papa d’avant….

Papa de papier est un roman émouvant qui se lit d’une traite. La situation familiale est catastrophique. Il y a de la maltraitance physique et morale, un enfant pris dans ce tourbillon quotidien de violence, qui va se réfugier dans l’imaginaire et le dessin. Un sujet sensible traité à travers la voix d’un enfant d’une grande maturité, qui veut protéger sa maman si impuissante et aider son papa. Un père qui ne supporte pas d’avoir perdu son emploi, qui le fait subir à sa femme et à son fils. Une situation malheureusement trop fréquente, une maltraitance physique et morale aux lourdes conséquences.