Du coq à l’âne : Les animaux racontent l’art, de Claire d’Harcourt

Les animaux en images…

 

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Les animaux sont à l’honneur dans ce superbe album d’images, qui est un véritable voyage à travers l’art. La première page offre une belle illustration de l’arche de Noé, dans lequel le lecteur s’invite sans retenue. A toutes les époques, l’animal a été une source d’inspiration pour le peintre ou le sculpteur. Au temps de la préhistoire, l’homme le dessinait déjà sur les murs des grottes. Chaque oeuvre transmet à sa façon, un message et on va vite se rendre compte que l’image de l’animal n’est pas la même selon les civilisations et les époques.

On se promène dans cet ouvrage haut en couleur comme dans un musée. Beaux spécimen qui attisent la curiosité au fil des pages. L’auteur a réparti son ouvrage en trois catégories : les pelages et fourrures, les ailes et les plumes, les peaux, écailles et carapaces. Chaque espèce est représentée par une double page.

En annexe, un petit dossier qui nous indique l’endroit où sont exposées les créations et des fiches sur chaque bête citée dans le documentaire.

Ma Lou adorée, Elisabeth Brami

Ma Lou adorée par BramiCette histoire raconte la vie d’une grand-mère vivant seule suite à une trahison. Heureusement sa petite fille Lou la console. Pour que sa grand-mère soit moins malheureuse, Lou lui écrit ses journées de colo et ses premiers sentiments amoureux.

J’ai tout aimé, à partir de 10 ans.

Nila, CM2 – une p’tite dévoreuse de livres de Salé Lou Potier

Une chronique des élèves de l’école primaire voisine, l’école Salé Lou Potier. Vous avez, vous aussi, lu le livre ? Alors,  chers lecteurs de ce blog, pour les encourager, n’hésitez pas à poster un commentaire en donnant votre avis !

 

 Ta Lou qui t’aime,  premier volet de cette correspondance pleine de sensibilité, est également disponible au CDI. Voici la présentation de l’éditeur de ces deux premiers ouvrages :

« Pour son premier été loin de sa famille, Lou s’ennuie en colonie. Elle décide d’écrire à sa grand-mère Mamouchka, qui passe à Nice ses premières vacances de veuve. C’est le début d’une longue correspondance.

L’été suivant, leurs échanges se poursuivent sous le signe d’une première histoire d’amour pour Lou et d’une dernière pour sa grand-mère. »

Un troisième volet existe également, le tout réuni désormais aux éditions Seuil sous le titre : Trois fois Lou

C’était drôlement bien de s’écrire toutes les deux ! Heureusement que j’ai eu le cafard les premiers jours de calo, sinon je n’aurais pas pensé à t’écrire.

 

 

Sélection du comité de lecture

Bonjour,

Les élèves membres du comité-lecture ont fait leur petite sélection à destination de leurs camarades et enseignants. Voici les résultats pour la période de  janvier et février 2017 :

coups de coeur comité lecture mars-avril 2017

 

Le voile noir, de Anny Duperey

Mémoire mutilée

Il faut que je me vide déjà de l’émotion suscitée par cette histoire de vie ou devrais-je dire de mort. Je n’arrive pas à me détacher de ce livre, je l’ai fini mais il est encore en moi…

Anny Duperey est bouleversante, tellement digne, tellement sincère. Comment construire sa vie d’adolescente puis d’adulte quand la perte de ses parents arrive si jeune.

En 1955, les parents de l’auteur meurent de façon très tragique alors qu’elle n’a que 8 ans et sa sœur 6 mois. C’est elle qui va les trouver et cette image déchirante est la seule chose qui lui reste de cette petite enfance. Elle n’a aucun souvenir d’eux. La mort est révoltante mais là, elle est d’autant plus inacceptable qu’elle s’en sent coupable. Je tairai les conditions qui l’ont provoquée pour ne pas tout dévoiler. Ce moment précis de sa vie va la hanter pendant de nombreuses années. Anny Duperey a déposé un voile noir sur tout ce qui a précédé le drame. Il n’y a plus « d’avant »

… «J’ai le sentiment que ma vie a commencé le jour de leur mort – il ne me reste rien d’avant, d’eux, que ces images en noir et blanc.»

Son père était un très grand photographe et l’auteur va essayer de reconstituer sa vie d’avant à partir de photos qu’elle détient enfouies dans un tiroir depuis 30 ans. Chaque photo va constituer alors une pièce d’un puzzle de vie difficile à constituer. Cette mort qu’elle leur reproche, qui va dévaster son avenir.

… «Curieusement, je n’en ai pas envie. Leur dédier ce livre me semble une coquetterie inutile et fausse. Je n’ai jamais déposé une fleur sur leur tombe, ni même remis les pieds dans le cimetière où ils sont enterrés. Sans doute parce que obscurément je leur en veux d’avoir disparu si jeunes, si beaux, sans l’excuse de la maladie, sans même l’avoir voulu, quasiment par inadvertance. C’est impardonnable.»

Au départ, l’idée de l’auteur est d’éditer un album des plus belles photos de son père, Lucien Legras mais très vite elle se rend compte que celles-ci représentent en fait sa mémoire. De là est né Le voile noir. Elle écrit ce livre presque 30 ans après la tragédie. Regarder ces clichés est un réel traumatisme mais essentiel pour connaître sa vie d’avant. Le texte ne va pas sans ces photos qui seront le fil conducteur du récit. Les photos sont décryptées à la loupe, les visages sont étudiés, les expressions analysées. Pourtant jeune quand ses parents ont disparu, Anny Duperey a toujours refoulé son chagrin, sa douleur, sa détresse, avec un sentiment de culpabilité effroyablement intense. En fait, curieusement, ce livre est fait pour aider l’auteur à exprimer un chagrin. C’est une sorte d’exutoire. Au début, on sent que l’auteur a encore cette carapace qui lui interdit la tristesse, les larmes mais, petit à petit, des portes s’ouvrent et son cœur saigne… Elle prend de la distance avec ses parents et d’ailleurs quand elle nous en parle, elle dit « Eux ».

Dans cette vision idéale, il était hors de question d’écrire avec un paquet de Kleenex sur la table. C’est raté.

Elle reviendra souvent sur le matin où ses parents sont partis car de là commence tout le refoulement d’Anny Duperey. Elle les a perdus deux fois, physiquement et mentalement. On la sent prise entre la culpabilité de n’être pas morte avec eux et la colère d’avoir été abandonnée. Elle les a « oubliés ». Ecrire sur sa vie est difficile quand tout est enfoui, effacé…Ces clichés vont aussi rassurer l’auteur qui voyait ses parents comme deux étrangers. Elle va comparer des portraits de sa mère avec le sien et elle sera touchée par la similitude de leur regard. Elle est émue.

Elle avoue que longtemps elle a caché ses yeux, elle a longtemps refusé cette ressemblance, elle l’a réfutée. Elle modifiait son regard à grands coups de maquillage.Elle refoulait tout ce qui pouvait la rapprocher de ses parents, de sa mère.

« J’ai toujours détesté mes yeux-mes VRAIS yeux- et ce regard que mon père avait fixé sur ce portrait…..Or depuis peu j’accepte de vivre avec et de montrer mes yeux nus tels qu’ils sont.Tes yeux, ma mère, et le regard que tu m’as légué. »

Elle adressera d’ailleurs une lettre très touchante de pardon à sa maman.

Anny Duperey souffre aussi d’avoir été séparée de sa petite sœur, encore nourrisson à l’époque des faits. Elle qui prenait plaisir à s’occuper d’elle, à jouer à la mère poule. Les familles respectives des défunts se sont« partagées »les filles. Chacune a donc grandit sans l’autre.

« Votre mort m’a rendue à jamais enceinte de vous. Vous m’habitez. Je vous aime. »

Cette phrase m’a bouleversée, on sent l’auteur réconciliée, proche comme jamais de ses parents qu’elle a retrouvés dans la mort. Quelle image forte et déchirante à la fois. C’est l’aboutissement de tant d’années de souffrance. Serait-ce faire son deuil enfin ? Pour Anny Duperey faire son deuil c’est laisser ses parents partir en paix. C’est s’éloigner de cette fillette de 8 ans ! C’est grandir. Elle vient de les retrouver, elle vient de se réconcilier avec un passé qui s’est arrêté à ses 8 ans. Une partie d’elle refuse de se retrouver seule à nouveau… Elle veut garder ses parents en elle, prisonniers de son cœur, de son corps.

« Il faudrait à présent – et cette seule pensée m’arrache le coeur – qu’ils deviennent de « vrais morts qu’on n’APPELLE plus ». Ils m’ont quittée, il faudrait maintenant que je les laisse partir de moi, décider que cette manière de vivre avec deux morts en filigrane entre moi et toute chose a fait son temps.
Il faudrait arrêter de se battre, faire la paix. Grandir. »

Preuve qu’elle a évolué, elle leur dit « je vous aime » à la fin de son ouvrage alors qu ‘au début elle ne veut même pas leur dédier ce livre..

Cet écrit autorise maintenant l’actrice à se souvenir, à lâcher sa tristesse et peut-être aussi à cicatriser ses plaies. Elle revendique aussi le droit à la souffrance pour les enfants, le droit aux larmes dont elle s’est si longtemps privée.

Anny Duperey est vraie, je me suis laissée emporter par son écriture si puissante, si forte. Elle aborde la réalité de la mort, de ce qu’on peut ressentir quand elle nous approche. Les photos sont superbes, empreintes d’une grande nostalgie. Le voile noir a masqué ses souvenirs pour enterrer une souffrance.

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Dis papy, c’est quoi l’évolution ?

99061_couverture_hres_0Darwin et l’évolution expliqués à nos petits-enfants, de Pascal Picq.

Dis papy, c’est quoi l’évolution ? Voici la question à l’origine de ce livre. L’auteur ayant déjà répondu à ses enfants, il prévoit ainsi la réponse qu’il propose de donner à nos petits enfants. Du lamarckisme à l’évo-dévo, du voyage du Beagle à La descendance de l’homme et la Sélection sexuelle, le paléoanthropologue nous narre l’histoire des théories de l’évolution et de Darwin.

Ayant découvert cet essai dans les sources du DeBunKer des Étoiles, j’étais très curieux de dépoussiérer mes cours de SVT ; je ne me doutais pas qu’en commençant cet ouvrage je m’engageai dans une aventure traversant des milliards d’années. Mettant à mal mes idées préconçues, m’apprenant en quelques heures ce que je n’ai pu explorer en quelques années de SVT, ce livre m’a incontestablement permis d’ouvrir les yeux sur la richesse & la beauté des théories de l’évolution.

N’y a-t-il pas une véritable grandeur dans cette manière d’envisager la vie ?

Charles Darwin

Le format de la collection, un question-réponse entre l’auteur & son petit-enfant imaginaire, permet de rendre le livre vivant et simple d’accès, de plus, le chapitrage par thématiques et le sous-chapitrage par approfondissement permet de rendre l’ensemble cohérent et de ne pas se perdre dans tous les faits exposés, d’arrêter sa lecture pour  poser des questions à son professeur si besoin (même si l’auteur prend soin d’expliquer tout le vocabulaire qu’il utilise). Si le livre est exploitable dès la 5ème, il nécessitera peut-être, pour certains lecteurs, une prise de notes ou une lecture en plusieurs étapes. Il pourra également pousser à la recherche de vocabulaire. L’ouvrage est un complément parfait aux cours de SVT pour les plus curieux, ainsi qu’une base solide pour un adulte n’ayant pas fait d’études scientifiques. On regrettera tout de même une reliure assez fragile, le bloc des premières pages se détachant clairement du reste du livre. La conclusion nous donne envie de connaître la suite du dialogue, Les Origines de l’Homme expliquées à nos petits-enfants, qui s’attaque cette fois, à l’histoire humaine ; voilà qui promet d’être passionnant !

TL;DR:

  • Points forts:
    • L’explication du vocabulaire, rendant le livre facilement accessible.
    • Le format question-réponse rythme parfaitement le livre.
    • Une synthèse complète de l’histoire des théories de l’évolution.
    • Un livre qui s’adresse autant aux enfants qu’aux adultes.
  • Points faibles:
    • Les lecteurs les plus faibles auront peut-être besoin de faire des pauses, de prendre des notes, ou bien de chercher quelques mots de vocabulaires. Mais est-ce là un réel problème ?
    • Une reliure trop fragile à mon goût.

PS: Je tiens à rappeler que face à l’obscurantisme & au prosélytisme de tous bords, seules les connaissances scientifiques font rempart. Lire, apprendre & partager, c’est se protéger soi & protéger les autres.

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C’est encore loin, la vie ? de Bernard Friot

C’est encore long l’adolescence ?

Afficher l'image d'origineDeux récits d’adolescence, autobiographiques, qui relatent une période sombre pour l’auteur.

Bernard, 14 ans mais n’en paraissant que 10, est un garçon réservé, mal dans sa peau.

Je ne suis pas un enfant. Je n’ai jamais été un enfant. Trop sage, trop peureux, trop appliqué à plaire aux adultes. « Tellement mûr pour son âge », n’est-ce pas… Oui, j’ai des pensées de vieux, et ça fait une drôle de discordance avec mon corps de garçonnet épargné par la puberté ».

Dans la première nouvelle intitulée « Un dernier été », Bernard et son frère sont en camp de vacances, lorsque leur père vient les chercher pour les ramener à la maison familiale… Leur grand-père est à l’hôpital… Va-t-il mourir ? Cette fin d’été coïncide également avec l’attente de l’entrée en pension pour l’auteur… moment vécu comme une autre mort.

Dans deux jours je serai mort et vous ne le saurez pas. Parce que je bougerai encore, je parlerai, je marcherai sous vos regards étrangers. Mais celui qui sera là, ce ne sera pas moi.

Les deux thématiques de l’attente et de la mort sont omniprésents dans ce texte où l’adolescence est vécue comme une véritable souffrance.

Dans la deuxième nouvelle intitulée « Un autre que moi », l’auteur relate ses années de pension, douloureuses, qu’il vit comme un étranger à sa propre vie. Les journées sont ponctueés par les cours, les heures d’étude, et l’attente de ce dimanche où il rentrera chez lui… mais toujours avec cette sensation d’être étranger dans cette famille qui reste ensemble toute la semaine, etdans l’attente du soir et de son retour en pension au lycée.

C’est encore loin ? Ca dure encore longtemps ? Autour de moi, ils vont tous à un rythme différent, je ne sais pas à quel pas marcher. Alors, je reste immobile à les regarder. Et j’attends. Je n’attends rien ni personne. J’attends que ça se termine.

Très poétique, très bien écrit, ces textes ont une réelle force, mais sont si noires…L’adolescence est une mort et la fin de l’adolescence sera peut-être l’entrée dans la vie… En attendant, il faut vivre, survivre, comme un étranger, et attendre des jours meilleurs, s’ils arrivent un jour, au milieu d’une famille qui semble ne pas faire cas de lui, de ses sentiments et de ses réelles souffrances ! Un texte qui s’adresserait plutôt à des adultes déjà passés par les affres de l’adolescence, ou à des adolescents heureux, qui seront émus par ce récit mais ne le prendront pas pour eux… Mal-être, malaise, attente, mort.

En vrai, je lis par paresse de vivre. Il faut si peu d’énergie pour lire, et il en faut tant pour vivre. Je lis en tournant le dos, pour fuir les regards et disparaître entre les lignes.

 

L’héritage d’Anna, de Jostein Gaarder

Sauvons notre planète !

Anna est une jeune f9791023501070ille peu ordinaire. Elle vit en Norvège et a 16 ans. Elle va au lycée et a un petit ami, jusque là rien d’inhabituel… sauf que son passe-temps favori est de recueillir toutes les dernières informations sur les gaz à effet de serre et leurs conséquences. Le sujet la préoccupe, elle va jusqu’à en rêver. C’est pourquoi, ses parents décident de l’emmener voir un psy. Ce dernier ne décelant rien de particulier, lui conseille de s’investir dans une association écologiste, conseil qu’elle va s’empresser de suivre avec l’aide de son chéri, Jonas. Mais peu à peu, les rêves d’Anna vont prendre une tournure étrange. Elle se retrouve chaque nuit dans la peau de Nova, son arrière-petite-fille. Ainsi, elle découvre le monde qu’on risque de laisser à nos descendants à cause des désastreux méfaits des gaz à effet de serre : un monde de plus en plus désertique où les espèces animales s’éteignent une à une. Elle comprend alors que la situation est plus qu’urgente, il faut faire quelque chose avant qu’il ne soit trop tard. Anna prend conscience de la responsabilité qu’elle a envers Nova mais aussi envers toutes les générations futures :  elle doit trouver une solution pour éviter cela.

Ce roman se lit très vite car nous sommes vite happés dans l’histoire. Peu à peu, nous prenons nous aussi conscience de la situation et nous sommes aussi déterminés qu’Anna : nous voulons qu’elle trouve la clé. Cette alerte écologiste est très réelle et nous interroge : Quel monde allons-nous laisser à nos enfants, à nos petits-enfants, si nous continuons ainsi à exploiter sans limite les ressources de la planète ? Le thème est d’actualité, après la COP21 qui s’est clôturée il y a peu, mais il n’est pas forcément courant en littérature jeunesse. Il est vrai qu’il est difficile de faire réaliser à nos jeunes lecteurs l’importance de chacun de nos gestes. De plus, ici, nous ne sommes plus seulement des lecteurs, mais aussi des acteurs qui avons notre rôle à jouer. Car le but de ce roman est bel et bien de nous faire réfléchir et surtout de nous alerter.

Pour certains, l’histoire peut paraître pessimiste. Personnellement, je ne l’ai pas trouvée particulièrement pessimiste mais plutôt réaliste, voire même optimiste puisqu’une solution est encore possible. Et d’ailleurs, c’est l’auteur, à travers les mots d’Anna, qui le dit lui-même :

-Je suis optimiste, moi, Jonas. Et tu sais pourquoi? Je trouve immoral d’être pessimiste.
-Immoral?
-Le pessimisme n’est qu’un autre mot pour paresse. Je peux être soucieuse, c’est tout autre chose, mais être pessimiste, c’est avoir renoncé.
-Tu n’as pas tort sur ce point.
-Et puis, il y a quelque chose qui s’appelle l’espoir. Et, dans la pratique, cela peut parfois signifier se battre.