Le baiser de Maria Elisa, de Michel Piquemal

Philippe Jalbert et Michel Piquemal - Le baiser de Maria Elisa.Avec sa classe, un jeune garçon, dont le prénom n’est pas révélé, est en visite au musée Saint-François de Porto, où il habite. Si les salles du rez-de-chaussée  ne l’intéressent pas vraiment,  le sous-sol le fascine : tombeaux, crânes, ossements… des catacombes à la hauteur d’un décor d’Halloween ! Mais lorsque notre narrateur fait tomber ses clés à travers une grille et qu’il doit aller seul les récupérer, il n’en mène pas large… La présence d’une ombre n’est pas faite non plus pour le rassurer… Va-t-il mériter le baiser promis par son amoureuse secrète Maria Elisa pour son courage ?

Un tout court roman plein d’aventure, de suspense, à la lisère du fantastique, dans un décor de train fantôme… et avec une note de romanesque et un peu de dépaysement ! Une enquête au dénouement rapide qui ne laisse pas le temps de s’ennuyer. Que demander de plus pour nos jeunes lecteurs dès le CE1 ?

La petite fille et la mort, de Rodolphe, ill. Tom Tirabosco

Il est l’heure de partir…

mort2.jpg

Cloé est une petite fille heureuse qui vit dans une grande maison avec ses parents, ses deux frères et ses grands-parents qui occupent avec le chat le second étage. C’est l’hiver, il fait bon d’être à la maison, dehors le vent souffle, il pleut. Un soir, on sonne et Cloé qui est la seule à avoir entendu, se précipite pour ouvrir. Mais derrière la porte, se dresse une étrange créature vêtue de noir, les doigts crochus, qui brandit une faux. Sous sa capuche, Cloé découvre une tête de mort recouverte d’une fine peau. Effrayée, Cloé s’interroge. Le terrifiant visiteur lui annonce qu’il représente la mort et que l’heure est venue pour un des membres de la famille de le suivre. Il a un ordre de mission mais avec la pluie, le nom de la personne qu’il doit emmener est effacé. Alors qui doit partir ? Cloé ne comprend pas, c’est le choc.

La mort fait partie de la vie et parfois les enfants sont aussi confrontés à ce malheur, à la perte d’un être cher. La vie est injuste et on ne se résout jamais à voir partir ceux qu’on aime. La mort fauche à tout âge. Mais ce livre me laisse un peu perplexe car je ne sais pas comment il peut être perçu par les plus jeunes enfants. Le visage de la mort est effrayant même si le récit rend la personne qui l’incarne humain.  Il est possible que ce livre ait pour but aussi, peut-être, d’aider les parents à parler de la mort à leurs enfants, un sujet pas toujours facile à traiter… Mais je trouve néanmoins la façon d’aborder ce thème, quelque peu brutale. A noter les illustrations en couleur qui renforce ce côté macabre.

Après avoir été testé par plusieurs élèves, ce livre a finalement été retiré du fonds du CDI, l’intérêt qu’il représentait n’étant clair pour personne…

Enregistrer

Enregistrer

Les nuits d’Halloween, de Alain Surget

Rendez-vous avec le diable !

nuit.jpg

Une rencontre peut à jamais changer une vie mais Jack ne pensait pas que cela était possible à ce point. Un soir du 31 octobre, il entre dans une auberge. Il a faim mais n’a pas le sou. Le hasard fait qu’à une table voisine des hommes jouent aux cartes. C’est la passion de Jack qui se laisse convaincre par Beardy qui engage les parties. Gagner serait pour lui l’occasion de se payer le gîte et le couvert. La chance est avec lui, Jack dépouille Beardy. Celui-ci propose curieusement à son adversaire de remiser tout ce qu’il a gagné. Sûr de lui, Jack accepte. Mais c’est la catastrophe, il perd toute la fortune qu’il a amassée. Il veut se refaire mais n’a plus rien à miser. Beardy lui propose un deal plutôt étrange. Il demande à Jack s’il est prêt à jouer son âme. Mais comment peut-on perdre ou gagner une âme ? Existe t-elle seulement ? Beardy remporte le jeu et là, brusquement surgit dans ses yeux un regard diabolique, un rire moqueur, monstrueux qui fait vibrer les murs de l’auberge. Jack sait alors que Beardy est l’incarnation du diable. Il doit s’échapper. Commence alors pour Jack une vie de errance de village en village où les habitants le fuient comme la peste. Partout où il passe il est rejeté. Pourquoi tant de haine, tant de cris quand il apparaît. Jack retrouvera peut-être sa sérénité s’il trouve le moyen de récupérer son âme. En attendant, il essaie de survivre.

Un récit fantastique qui entraîne le lecteur dans une grande aventure pleine de suspens. On se prend de compassion pour le personnage de Jack, perdu et rejeté de tous. Il peut paraître sauvage et sombre mais il cache en fait une sensibilité. Cette histoire s’inspire de la légende de Jack Stingy, un homme riche qui un soir, a rencontré Satan dans un bar. Les Nuits d’Halloween font partie des récits qui nous font découvrir ce qui créa Halloween.

Enregistrer

Enregistrer

Religion et protection

L’enfant de Noé, de Eric-Emmanuel Schmitt.

Pendant la seconde Guerre Mondiale, Joseph, un petit garçon juif, est séparé très vite de ses parents à cause des rafles en Belgique. Il est confié à des inconnus et est très vite l'enfant de noéest obligé de mentir pour qu’on ne découvre pas son identité, son histoire, ni même ses sentiments. Après avoir été confié à la comtesse de Sully, il sera caché par le père Pons dans son pensionnant catholique. Le père Pons est un homme simple qui cache de nombreux enfants juifs afin de faire survivre cette culture et que ses enfants ne perdent ni leur histoire, ni leur identité.

Au pensionnat, Joseph devient ami avec Rudy, un garçon aventureux et énergique. Ils échappent plusieurs fois in extremis aux Allemands.

Pendant son aventure au pensionnat, Joseph trouve le père Pons mystérieux et va donc essayer d’élucider le mystère.

A la fin de la guerre, chaque enfant attend impatiemment de retrouver ses parents ou d’être adopté par un couple. Joseph et Rudy retrouveront-ils leurs parents ?

Dans tous les cas, Joseph n’oubliera jamais le père Pons et tout ce qu’il a fait pour lui !

L’auteur nous dévoile une belle histoire et rappelle que de nombreuses personnes pleines de bravoure ont mis leur vie en danger pour sauver de nombreux innocents. L’histoire est raconté comme un témoignage de ce jeune héros, émouvant mais aussi plein d’humour. Le père Pons a le rôle de complice, de modèle pour tous ces jeunes qu’il a sauvé.

C’est une partie très sombre de notre histoire qui est racontée de manière simple et abordable pour les élèves. Le récit est très riche.

Le tamagotchi prend vie

Julien et le tamagotchi, de Francis Valéry

Afficher l'image d'origineJulien vient de gagner à un concours en remplissant un questionnaire « Le jeu idéal ». Son cadeau arrive par la poste : un tamagotchi… Mais le mode d’emploi est en japonais… A quoi peut bien servir ce bouton rouge ?

Un tout petit roman de moins de 50 pages, abondamment illustré en couleurs, pour les jeunes ou faibles  lecteurs qui met en scène un tamagotchi, petit animal virtuel dont il fallait prendre soin, tant à la mode dans les années 90 (est-ce encore le cas ?). Il aborde  à la fois le genre du  fantastique puisque l’apparition du T-Rex va semer la panique dans la ville et le thème de l’espionnage industriel.

A lire tout seul dès 7-8 ans.

Oscar et la dame en rose, d’Eric-Emmanuel Schmitt

Interrogation existentielle

Afficher l'image d'origineUn livre touchant et très réaliste sur Oscar, enfant de dix ans qui sait qu’il va mourir, et Mamie-Rose, sa visiteuse, « accompagnante » à l’hôpital, qui l’invite à instaurer une correspondance par le biais d’un cahier, avec Dieu, lien invisible et présent, qui l’aidera sur une multitude d’interrogations philosophiques. L’histoire, obligatoirement, nous rend spectateur, et nous mènera à une interrogation existentielle sur nous-même : vie, mort, maladie, jeunesse, vieillesse, …A aucun moment on ne versera dans le pathétique ni la religiosité : le récit reste honnête.

A lire absolument ! Une interview de l’écrivain en fin d’ouvrage nous renseigne sur la démarche de l’auteur et nous livre son point de vue et comment il a adapté ce texte pour le théâtre, sous la forme d’un monologue.

 

Martin et le gourou, de Jean-Marie Abgrall

martin-et-le-gourou-de-jean-marie-abgrall-

La secte Bandana

Jeanne, la mère de Martin, est devenue adepte d’une secte dont le gourou est Bandana, une réincarnation de Bouddha-Vishnou et de Jésus-Christ. C’est pour cette raison que le père de Martin a quitté la maison. Comme chaque année, Jeanne emmène ses enfants, Martin et Sophie pour un séjour à Peyreveyre, cité sainte de la secte. Martin a 16 ans et, cette année, il va découvrir le vrai visage « du camp de vacances »…

On découvre, dans ce livre, les dangers que représentent les sectes, ces groupes de personnes réunies par une même croyance et qui suivent les idées d’un gourou. Tout commence de façon anodine par un régime alimentaire, une tenue vestimentaire, une discipline stricte, la vie en communauté pour, progressivement, couper la personne du monde et de la réalité et pour, enfin, aboutir à des extrêmes terribles. L’individu ne reconnaît plus et ne défend même plus les membres de sa famille. De plus, tout cela dans un roman policier, à lire absolument.

La nuit du renard, de Mary Higgins Clark

Un frisson dans la nuit

La nuit du renard est un roman policier (nous pourrions même dire un thriller) écrit par l’Américaine Mary Higgins Clark et qui est paru en 1977. Le récit se déroule majoritairement à New York. Il s’agit de l’enlèvement de Sharon Martin et de Neil Peterson. En toile de fond, l’exécution de Ronald Thompson, un jeune homme de 19 ans accusé du meurtre de Nina Peterson, la femme de Steve et la mère de Neil.

Comme à son habitude, Mary Higgins Clark a émaillé son récit de rebondissements, de péripéties, maintenant un suspense presque intolérable jusqu’au dernier chapitre. A tel point que « La Nuit du Renard » a reçu le Grand Prix de la Littérature Policière en 1980. Mais presque tous les livres de cet auteur nous font frissonner, vibrer et mener notre propre enquête, avec un déroulement inattendu qui laisse le lecteur ébahi. Je parle, entre autres, de La Clinique du Dr H, Un cri dans la nuit, Dors ma jolie, Ne pleure pas ma belle, La maison du clair de lune, Ni vue, ni connue….

L’histoire se situe à Carley, une ville du Connecticut. Renard, un garagiste pour le moins ambigu, se sert de son métier pour tuer des femmes qui tombent en panne sur la route. Il en est déjà à son cinquième meurtre, lorsqu’il apprend que Steve Peterson, dont il a tué l’épouse Nina, mère de son fils Neil, deux ans auparavant, a touché beaucoup d’argent suite à la mort de celle-ci. Le garagiste-tueur projette alors d’enlever le petit Neil et Sharon, la nouvelle compagne journaliste de Steve, pour demander une rançon. Au même moment on découvre que Ronald Thompson, qui a été accusé du meurtre de Nina, vient d’être jugé : à seulement 19 ans, il a été condamné à la chaise électrique. Tous les témoignages, dont celui de Neil, le petit garçon de Nina et Steve, qui était présent lors de l’assassinat de sa mère concordent. C’est bien Ronald Thompson le meurtrier. L’enfant en garde un souvenir horrifié, qui lui occasionne à présent des crises d’asthme à répétition. Pourtant, sans relâche, l’assassin présumé de Nina clame son innocence. En vain. Son exécution est programmée et rien ne semble pouvoir arrêter la machine…

Par ailleurs, Steve, on le comprend, souhaite évidement que le meurtrier de sa femme soit sévèrement puni. Il est un ardent défenseur de la peine de mort. Les discussions s’enflamment entre lui et Sharon, qui n’est pas du tout de son avis. Cette divergence d’opinion ne les empêchent pas de tomber amoureux l’un de l’autre. Steve envisage même de la demander en mariage…

Nous voici donc à la veille de l’exécution. Sharon doit rejoindre Steve chez lui pour garder le jeune Neil. A noter que ce dernier n’apprécie pas Sharon, qu’il considère comme la remplaçante de sa mère dans le cœur de son papa. Mais cette soirée ne va pas se passer comme prévu. En effet, Sharon et Neil sont kidnappés par un déséquilibré, qui signe « Renard » les messages qu’il délivre par téléphone pour réclamer une rançon.

De son côté, un aveugle, sollicité par les enquêteurs, découvre dans une cassette que Renard leur a fait parvenir, que Sharon et Neil se trouvent dans une gare. Une question cruciale se pose : et si l’enlèvement du petit Neil et le meurtre de sa mère, il y a deux ans, avaient un rapport ? Si cela pouvait être prouvé, la vie du jeune condamné à mort serait sauvée !

Mais qui est le mystérieux Renard ? Sera-t-il démasqué à temps ? Et Ronald sera-t-il sauvé in extremis de la chaise électrique ?

La structure narrative, liée au temps dans cette histoire, est vraiment très intéressante. Elle donne une dynamique particulière lors de la lecture, puisque chaque minute passée est primordiale. On angoisse avec Sharon et Neil, bâillonnés et ligotés dans les entrailles de la terre. Et pendant ce temps-là, Ronald s’approche à la vitesse grand V de son passage sur la chaise électrique. Celle-ci est prévue à 11h30 et il est déjà 11h20, 11h25… Le compte a rebours a commencé mais…

En bref, un excellent moment de lecture et une histoire que l’on ne lâche pas. Jusqu’à la dernière page…

Pars vite et reviens tard, Fred Vargas

Peur sur la ville

Afficher l'image d'origineJoss Le Guern, un ancien marin breton, exerce le drôle et désuet métier de Crieur de nouvelles sur une place à proximité de la gare Montparnasse. Trois fois par jour, il relève les messages en tous genres déposés dans son urne et les crie sur le carrefour Edgar-Quinet-Delambre. Les habitués comme les curieux font masse autour de l’homme pour entendre les nouvelles. Depuis quelques jours, Joss reçoit des messages étranges, à peine compréhensibles, semblant venir d’un détraqué…

De son côté, le commissaire Adamsberg, fraîchement nommé à la criminelle, accueille une jeune femme venue se plaindre de peintures étranges dans son immeuble. Toutes les portes des appartements, sauf une, sont marquées d’un grand 4 noir inversé et de l’inscription CLT en-dessous. Bientôt, d’autres immeubles sont ainsi « décorés ». Canular de grande ampleur ou menace ? Le doute subsiste jusqu’à ce qu’un cadavre plein de puces de rats soit découvert derrière la porte d’un studio non marquée…

Si le démarrage de l’intrigue peut sembler un peu long et compliqué (difficile pour des collégiens je pense de bien cerner le cadre spatio-temporel au début), on accroche finalement très vite à cette histoire de messages tordus qui annoncent une catastrophe horrible : le retour de la peste. J’ai surtout apprécié le personnage d’Adamsberg, un commissaire hors du commun, très lunaire, qui agit à l’intuition. L’auteure ne cache rien des doutes de son personnage principal, qui sent la situation complètement lui échapper quand les habitants de Paris puis de Marseille virent à l’hystérie collective en peignant des 4 sur leurs portes, éloignant ainsi les enquêteurs du maniaque qui peut frapper n’importe où en toute tranquillité. Le dénouement est également assez inattendu d’autant que le véritable coupable n’est pas forcément celui que l’on croit… Un très bon moment de lecture pour les amateurs du genre !

A savoir que ce livre a fait l’objet d’une adaptation au cinéma par Régis Wargnier, en 2006, avec José Garcia.

Courtes pièces à lire et à jouer

Mange ta main !

Ce recueil réunit 4 pièces de théâtre du XXème siècle

Le pot-au-feu, de Roland Dubillard : Deux personnages, UN et DEUX souhaitent cuisiner un pot-au-feu mais ne savent absolument pas comment s’y prendre. Une initiation au théâtre de l’absurde en quelques pages.

Inspecteur Toutou, de Pierre Gripari : L’inspecteur Toutou vient d’acquérir le miroir magique de la Reine de Blanche-Neige. Il pense ainsi, grâce au Génie du miroir, résoudre facilement ses enquêtes. Mais on ne peut pas dire que l’inspecteur Toutou brille par son intelligence ! Et en voulant arranger les contes, il va semer une terrible pagaille dans les histoires ! Une mise en scène des contes connus sous forme humoristique qui devrait plaire aux amateurs du genre.

Mange ta main, de Jean-Claude Grumberg : Suzanne Zonzon est raccommodeuse de couple… elle va tenter de réconcilier le Petit Poucet et sa femme, Marie-Léonie, une des filles de M. et Mme Ogre ! En effet, il ne supporte plus de voir sa cicatrice autour de son cou… Là aussi, les contes servent de support à une pièce de théâtre des plus originales.

Finissez vos phrases ! Ou Une heureuse rencontre, de Jean Tardieu : Monsieur A et Madame B se rencontrent dans la rue et entame une discussion… Mais ils ne finissent aucune de leurs phrases !

Facile à mettre en scène, assez drôles, parfois absurdes ou décalées, ces pièces permettent une initiation ludique au genre théâtral pour les plus jeunes. Le fait que deux d’entre elles mettent en scène des personnages de contes permet aux lecteurs réticents de se familiariser plus facilement à ce genre souvent méconnu des lecteurs. Intéressant.