Le silence du serpent blanc, d’Arnaud Tiercelin

Le silence du serpent blancThibault vit dans un pays où, depuis trois ans, le roi a imposé une règle très stricte : celle de limiter le bruit au maximum. Qu’est-ce que cela implique au quotidien ? Un monde terne, où les relations sociales et familiales sont complexes : plus de musique, plus de chants, plus de discussions (chaque jour, le nombre de mots est limité pour chaque personne), il faut chuchoter, tousser discrètement,  faire attention aux bruits de ses semelles lorsque l’on marche. D’autres restrictions existent aussi dans ce pays dirigé par un roi  qui impose des lois dictatoriales comme par exemple le couvre-feu ou une télé contrôlée par le pouvoir.

C’est aussi depuis ce moment-là  que le père de Thibault est parti de la maison sans prévenir. Les enfants n’ont aucune nouvelles de lui et leur mère refuse d’en parler…

Mais lorsque Pamina, une nouvelle élève, arrive dans la classe, la vision de Thibault sur la société dans laquelle il vit va évoluer, il va prendre conscience de certaines choses et chercher des réponses à ses questions… Ce qu’il va découvrir va le transporter dans un monde inconnu qui lui ouvrira les portes de la réflexion… jusqu’à la chute finale, inattendue…

Un roman étrange et décalé, facile à lire grâce à une écriture simple et directe pour des lecteurs dès le CM2. Un univers onirique pour un livre dont le genre frôle la science-fiction mais aussi le merveilleux et le récit social. Des réflexions profondes sont abordées sur la dictature, sur l’importance de la parole, sur la désobéissance civile pour combattre les injustice. Mon fils de 7 ans, attiré par la 1ère de couverture très réussie qui rappelle l’univers de Tim Burton, me demandait tous les jours de lui raconter l’avancée de cette histoire que je n’ai donc pas eu le droit de poser avant de l’avoir terminée ! 

Onirique et profond… et qui donne envie de faire du bruit et d’apporter à la vie quelques notes d’excentricité et de musique !

Contre courant, de Florence Cadier

Pour une désobéissance civile

Nous remercions vivement les Editions Le Muscadier pour l’envoi de cet ouvrage

Ce recueil de 9 nouvelles traite de désobéissance civile, de lutte contre l’injustice.

Amar, jeune Afghan sans-papier, vit en France, dans un square. Il remarque souvent un homme qui l’observe. Que lui veut-il ? Amar a peur. Mais lorsqu’une descente de police a lieu au square, cet homme l’embarque dans sa voiture, pour le sauver.

1972. Véronique a 17ans et tombe enceinte. L’interruption volontaire de grossesse est encore illégale et Véronique va demander de l’aide à sa grand-mère pour se faire avorter clandestinement.

Martine est caissière dans une supérette. Elle ne supporte pas la misère de certains de ses clients qui n’ont pas de quoi payer leur note. Alors, elle a pris l’habitude de leur faire crédit sur le compte du magasin.

Afrique, 2014. Mabrouk et Babatu s’aiment. Un soir, ils vont se faire passer à tabac par un groupe de jeunes qui veulent en découdre avec des « pédés ». Cet acte peut-il être puni dans un pays où l’homosexualité est illégale ?

1942. Sophie Scholl et son frère viennent d’être condamnés à mort. Leur tort : avoir distribué des tracts anti-nazis dans une université allemande.

Rosalie, jeune Israëlienne rentre chez elle pour passer Noël en famille. Lorsqu’elle arrive au check-point de Jerusalem-Est, elle prend la défense d’un Palestinien à qui les soldats de faction refusent, sans raison, le passage.

Arkansas 1957. La Cour suprême des Etats-Unis vient de mettre fin à la ségrégation dans les écoles. Le Central High School va devoir ouvrir ses portes à 9 étudiants noirs. Mais la rentrée va-t-elle être sereine pour ces jeunes gens ? Les mentalités sont-elles prêtes à accepter la fin de la ségrégation raciale ?

Floride, de nos jours. Dans un square, Archibald nourrit les sans abris. Mais une descente de police a lieu pour faire évacuer le square. Archibald refuse de laisser faire sans intervenir.

1942. Les policiers ratissent les immeubles pour arrêter tous les Juifs et les emmener au Vel d’Hiv. Nina et David, deux petits enfants vont demander de l’aide à leur voisin.

Le genre de la nouvelle est un exercice difficile pour ses auteurs : malgré la concision du texte, le récit doit être complet et la construction dramatique resserrée. Ici, ces nouvelles tiennent à peine en 6-8 pages. Malgré cette concision incroyable, le message qu’elles véhiculent est très fort. Chacune d’elles se déroule à des époques et des lieux différents. Ce sont les rencontres humaines qui sont le noyau central de ces histoires. Des actes anodins sauvent des vies, des gens ordinaires font, sans vraiment en prendre conscience, des choses qui, mises bout à bout, vont changer le monde. D’une grande force, ces messages sont à lire pour de bons lecteurs de 3ème, en particulier ceux du club journal qui doivent s’intéresser de manière plus consciente au monde qui les entourent. Des nouvelles qui suscitent débat et réflexion sur des problèmes de société, et qui chamboulent notre quotidien. Elles ne peuvent pas laisser indifférent. En tout cas, cela ne prend pas beaucoup de temps d’essayer d’en lire au moins une… Seule la fin du premier sur les sans-papiers m’a laissée un peu perplexe. Vous comprendrez sûrement en la lisant. J’ai eu un peu  l’impression d’une stigmatisation. Et pour la nouvelle « Les neuf de Little Rock » qui traite de la fin de la ségrégation raciale dans les universités américaines, vous pourrez lire ensuite le roman : Sweet sixteen, sur le même thème.
Cette collection « Place du marché » est très prometteuse, avec son slogan : « utiliser son temps de cerveau disponible pour développer son sens critique ».