(Dé)connexions – Au secours je suis accro aux écrans- de Christine Deroin et Alain Dervaux

Ecran,  quand tu nous tiens…

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 Enzo s’ennuie dans la « vraie vie « , il a besoin que ça bouge, il a besoin d’adrénaline, de sensations fortes.

Clément manque de confiance en lui et ce doute l’isole, l’enferme dans une solitude insupportable.

Manon a beaucoup d’idées, aime les choses nouvelles, elle rêve d’exprimer sa créativité en inventant  des jeux mais sa détermination ne suffit pas à concrétiser ses projets, donc elle s’agace face à des échecs qu’elle n’assume pas.

Trois adolescents, trois profils différents et pourtant un point commun les unit : l’addiction au monde virtuel, qui leur procure la sensation de s’échapper d’un quotidien devenu trop étroit pour eux, qui leur procure la sensation d’exister.

Le virtuel va devenir le moyen de s’affirmer, de combattre leurs démons. Un moyen qui peut être dangereux quand on en abuse. Mais cette addiction se fait progressivement sans qu’on s’en aperçoive car chacun s’y sent bien à sa place, maître de ses actions. Ces adolescents qui deviennent accros aux écrans, ne sont même plus en capacité de faire la part des choses entre monde virtuel et réalité. Tout devient facile puisqu’ils sont aux commandes d’une vie toute fabriquée dans laquelle ils progressent selon leur envie, s’inventant un personnage  idéal auquel ils s’identifient. Un être parfait qui décide, à l’opposé de ce qu’ils représentent dans « la vraie vie ».

Bien souvent cette envie irrésistible de se réfugier dans un monde fabriqué de toute pièce traduit un malaise, un mal-être difficilement contrôlable.

Au fil de la lecture on assiste à la montée en puissance de cette addiction qui prend de plus en plus de place, jusqu’à en devenir incontrôlable. Entre chaque épisode, un médecin psychiatre prend la parole pour expliquer les raisons de cette addiction, sa progression et ses conséquences tout en tenant compte de l’environnement familial et social des adolescents. Il en fait une analyse au plus juste avec des mises en garde, en soulignant aussi ce qui est mis en place par les parents pour remédier à ce fléau. Mais, les enfants ont plus d’un tour dans leur sac pour y déroger. C’est un dangereux enfermement qui peut causer beaucoup de dégâts.

A la fin de cet ouvrage, l’auteur communique la liste des adresses utiles, de centres ou d’associations en France et à l’étranger, qui viennent en aide aux personnes dépendantes.

Mais on ne peut se faire aider qu’à partir du moment où on a pris conscience du mal qui nous ronge. Le chemin est long mais reconnaître son addiction est déjà un grand pas.

Une lecture que je recommande, un roman qui n’est pas dans le jugement, un roman dont le seul but est de comprendre et d’apporter des réponses. Un ouvrage utile tant aux jeunes qu’aux adultes  qui s’inscrit dans la collection saison psy. Une collection qui traite les problématiques du quotidien rencontrées par les adolescents. Certes, une fiction sert de base mais elle est  si proche de la réalité qu’elle autorise une analyse fine et sérieuse.

Papa de papier, de Nadia Coste

Mon papa d’avant…

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Ayrton est un jeune garçon passionné de dessin. Son professeur dit même qu’il a un don. Aujourd’hui il est heureux, il a eu 18 en arts plastiques. Comme beaucoup d’enfants, il aurait aimé faire partager sa joie à ses parents. Mais pour Ayrton, ce sera compliqué. Son papa, François, a perdu son emploi et c’est lui qui s’occupe de tout à la maison, pendant que sa mère, Séverine, est au travail. Mais depuis qu’il est au chômage, le quotidien est difficile. Un rien l’énerve, il est devenu taciturne, aigri, trop maniaque, trop carré, rendant la vie impossible à son entourage. Tous les soirs, c’est avec la peur au ventre qu’Ayrton rentre de l’école. Le père est tyrannique, le rabaisse, le traitant de bon à rien, de chiffe molle. Son épouse est sans cesse sur le qui vive, appréhendant ses changements d’humeur. Donc inutile de dire, que le 18 en arts plastiques n’a pas eu l’effet escompté. Disons que… François est entré dans une colère noire en scandant l’inutilité de la matière, en hurlant qu’il n’y a pas de quoi être fier et que ce n’est pas l’art plastique qui fait réussir dans la vie. Les disputes violentes se succèdent, Séverine et Ayrton sont malmenés. Le jeune garçon n’en peut plus. Comme à chaque fois, il court se réfugier dans sa chambre pour ne plus entendre son père hurler contre sa mère. Ce soir-là, le soir de trop, le soir où la main se fait lourde, le soir où ça dérape plus que d’habitude, il aperçoit sur son balcon, un chat qui ressemble trait pour trait au chat qu’il a dessiné au fusain et pour lequel il a eu 18. Il est fasciné, les deux bêtes sont identiques dans les moindres détails. Perdu dans sa bulle, Ayrton est persuadé que ses croquis ont le pouvoir d’exister. Ce matou tout droit sorti de son imagination est devenu réel. Alors suffirait-il de dessiner un nouveau papa pour faire disparaître le voile noir qui recouvre son quotidien ? Il sait que la magie existe quelque part, il le sait, il l’a tellement lu dans les livres qui parlent de supers pouvoir s! Ayrton veut se construire un héros bien à lui qui serait gentil, aimant, affectueux, un héros qui ressemblerait à son papa d’avant….

Papa de papier est un roman émouvant qui se lit d’une traite. La situation familiale est catastrophique. Il y a de la maltraitance physique et morale, un enfant pris dans ce tourbillon quotidien de violence, qui va se réfugier dans l’imaginaire et le dessin. Un sujet sensible traité à travers la voix d’un enfant d’une grande maturité, qui veut protéger sa maman si impuissante et aider son papa. Un père qui ne supporte pas d’avoir perdu son emploi, qui le fait subir à sa femme et à son fils. Une situation malheureusement trop fréquente, une maltraitance physique et morale aux lourdes conséquences.