Momo, de Michael Ende

Les dévoreurs de livres d’Arsène, les chroniques des élèves du comité de lecture du blog. 

Momo est le personnage principal de cette histoire. C’est une jeune orpheline qui s’est enfuie de son orphelinat et a trouvé refuge dans un lieu étrange oublié de presque tout le monde : « au sud de cette ville, là où commencent les champs, où maisons et baraques se dégradent, un petit amphithéâtrre en ruine se cache dans un bois de pins ». Elle rencontre un vieux balayeur de rues, Beppo et un jeune homme très bavard, Gigi.  » On peut avoir beaucoup d’amis, mais ceux qui vous sont vraiment proches, ceux que vous aimez le plus sont en général peu nombreux ». Pourtant, bientôt, elle devra fuir des hommes habillés de gris, des agents de la « Caisse d’épargne du Temps ». Va-t-elle réussir à les semer et les empêcher de faire du mal  ? 

La seule chose qui importe dans la vie, poursuivit l’homme, c’est de réussir, de devenir quelqu’un, de posséder quelque chose. Quand on va plus loin que les autres, quand on devient plus important et plus riche qu’eux, le reste vous vient naturellement : amitié, amour, considération.

Momo va-t-elle croire en ces paroles ?

 

J’ai beaucoup ce livre car on suit l’histoire de l’héroïne, on la suit dans ses aventures. Je me suis vraiment attachée aux personnages. C’est une aventure pleine de rebondissements, une très belle histoire sur l’amitié qui permet de prendre conscience de la notion du temps et qu’il est plus important d’aimer les autres que d’avoir du pouvoir sur eux. 

Un livre que j’avais lu et que j’ai demandé à faire acheter au CDI tellement il m’avait plu. 

Mina, 5ème – membre des dévoreurs de livres d’Arsène

Une sorte de conte philosophique à lire à plusieurs niveaux, adolescents ou adultes car les thèmes de réflexion sont riches et nombreux. Une jolie histoire originale qui, malgré sa date d’écriture – 1973, n’a pas pris une ride.

L’alchimiste, de Paulo Coelho

Quête perpétuelle du bonheur

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Santiago est un jeune berger espagnol. Il est solitaire et adore la lecture. Sa vie n’a rien d’extraordinaire. Un jour, il décide de tout quitter, sa famille, son métier, son pays. Pourquoi ce départ si soudain ? Tout part d’un rêve qu’il a fait deux fois. Santiago a rêvé d’un trésor qui serait enfoui au pied des pyramides. Il part à sa recherche et commence alors pour lui un véritable pèlerinage semé d’épreuves. Il va faire des rencontres très instructives qui vont lui permettre de se remettre en question, de réfléchir sur ce qui est important dans l’existence et d’écarter toutes les futilités. Il apprend qui il est. Santiago va beaucoup voyager et c’est plus une quête de soi que la recherche d’un trésor. Toute sa richesse sera en fait dans son cœur. Et puis un jour, alors qu’il est dans le désert il va faire la connaissance de l’Alchimiste qui va l’aider à aller au bout de son rêve.

Beaucoup de spiritualité dans ce récit que j’apparenterais à un conte philosophique. Le parcours de ce berger est un peu celui des pèlerins qui empruntent le chemin de Compostelle. Un retour sur soi, être à l’écoute des autres, être attentif aux signes que peut nous donner la vie. Un peu simpliste pour moi et naïf aussi. Le message est d’aller à l’essentiel, partir, changer de vie en écartant tout ce côté matériel imposé par la société. La religion reste aussi en toile de fond. L’auteur évoque beaucoup Dieu. Paulo Coelho nous invite à suivre nos rêves sans hésitation, à écouter notre cœur. Pour lui ce qui freine l’humain, c’est la peur de l’échec. Personnellement, j’aurais du mal à tout quitter, à partir en écoutant simplement mon cœur sans savoir où tout cela me mènerait. La prise de risques doit être calculée, je pense. Et puis attendre un signe du ciel, oui …pourquoi pas… mais là encore ça risque d’être long ! Tout ça n’engage que moi, je précise ! Serais-je passé à côté de quelque chose ? Et vous, chers lecteurs, pourriez-vous me laisser des commentaires pour me donner votre avis ?

Caroline et les grandes personnes, de Suzanne Prou

Un parfum de bonheur…

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Ce sont les vacances pour Caroline. Elle est à la campagne, dans la grande maison familiale, c’est l’été, tout va pour le mieux. Enfin presque, car Caroline en a marre des grandes personnes et elle a décidé de se révolter. Il y en a beaucoup trop d’un coup cette fois. Entre ses parents, ses grands-parents, ses tantes, la femme de ménage, les amis, trop c’est trop ! C’est Caroline par ici, Caroline par là, fais ci, fais pas ça, reste tranquille. Mais que leur arrive t-il ? Tout a commencé au cours du repas. Caroline adore les desserts et au moment venu, elle s’est littéralement jeté sur les oeufs à la neige, en reprenant trois fois. Son père et sa grand-mère lui font remarquer son manque de politesse et Caroline explose de colère. Pourquoi n’aurait-elle pas le droit de manger comme elle veut alors que les adultes se servent comme ils l’entendent. Fâchée, elle court s’enfermer dans sa chambre. A ce moment là, elle entend la vieille pendule du couloir sonner. Elle adore son tic-tac, Caroline a l’impression qu’elle est vivante… d’ailleurs, elle l’appelle Chloé. Mais ce soir, Chloé est entrée dans sa chambre pour la consoler. Est-ce possible ? Est-ce un rêve ? Pas du tout, Chloé est près d’elle et lui demande d’arrêter de pleurer. En échange, elle lui dévoilera un secret sur les adultes. Caroline qui est très curieuse, sèche ses larmes. Mais que va lui révéler Chloé ?

Une pendule qui parle et qui nous emmène dans un univers fantastique pour faire comprendre à Caroline que dans chaque adulte il y a une part de l’enfance perdue. Les années passent mais il y a encore de la jeunesse dans nos cœurs.Caroline portera un regard neuf sur les adultes qui l’entoure parce qu’elle va mieux les comprendre.

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Jonathan Livingston le goéland, de Richard Bach

On a tous un peu de Jonathan Livingston…

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Dépasser ses limites, aller plus loin, oser… Oublier les contraintes, changer de vie, ne pas se laisser enfermer par la routine, découvrir autre chose. Jonathan l’a fait. Voler pour être libre, voilà ce que ce goéland a décidé. Il ne veut pas vivre comme ceux de son clan, résignés, selon des règles et des lois bien établies. Alors, jour après jour, il s’entraîne à voler plus vite, plus haut au désespoir de ses parents. Pour les autres goélands, voler n’est utile que pour se nourrir et rien d’autre. Ils décident de s’assembler en Grand Conseil et d’exclure Jonathan. Celui-ci est affligé, il se rend compte que ses semblables le rejettent sans comprendre. Il est ainsi condamné à vivre seul sur les falaises lointaines. Tous lui tournent le dos. Jonathan quitte donc ce clan.

Un soir alors qu’il se pense seul, deux majestueux oiseaux brillants viennent à lui et l’emmènent plus hauts dans les cieux. Il est loin de sa terre, de son ancienne vie. Jonathan change, devient majestueux, il a trouvé une nouvelle famille qui partage les mêmes idées que lui. Jonathan n’en finit pas d’apprendre et de se perfectionner. Il a trouvé son maître, Sullivan, qui est admiratif. Avec le plus ancien, Chiang, il va apprendre la confiance, l’amour, la liberté. Et puis, le jour vient où, à son tour, Jonathan le goéland transmet son savoir…Un éternel recommencement.

Ce récit est en trois parties, la première relate la soif de changement de Jonathan, la seconde son exil et dans la troisième on découvre le goéland en maître d’apprentissage.

Cette histoire peut largement s’adapter à l’homme.

C’est parce que des hommes veulent en savoir toujours plus que le monde mute et progresse. Rester à faire les mêmes choses, refuser d’évoluer fait stagner. Un petit bémol cependant car, pour pouvoir agir, il faut être libre mais la société ne nous offre pas toujours cette possibilité. Il y aura toujours des contraintes. Montrer à l’autre qu’il faut qu’il change ne plaît pas forcément. Cela peut attiser colère ou jalousie. Nous sommes responsables de nos vies que nous construisons aussi sur des savoirs, sur des manières d’être, transmises par nos parents, qui les ont reçus de leurs parents et que nous enseignons à notre tour à nos enfants…..Chacun veut léguer un savoir et c’est logique.  Mais avoir notre propre ouverture d’esprit, notre propre opinion est aussi une forme de liberté. Chacun doit vivre selon un idéal, nous sommes tous différents et il faut réussir à rester soi-même. Si on pousse le raisonnement, on peut préciser que tout progrès peut aussi donner du pouvoir et que le pouvoir mis entre les mains de gens mal intentionnés peut être dangereux …mais ceci est un autre débat….

Je trouve que Jonathan Livingston le goéland peut être comparé à un conte philosophique.

Le paradis, c’est simplement d’être soi-même parfait.

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Monde féérique de Féérie

La fille qui tomba sous Féérie et y mena les festoiements, de Catherynne  M. Valente

Deuxième tome de la série qui commença par La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains et qui avait remporté le prix jeunesse aux Imaginales 2016.

Près d’un an s’est écoulé depuis que Septembre est revenue de Féérie. Durant tout ce temps, elle a su garder le secret sur cette aventure inoubliable dans le pays extra-ordinaire où elle avait combattu une méchante reine et s’était fait d’étranges amis comme le Vouivrothèque, le Maride ou la lanterne douée de parole. Durant tout ce temps, elle a su cacher aux autres qu’elle y avait perdu quelque chose de bien réel : son ombre. Elle attend désormais le Vent vert qui reviendrait la chercher.

C’est le jour de son anniversaire. Alors qu’elle lit tranquillement, allongée dans un champ de blés, un petit bateau noir, avec à son bord un vieux pêcheur et une dame argentée, passe au-dessus de sa tête. Elle se lance à leur poursuite et traverse un muret qui la conduit à nouveau dans le monde de Féérie. Mais quelque chose cloche… Où sont passées les ombres ? De nouvelles et innombrables aventures attendent à nouveau Septembre qui veut réparer ses erreurs du passé en entrant dans Féérie du Dessous pour ramener les ombres.

Et là, je n’en suis vraiment qu’aux quelques premières pages de ce conte-roman foisonnant ! Un deuxième tome qui nous transporte à nouveau dans le monde étrange et féérique de Féérie, en compagnie d’une petite fille au drôle de prénom. On est heureux d’y retrouver les personnages croisés lors du premier tome et d’en rencontrer de nouveaux, comme la Sybille, Aubergine ou la Vice reine du café. Toujours aussi riche, dense, littéraire, poétique  et philosophique que le premier. Un monde grouillant et débordant d’imagination qui nous emmène dans des contrées où seul l’imaginaire a sa place ! Mais aussi un monde où tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Pour les bons lecteurs et les adultes !

Elles riaient dans son dos, d’une manière qui dressait des haies d’épines autour de leur petit cercle de robes de dentelle, de boucles et de rubans.

La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains, de Catherynne M. Valente

Candide au pays des Merveilles

Septembre, une jeune fille de douze ans, s’ennuie chez elle et a soif d’aventure. Un jour, le Vent Vert et le Léopard des Petites Brises lui proposent de les suivre et l’emmènent dans le pays de Féérie. Mais  Féérie ne porte pas forcément bien son  nom : la méchante marquise y règne en tyran. Son aventure sera l’occasion de rencontres plus fabuleuses les unes que les autres : le Vouivriothèque, la méchante marquise, une gnome, une golem de savon, un Marid, etc. C’est le début d’une vraie quête, digne d’un vrai  chevalier, à la recherche d’une petite cuiller…

Dès la lecture du titre et la vision de cette première de couverture particulièrement réussie, on comprend que l’on a entre les mains un livre qui ne ressemble pas à beaucoup d’autres. Un monde fantastique, une écriture subtile, des noms féériques … cet univers aborde des thèmes aussi universels que le courage et l’amitié. A travers une imagination débordante, ce voyage initiatique n’est pas sans rappeler Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll ou Peter Schlemihl de Chamisso qui vend son ombre au diable. Mais c’est surtout un clin d’oeil à Candide de Voltaire : une narratrice qui prend la parole pour interpeller le lecteur, la dénonciation du fanatisme, la quête du meilleur des mondes possibles  – optimisme leibnizien enseigné par le philosophe Pangloss à Candide (une phrase, dans les 100 premières pages, mais que je ne retrouve pas en est d’ailleurs très proche – j’espère qu’un lecteur pourra m’en indiquer la référence ), mais également le nom à rallonge, sous forme de résumé, donné aux différents chapitres. Candide, dans sa découverte  du monde, va, tout comme notre petite Septembre,  de mésaventures en désillusions.

Comme vous l’aurez compris, une littérature de jeunesse des plus exigeantes qui, comme les oeuvres classiques citées plus haut, devrait séduire un public adulte et mériterait d’être lu et relu pour en savourer tout le sel. Une thèse serait plus adaptée qu’une chronique de blog de collégiens !  Mais je ne sais pas quel accueil va lui réserver mes lecteurs de collège.  L’écriture est de grande qualité et très imagée (« un craquement écoeurant fit frissonner le radeau », « Septembre hurla sans bruit […]. Elle leva la tête vers le joyeux soleil, qui comme toujours n’était nullement impressionné par les chagrins des petites filles […] ».) ce qui ne rend pas le contenu forcément accessible à tous les lecteurs. Ce conte philosophique est très touffu, plein de références, plein de personnages. Le voyage de Septembre vers le conte de fée est dangereux, parfois violent. La lecture de certains passages peuvent d’ailleurs mettre mal à l’aise, comme lorsque Septembre se transforme en arbre et voit son corps se trouer, lorsqu’elle rencontre la mort, lorsqu’elle met à mort un poisson…

Voici quelques passages pour vous mettre en appétit de lecture :

Qu’on ne la juge pas : tous les enfants manquent de coeur. Car leur coeur n’a pas encore poussé, c’est pourquoi ils montent aux arbres et disent des choses choquantes et sautent si haut que le coeur des adultes, lui, papillonne de terreur. C’est que ça pèse lourd, un coeur. C’est pour cela qu’il faut du temps pour en cultiver un.

Une quête, pensa-t-elle, l’enthousiasme levant en elle comme de la pâte à pain, une vraie quête, comme un vrai chevalier, et elle ne voit même pas que je suis petite et que je n’ai pas d’épée ».

Les histoires s’y entendent à changer de visages. Ce sont des choses désobéissantes, indisciplinées, promptes à la délinquance et au lancer de gommes. C’est pourquoi nous les enfermons  dans de gros livres solides, afin qu’elles ne puissent s’en échapper et causer des problèmes ».

Lessive réfléchit un instant. « Ma maîtresse me disait souvent qu’on ne peut jamais être nu à moins de le vouloir  tout à fait. elle disait : »Même si tu as enlevé jusqu’à la moindre fibre de tissu, tu as encore tes secrets, ton histoire, ton nom véritable. C’est très difficile d’être vraiment nu. Tu dois travailler dur pour ça. Entrer dans son bain n’est pas se mettre à nu, pas totalement. C’est simplement montrer sa peau. »

Car les espoirs de notre ancienne vie dépérissent et se racornissent comme de vieilles feuilles s’ils ne sont pas remplacés par de vieux espoirs à mesure que le monde change »

 

Le petit prince, Antoine de Saint-Exupéry

La tête dans les étoiles

Le narrateur, un aviateur de l’aéropostale, est victime d’une panne moteur alors qu’il traverse le désert du Sahara. Il est obligé de se poser dans le désert. Quelques heures après l’accident, il fait la rencontre d’un étrange personnage : un petit garçon aux cheveux d’or, vêtu comme un prince. Il le surnommera alors le petit prince. Le petit bonhomme lui indique qu’il vient d’une autre planète et lui demande de lui dessiner un mouton. Puis , à force de question l’aviateur découvre que le Petit Prince vient de l’astéroïde B 612, une planète « à peine plus grande qu’une maison ! »

Chaque jour l’aviateur apprend de nouvelles choses sur la planète du Petit Prince, sur son départ, sur son voyage. C’est ainsi que l’enfant lui parle de la psychologie des adultes, de leur bêtise, des baobabs qui encombrent et étouffent sa planète. Il lui parle aussi d’une fleur unique, une rose très orgueilleuse, dont il est amoureux . Il prend peur que le mouton que lui a dessiné l’aviateur fasse du mal à sa rose…

Il s’agit là d’un de mes livres préférés. Il est de ces œuvres que l’on peut lire et relire à différents moments de la vie en découvrant un sens nouveau à chaque lecture. Le petit prince est un conte à la fois merveilleux, poétique et philosophique qui offre à ses lecteurs la possibilité de jeter un regard neuf sur le monde, de l’observer avec plus de sensibilité et de poésie. Des grands thèmes sont abordés de manière simple : l’amitié, l’amour, la mort, l’absurdité des « grandes personnes ». Il délivre un message universel, celui de savoir partager et aimer grâce à la célèbre formule du renard : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. »

Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll

Rêve éveillé

La jeune Alice s’ennuie pendant que sa sœur lit. Un lapin blanc pressé vient à passer : sans réfléchir, Alice le suit dans son terrier. Après une chute impressionnante, elle se retrouve dans un long couloir. De chaque côté, il y a des portes fermées.
Alice découvre une petite clé en or sur une table en verre ; cette clé ouvre une petite porte donnant sur un tunnel au bout duquel Alice voit un jardin merveilleux. La fillette souhaite entrer dans ce jardin, mais elle est trop grande. Elle aperçoit une bouteille sur laquelle est marqué « Bois-moi ». La voici au pays des merveilles, où elle change de taille en mangeant un morceau de champignon, rencontre le chat du Cheshire, qui apparaît et disparaît à volonté, ne laissant derrière lui que son énigmatique sourire. Elle rencontre également le lièvre de Mars et le chapelier fou avec qui elle prend le thé, puis participe à la partie de croquet de la Reine de Coeur…

Ce que j’aime par-dessus tout dans cette oeuvre, c’est son côté complètement loufoque. Les personnages semblent logiques au début dans leur façon de penser et de s’exprimer. Mais ils sont fous dans la mesure où leurs actes n’ont aucun sens (ex : on ne répare pas une montre avec du beurre !) et ne correspondent pas à leurs paroles.Les repères normaux disparaissent : le temps, traité comme un personnage, est suspendu après avoir eu la tête coupée ; la frontière entre les animaux, les humains et les choses n’existent plus.

J’aime aussi la dimension symbolique de ce conte philosophique qui est aussi un récit d’apprentissage. Les changements de taille d’Alice sont  en effet symboliques des changements qui s’opèrent tant dans le physique que dans le comportement entre l’enfance et l’adolescence. Alice doit également s’adapter à un univers inconnu et doit faire l’apprentissage de la pensée et de la parole par exemple lorsqu’elle doit argumenter face au chenillon qui tente de lui imposer sa logique. Le personnage va ainsi, tel l’enfant qui devient adulte, prendre peu à peu confiance en lui.

Lewis Carroll (1832 – 1898) était un pseudonyme. L’auteur des Aventures d’Alice au pays de merveilles se nommait en réalité Charles Lutwidge Dogson. Alice a réellement existé ! Elle était l’une des filles du doyen de la faculté où Charles Dogson enseignait les mathématiques. Elle avait dix ans lorsqu’elle demanda  à Charles de lui écrire une histoire… Ainsi naquit Les aventures d’Alice au pays des merveilles. Destinée au départ à la petite Alice, l’histoire fut publiée en 1865 et le récit obtint aussitôt un immense succès.

L’enfant de la haute mer, Jules Supervielle

Aux âmes voguantes…

Ce petit opuscule du poète uruguayen comporte huit contes, que l’on peut tout à la fois qualifier de philosophiques, poétiques ou cruels. Tous ou presque évoquent la mort et, si ce n’est la mort, un immense sentiment de perte notamment dans « La jeune fille à la voix de violon » où une enfant perd son étrange timbre de violon, particularité qui l’exclut de sa famille, de la communauté. Mais le jour où ses parents la font opérer et se félicitent de la disparition de ce son si particulier dans sa voix, l’enfant comprend qu’elle a perdu en réalité ce qui faisait son essence même et qu’on lui a volé une partie d’elle-même. Cette cruauté tragique est d’ailleurs annoncée dès le premier conte, qui confère son titre à l’ouvrage. On comprendra que cette enfant vivant seule en pleine mer n’est que le fruit de l’imaginaire d’un père qui avait perdu sa fille, un fantôme donc, condamné à errer seule dans ce magnifiquement triste village marin (on retrouvera ce thème du mort perdu dans les limbes aquatiques dans « L’inconnue de la Seine »).

Inutile d’en dire plus sans risquer de rompre le charme de ces contes qui laisseront longtemps leur empreinte en moi. Voilà le genre de textes que l’on peut lire et relire sans se lasser, en y découvrant sans doute toujours un sens nouveau. Un chef-d’oeuvre de poésie.

Je vous livre ici un extrait de « L’enfant de la haute mer » afin de vous faire apprécier la richesse poétique de l’oeuvre :

« […] l’enfant fut stupéfaite d’avoir crié: « Au secours! » Elle comprit alors seulement le sens profond de ces mots. Et ce sens l’effraya. Les hommes n’entendaient-ils pas sa voix ? Ou ils étaient sourds et aveugles, ces marins ? Ou plus cruels que les profondeurs de la mer ?
Alors une vague vint la chercher qui s’était toujours tenue à quelque distance du village, dans une visible réserve. C’était une vague énorme et qui se répandait beaucoup plus loin que les autres, de chaque côté d’elle-même. Dans le haut, elle portait deux yeux d’écume parfaitement imités. On eût dit qu’elle comprenait certaines choses et ne les approuvait pas toutes. Bien qu’elle se formât et se défît des centaines de fois par jour, jamais elle n’oubliait de se munir, à la même place, de ces deux yeux bien constitués. Parfois, quand quelque chose l’intéressait, on pouvait la surprendre qui restait près d’une minute la crête en l’air, oubliant sa qualité de vague, et qu’il lui fallait se recommencer toutes les sept secondes.
Il y avait longtemps que cette vague aurait voulu faire quelque chose pour l’enfant, mais elle ne savait quoi. Elle vit s’éloigner le cargo et comprit l’angoisse de celle qui restait. N’y tenant plus, elle l’emmena non loin de là, sans mot dire, et comme par la main.
Après s’être agenouillée devant elle à la manière des vagues, et avec le plus grand respect, elle l’enroula au fond d’elle-même, la garda un très long moment en tâchant de la confisquer, avec la collaboration de la mort. Et la fillette s’empêchait de respirer pour seconder la vague dans son grave projet.
N’arrivant pas à ses fins, elle la lança en l’air jusqu’à ce que l’enfant ne fût pas plus grosse qu’une hirondelle marine, la prit et la reprit comme une balle, et elle retombait parmi des flocons aussi gros que des oeufs d’autruche.
Enfin, voyant que rien n’y faisait, qu’elle ne parviendrait pas à lui donner la mort, la vague ramena l’enfant chez elle dans un immense murmure de larmes et d’excuses.
Et la fillette qui n’avait pas une égratignure dut recommencer d’ouvrir et de fermer les volets sans espoir, et de disparaître momentanément dans la mer dès que le mât d’un navire pointait à l’horizon.[..] »

La Loi du Roi Boris, Gilles Barraqué

Guerre des lettres

Le roi  Boris III s’ennuie.  Pour s’occuper, il décide de déclarer la guerre à son cousin. Mais voilà que dans sa déclaration, il commet une faute d’orthographe dans le mot « évidemment qu’il écrit « évidamment ». Bien entendu, c’est la faute de ce maudit « e » ! Le roi change d’avis, il aura bien le temps de s’occuper de son cousin plus tard. Il doit s’attaquer à quelque chose de bien plus pressant : la lettre « e ».  Avec l’aide de son fidèle conseiller, Monsieur Moutrin, il imagine une nouvelle loi. Plus personne dans le royaume du Poldovo ne sera autorisé à utiliser la lettre « e » dans la conversation sous peine de se faire couper un doigt !

Au départ, le peuple croit à une énorme plaisanterie. Mais une répression terrible ne tarde pas à se faire. Dès lors, la résistance va s’organiser, menée par Kleber de Mettemberg, le premier Ministre du royaume en personne. Lui et son clan n’utiliseront que des mots composés avec la lettre « e » pour faire front à l’oppression.

Ce conte philosophique au ton humoristique va s’assombrir peu à peu à partir de l’application de la folle loi du roi Boris.  On voit là des références aux régimes totalitaires dans lesquels règnent terreur et mise en danger de la liberté de pensée.

Le conte permettra aux plus jeunes de se confronter à un texte basé sur une forte contrainte stylistique à savoir l’absence d’une lettre.  Les effets du lipogramme en « e », inspirés des jeux de l’Oulipo et de la célèbre Disparition de Georges Perec, sont à voir comme la métaphore méta-langagière d’un génocide et de ses effets catastrophiques sur le peuple. Voilà un texte drôle et intelligent qui aborde des problèmes graves sans en avoir l’air.