La Miss, de Frank Andriat et André-Paul Duchâteau

La coupable idéale

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C’est reparti pour Clément, quatorze ans, et sa petite sœur Alice, 7 ans. Ils déménagent pour la énième fois. Pourtant, ça fait 6 mois qu’ils sont avec leur mère Bérénice, dans un village paisible, dans une maison sympa. Bérénice semblait sereine, calme et souriante. Que se passe-t-il alors ? Depuis quelques temps, l’adolescent trouve le comportement de sa maman étrange. Elle est nerveuse, n’ouvre plus son courrier. Le frigo est souvent vide, elle oublie de faire les courses…. Le rêve de Bérénice est de devenir miss, de faire la Une des journaux. C’est d’ailleurs ce qui, entre autre, a causé la rupture de son couple. Les disputes fréquentes ont mené au divorce. Elle s’impose un certain train de vie ne voulant que le meilleur pour ses enfants. Mais voilà, vivre au-dessus de ses moyens a des conséquences qui peuvent être catastrophiques.

Clément n’est pas dupe… A chaque fois qu’ils changent d’endroit, c’est le même scénario : au bout de quelques semaines, Bérénice fuit les propriétaires, reste terrée, ne répond plus au téléphone, n’ouvre plus sa porte. Les lettres de relance et d’impayés s’entassent. Ici, la situation s’envenime quand des vols ont lieu dans le village. Depuis quatre mois, les habitants sont victimes de gens mal intentionnés. Bérénice sort le soir pour ses show de miss et fréquente parfois des personnes peu appréciées des villageois. Forcément, les regards accusateurs vont se poser sur elle et ses relations. Une enquête de police est lancée et tout porte à croire que « la bande de la miss» comme beaucoup la surnomme, n’est pas étrangère à l’affaire. Clément va alors livrer une grande bataille pour redresser la situation et surtout pour sortir sa maman d’une situation très compliquée.

La famille de Bérénice ressemble, somme toute, à beaucoup d’autres. Une mère qui élève seule ses deux enfants depuis son divorce, qui a du mal à joindre les deux bouts et qui croule sous les dettes. L’histoire nous enseigne également que l’on juge vite sans connaître, toujours sur des a priori. Les erreurs du passé se transforment en méfiance pour le futur. Aucune chance de s’en sortir, de montrer qu’on peut changer. Les enfants sont très exposés dans ces cas-là, il faut que les adultes leur expliquent la situation pour qu’ils comprennent. La miss est bien plus qu’une banale histoire de famille, c’est un polar rondement mené par Franck Andriat et André-Paul Duchâteau. 

Un lapin peut changer une vie – on ne le dit pas assez !, de Sandrine Kao

Et si on changeait de vie ?

Dans la famille Ribout, rien ne va plus. Paul, le père, a démissionné de son travail de graphiste et personne ne sait ce qu’il fait de ses journées ; Alicia, la fille cadette, première de la classe a été changée de place pour se retrouver à côté de Keja, une fille du voyage qui a des poux ; Agathe, la fille aînée,  tombe amoureuse d’un inconnu alors qu’elle se produit sur scène avec son groupe de musique, et cela va révolutionner sa vie ; quant à Emmanuelle, la mère, elle n’arrive plus à signer aucun contrat en tant qu’illustratrice… Dépassée, démodée…elle occupe ses journées à tenir son blog culinaire, à dessiner des plats et à inventer des recettes qu’elle n’a pas les moyens de cuisiner. Et bien sûr, sans revenus, la famille est au bord du goufre ! Tous leurs repères se brisent, le quotidien est totalement chamboulé… mais finalement, est-ce si dramatique ? La vie n’est-elle pas faites de chemins qui arpentent des lieux parfois clairs, parfois sombres, parfois vides et parfois luxuriants. Tant qu’on est en vie, tout est possible !

Et le lapin, dans tout ça ? Un petit effet d’écriture qui trace un lien ténu entre tous les personnages de cette histoire familiale qui est en train de remettre en cause ses acquis. Le titre et la couverture du livre ne reflètent pas tant que ça la réalité du roman. C’est plus un accessoire qui pimente un peu le récit mais qui pourrait tout à fait être enlevé sans que cela ne change rien… D’ailleurs, notre lapin Django n’apparaît qu’au milieu du récit, même si avant l’importance de l’animal dans la vie de cette famille est évoquée. Pour ma part, cet artifice n’était finalement pas nécessaire, mais cela n’engage que moi…

Un récit joyeux, positif, sur le thème des grands bouleversements dont on peut avoir peur dans la vie mais qui sont parfois la meilleure façon de rebondir et continuer à aller de l’avant. Un récit à plusieurs voix, sur fond de musique jazz qui aborde en même temps que les relations familiales, le thème plus grave des sans-papiers, des gens du voyage et des préjugés. Un roman qui se lit comme un roman, en dépassant notre besoin de rationalité et de cohérence…et en acceptant la facilité des situations, surtout pour le final.

Papa de papier, de Nadia Coste

Mon papa d’avant…

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Ayrton est un jeune garçon passionné de dessin. Son professeur dit même qu’il a un don. Aujourd’hui il est heureux, il a eu 18 en arts plastiques. Comme beaucoup d’enfants, il aurait aimé faire partager sa joie à ses parents. Mais pour Ayrton, ce sera compliqué. Son papa, François, a perdu son emploi et c’est lui qui s’occupe de tout à la maison, pendant que sa mère, Séverine, est au travail. Mais depuis qu’il est au chômage, le quotidien est difficile. Un rien l’énerve, il est devenu taciturne, aigri, trop maniaque, trop carré, rendant la vie impossible à son entourage. Tous les soirs, c’est avec la peur au ventre qu’Ayrton rentre de l’école. Le père est tyrannique, le rabaisse, le traitant de bon à rien, de chiffe molle. Son épouse est sans cesse sur le qui vive, appréhendant ses changements d’humeur. Donc inutile de dire, que le 18 en arts plastiques n’a pas eu l’effet escompté. Disons que… François est entré dans une colère noire en scandant l’inutilité de la matière, en hurlant qu’il n’y a pas de quoi être fier et que ce n’est pas l’art plastique qui fait réussir dans la vie. Les disputes violentes se succèdent, Séverine et Ayrton sont malmenés. Le jeune garçon n’en peut plus. Comme à chaque fois, il court se réfugier dans sa chambre pour ne plus entendre son père hurler contre sa mère. Ce soir-là, le soir de trop, le soir où la main se fait lourde, le soir où ça dérape plus que d’habitude, il aperçoit sur son balcon, un chat qui ressemble trait pour trait au chat qu’il a dessiné au fusain et pour lequel il a eu 18. Il est fasciné, les deux bêtes sont identiques dans les moindres détails. Perdu dans sa bulle, Ayrton est persuadé que ses croquis ont le pouvoir d’exister. Ce matou tout droit sorti de son imagination est devenu réel. Alors suffirait-il de dessiner un nouveau papa pour faire disparaître le voile noir qui recouvre son quotidien ? Il sait que la magie existe quelque part, il le sait, il l’a tellement lu dans les livres qui parlent de supers pouvoir s! Ayrton veut se construire un héros bien à lui qui serait gentil, aimant, affectueux, un héros qui ressemblerait à son papa d’avant….

Papa de papier est un roman émouvant qui se lit d’une traite. La situation familiale est catastrophique. Il y a de la maltraitance physique et morale, un enfant pris dans ce tourbillon quotidien de violence, qui va se réfugier dans l’imaginaire et le dessin. Un sujet sensible traité à travers la voix d’un enfant d’une grande maturité, qui veut protéger sa maman si impuissante et aider son papa. Un père qui ne supporte pas d’avoir perdu son emploi, qui le fait subir à sa femme et à son fils. Une situation malheureusement trop fréquente, une maltraitance physique et morale aux lourdes conséquences.

Papa cherche du travail…et moi aussi ! , Régis Duffour et Philippe Godard

Avancer main dans la main

Résultat de recherche d'images pour La famille de Jade vient de déménager dans une jolie petite maison. Jade a onze ans et va au collège Nicolas-Flamel qu’elle adore. Elle a un petit frère, Léon et pleins de super copines ! Un soir, elle apprend que son père a perdu son travail. Jade s’interroge, car son père s’investit beaucoup dans son travail, comment a-t-il pu perdre son emploi ? L’usine dans laquelle il travaillait est délocalisée dans un autre pays, il s’agit d’un licenciement économique. Jade s’inquiète et a peur de voir sa famille se déchirer à cause de la perte d’emploi de son père, l’ambiance devient plus tendue à la maison. Surtout que sa mère est très inquiète car il faut continuer de payer les charges de la maison. Quant à Jade, elle craint de ne plus pouvoir continuer ses cours de danse et de ne pas partir à Mimizan pendant les vacances où elle souhaitait retrouver Antoine… Jade ne compte pas regarder sa famille s’effondrer à cause du chômage et décide de prendre les choses en main. Mais à onze ans, dans un pays avec des millions de chômeurs, la tâche s’annonce difficile. Jade va-t-elle réussir à aider son père à retrouver du travail ?

Un roman traitant un sujet d’actualité, à hauteur d’enfant, touchant de nombreux foyers, le chômage. Cet ouvrage commence par une phrase forte « Aujourd’hui, papa a perdu son boulot. » n’étant pas sans nous rappeler l’incipit de L’étranger d’Albert Camus : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. ». Comme si le chômage signait la perte de l’existence d’un individu, à l’image de la mort.

Les auteurs décident de se glisser dans la peau de Jade, onze ans, pour aborder cette problématique. Ce point de vu adopté permet de ne jamais rendre dramatique cette situation bien que certains aspects le sont. La peur de ne plus pouvoir répondre aux besoins des enfants, de devoir abandonner une maison tant désirée, de se trouver dans l’obligation de vendre sa voiture, de renoncer aux cours de danse, de ne pas pouvoir payer des vacances aux enfants… Une situation qui laisse une famille dans l’impuissance face aux coûts et aux coups de la vie.

Les auteurs évoquent aussi le sentiment ressenti, la peur de passer pour des « cas sociaux » dans un monde où le regard des autres devient préoccupant, à travers le personnage de la mère refusant que son mari ait recours à l’assistance sociale pour bénéficier d’une aide aux vacances. Entre le père et la mère, un débat prend forme sur ces questions de sentiment d’infériorité et de honte ressenti dans ces situations complexes à surmonter.

Un autre point sensible est abordé, celui de passer pour celui qui ne fait rien et qui ne cherche pas. Régis Duffour et Philippe Godard parlent de ce préjugé et n’hésitent pas à défendre l’idée que le travail se raréfie à travers un discours du père adressé à Jade. D’abord, ce sont les machines qui ont remplacé les humains puis les différences de coûts d’exploitation d’un pays à l’autre incitent les patrons à délocaliser, d’où la difficulté de retrouver rapidement un emploi après avoir perdu le sien pour des raisons économiques.

Cependant ce roman transmet un message fort, rien ne sert de se décomposer ou de se désunir face au chômage. La meilleure solution est de garder espoir et de se serrer les coudes, de continuer à partager des moments agréables en famille et de se soutenir dans cette épreuve difficile. Une lecture à proposer aux élèves dès la 6ème pour mieux comprendre et appréhender ce fléau touchant un grand nombre de familles.

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