Combien de pas jusqu’à la lune, de Carole Trébor

Le destin incroyable d’une femme hors du commun.

Katherine Johnson, depuis son plus jeune âge, adore compter :  » le nombre de pas pour aller à l’école […], le nombre d’enjambées jusqu’à l’église, le nombre de pommes cueillies dans le jardin, le nombre de champignons récoltés dans la forêt, le nombre de marguerites dans ses bouquets ». C’est une enfant curieuse, appliquée, qui a appris à lire avant même d’aller à l’école et a régulièrement sauté des classes. Son rêve, devenir scientifique !  Mais Katherine Johnson est une femme, et surtout, Katherine Johnson est noire… Nous sommes au début du 20ème siècle, dans une Amérique où la ségrégation raciale est encore inscrite dans la loi et le racisme très présent. Pourtant, jamais Katherine ne baissera les bras. Grâce à sa force et sa détermination, son intelligence et son altruisme, elle deviendra l’une des plus grandes mathématiciennes de tous les temps, travaillera pour la NASA, où on lui confiera le soin de vérifier les calculs des ordinateurs et le calcul de trajectoires de la mission Apollo 11 – celle qui conduira Neil Armstrong sur la lune.

Ce roman est avant tout une histoire de vie poignante. Pas besoin d’être fort en maths pour apprécier ce livre relatant le parcours incroyable d’une femme à l’intelligence extraordinaire, qui mit toutes ses compétences au profit de l’humanité, bravant les préjugés et le racisme avec une force de caractère extraordinaire. Il s’agit avant tout d’un récit de vie retraçant l’enfance, la jeunesse, l’adolescence d’une fillette combative, très humble et d’une intelligence supérieure : « Tu n’es pas meilleure que les autres et les autres ne sont pas meilleures que toi », voilà la phrase de son père qui aura guidé toute sa vie et aura fait d’elle l’une des plus grandes  mathématiciennes de tous les temps. Même si les mathématiques sont présentes dans ce roman, il n’est pas nécessaire de les comprendre pour s’intéresser à cette histoire. Car le message que cherche à faire passer l’auteur est plus dans l’intérêt des mathématiques dans l’histoire de l’Humanité que des notions de mathématiques à inculquer. C’est aussi un livre fort sur la condition féminine et sur la cause des Afro-Américains ainsi que la ségrégation raciale aux Etats-Unis au 20ème siècle. 

Aucune connaissance ne semblait certaine dans cette discipline [l’histoire], tout dépendait à chaque fois de la personne qui s’exprimait. Or cette subjectivité, qui rendait impossible toute vérité objective, ne lui plaisait pas du tout. Elle préférait les maths. Avec les maths, soit c’était juste, soit c’était faux. Il n’y avait pas de discussion possible. Tout se justifiait. Et une fois qu’elle avait trouvé la bonne manière de raisonner pour résoudre un exercice, elle savait que ça marcherait forcément pour tous les problèmes du même genre. Ce qui était très très rassurant. Pas comme l’histoire. L’incertitude, les multiples points de vue, les versions différentes d’un même événement, Katherine n’aimait pas trop ça. 

 

Un cours en maths appliquées, sais-tu ce que c’est ? |…]. Et bien, ce sont les maths qui servent dans d’autres domaines de la science, comme la physique ou la chimie. […]. Parce que, tu comprends, toute question physique peut être posée en termes mathématiques. […]. Les mathématiques sont le meilleur outil pour comprendre le fonctionnement  du monde ! s’emballa-t-il. Par exemple, la géométrie analytique permet de travailler des trajectoires et des accélérations dans l’aviation. Et si tu penses aux raisons pour lesquelles les atomes se regroupent et nous constituent, cela se traduit aussi en termes mathématiques. Pourquoi est-ce que nous ne nous dissolvons pas dans l’Univers ? C’est également exprimable via des équations.

Notre comité de lecture a découvert ce roman au Salon du livre de jeunesse de Montreuil en novembre 2019. Nous avons eu la chance d’assister à un échange avec Carole Trébor au sujet de ce livre. Il était précédé d’une lecture à voix haute passionnante de trois extraits par un comédien. Carole Trébor nous a ainsi expliqué ce qui l’avait intéressée dans le sujet de ce roman : la mère de Carole étant elle-même mathématicienne, elle savait qu’lele aurait un soutien concernant la compréhension du milieu mathématique lui-même. L’enjeu féministe l’intéressait aussi beaucoup, tout comme de découvrir les coulisses de l’institution américaine de la NASA. Historienne de formation, Carole Trébor a mis sa plume au service de ce témoignage sorti en septembre 2019 pour les 50  ans  de l’exploration lunaire. Si elle s’est servie de nombreuses sources pour se documenter au plus près de son sujet, elle revendique néanmoins le côté fiction de cette biographie romancée où elle a imaginée certaines scènes, certains propos de la vie de Katherine Johnson, tout en restant au plus près de son personnage. 

Un immense merci à Carole Trébor pour cette rencontre dont les élèves se souviendront longtemps. 

A voir : Les Figures de l’Ombre, biopic dont Katherine Johnson est l’héroïne et qui l’aura fait découvrir au grand public. Katherine Johnson est toujours vivante, elle a aujourd’hui 101 ans. 

La revanche des princesses, collectif d’auteurs

Sois belle et tais-toi ? Ça, c’était avant…

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1/ La princesse est en colère, d’Anne-Fleur Multon

Attention, méfiez-vous des princesses surtout quand elles sont en colère ! La princesse d’Anne-Fleur Multon fait du théâtre. Elle en a plus que marre d’avoir des rôles ennuyeux aux dialogues plus que niais. Elle se sent inutile. Elle veut jouer de vrais personnages, changer de costumes, vivre des aventures, avoir un vrai rôle. La voici décidée à faire bouger les choses. Elle erre alors à travers le théâtre pour crier haut et fort à qui veut l’entendre, tout  ce qu’elle a sur le cœur.

2/ # charming, d’Alice Brière-Haquet

Mathilde et sa classe visitent le centre pénitentiaire des princesses. Les princesses n’ont plus la cote et comme pour se rappeler de leur gloire passée, elles sont parquées dans une sorte de refuge pour princesses déchues. Un endroit super sécurisé mais dont les conditions de «détention» sont déplorables. Elles s’ennuient et ne semblent pas heureuses. Elles ne sont plus très nombreuses, presque en voie de disparition. Donc, pour sauvegarder l’espèce, il a été décidé de les mettre «sous cloche». Quel destin cruel pour celles qui ont fait les beaux jours des contes pour enfants. Elles qui resplendissaient, elles si sages et si coquettes ! Les voilà enfermées comme des animaux en cage. Mathilde n’a pas l’intention de se taire. Il faut que tout le monde sache ce qui se passe derrière ces murs. Elle est prête à tout, pour dénoncer cet emprisonnement.

3/ La princesse aux mille et un reflets, de Carole Trébor

Il était une fois un roi et une reine qui rêvaient d’avoir la plus belle des petites filles. Il faut dire que dans leur royaume tout le monde est beau, tout le monde se doit d’être beau. C’est le culte de la beauté avant tout. Mais voilà… ce qui aurait dû être le plus heureux des événements est vite devenu un cauchemar pour le couple royal. La reine a mis au monde une fille quelque peu particulière. Sa peau, ses cheveux, ses dents changent de couleur au gré de ses émotions et du duvet commence même à recouvrir son corps. Quelle honte ! Aucun remède miracle n’a été trouvé pour la guérir de cet état. Les parents prennent alors la décision de l’enfermer dans une tour. Elle y restera jusqu’au jour de son évasion. Mais où s’est enfuie la princesse  ? Que va-t-il lui arriver ?

   Une histoire qui commence comme un vrai conte mais qui va vite prendre une direction moins princière. Une histoire qui va traiter de la différence, de l’apparence physique qui reste pour certains encore un critère de réussite, de reconnaissance. Que fait-on alors quand on ne répond pas à ces codes ? La beauté est-elle la chose la plus importante ?

4/ La Belle et la Bête, de Clémentine Beauvais

Un roi, une reine, le désir d’être parents. Jusque là rien de très original. Sauf que madame la reine ne parvient pas à être enceinte. Quelle galère ! Elle qui veut une fille, belle, coquette. Bref la fille parfaite, mais pour l’instant rien arrive. Le couple royal à qui rien ne résiste, habitué à la réussite ne supporte pas cet échec. Mais bingo, au bout de trois ans, ça y est, la reine attend un enfant. La nouvelle est fêtée en grande pompe dans tout le royaume. Le jour tant attendu arrive mais quand le bébé pointe le bout de son nez, c’est l’effroi. Ce n’est pas une petite fille, ce n’est pas un bébé ordinaire……

5/ La flamme de cristal, de Charlotte Bousquet

Après la mort de sa mère, Ana et son père ont quitté leur village. Un village sous l’emprise d’un tyran, un village où la misère est présente. Sécheresse et famine se succèdent, appauvrissant les habitants. Beaucoup fuient vers la ville. Les années passent, le père d’Ana a trouvé du travail mais a perdu sa joie de vivre. Un jour, il fait la connaissance d’une femme dont il tombe amoureux. Elle déteste Ana et lui rend la vie impossible. Subissant la méchanceté de sa belle-mère, la jeune fille est obligée de partir, seule. Malgré de nombreuses péripéties, Ana va faire preuve de courage, prouver qu’une fille peut se battre et se montrer pleine de ressources quand il y a danger.

   Un joli conte qui sort du cliché de la princesse rêveuse, délicate et fragile.

6/ Tapisserie, jarrets dodus et dragon rugissant, de Sandrine Beau

Céleste est une princesse de quinze ans. Mais elle est très loin de l’image lisse, sage et sans relief de la fille de bonne famille. Plutôt intrépide, elle aime rire et surtout casser les codes de la royauté. Elle est rondelette, elle ne passe pas de temps devant le miroir. Ses préoccupations sont ailleurs. Son père est désespéré d’avoir une fille comme elle. Elle se moque du protocole et veut simplement vivre une vie ordinaire et joyeuse. Un jour, le roi lui fait comprendre qu’il serait grand temps qu’elle se marie. Quoi ? Un mariage, à quinze ans ! Ce n’est pas possible pour Céleste ! Oh la la c’est la cata… Une affiche est placardée dans le royaume, invitant tous les chevaliers à se présenter au roi, qui promet de donner sa fille à celui qui vaincra le terrible dragon. Comment Céleste va-t-elle réussir à sortir de ce pétrin ?

  Cette histoire est très drôle, emmenée par Céleste, la narratrice. La jeune fille est pétillante, moderne, face à un père très carré et empêtré dans les traditions. Ce conte met en avant l’image des princes auxquels tout est imposé. La princesse doit être belle et obéissante mais les princes n’ont pas trop leur mot à dire non plus. Ils n’ont pas forcément le choix de leur destin.

La revanche des princesses est un recueil de six contes engagés, détournés, qui cassent l’image lisse des princesses. Pourquoi une princesse ne pourrait-elle pas grimper aux arbres, jouer dans le boue..?

 

 

Libérez l’ours en vous, de Carole Trébor

Kolia, lycéen entrant en classe de 1ère L, a quitté sa Russie natale huit ans auparavant avec sa petite soeur, son père et sa belle-mère qui a imposé ce choix de vie à toute la famille. Sa mère était décédée dans un accident… Et il y a laissé là-bas un être qui lui était très cher : sa grand-mère, décédée d’un cancer voilà 4 ans… Maintenant, il vit en Ardèche. Tous ces événements de sa vie l’ont particulièrement marqué et l’ont rendu sensible et à fleur de peau.. Ses relations avec son père et sa belle-mère sont très conflictuelles et la seule chose qui lui permet de garder pied  est le club de théâtre du lycée dont il fait partie depuis longtemps avec ses amis Lisa, Cyril, Olivier, Natacha et les autres et qui est tenu par Patricia Valente, une professeur de français passionnée. Pourtant, en cette veille de rentrée, leur petit monde va s’écrouler : le groupe d’adolescents vient de recevoir un mail de leur professeur adorée : une grave maladie l’empêche de reprendre les cours à la rentrée. Elle en a au moins pour 6 mois de traitement mais ne veut pas les abandonner car ils avaient prévu de faire participer leur troupe au concours lycéen. Alors, elle a demandé au surveillant, Christophe, élève à l’école dramatique, de prendre le relais de club durant son absence et de monter Les Justes de Camus. Mais le projet va être bousculé. Le mari de Patricia leur propose de monter, en secret,  la pièce semi-autobiographique que Patricia a écrite : Merci l’ours… Il va falloir être prudent pour qu’elle ne se rende compte de rien, elle qui prend si souvent des nouvelles d’eux et de leur avancée dans la mise en scène de la pièce prévue.

Un roman sur des adolescents menant leur passion envers et contre tout, mais aussi un roman sur les relations familiales, souvent difficiles avec les parents mais privilégiées avec les petites soeurs, un roman sur la transmission, l’amitié, l’amour, l’exil.  Pour les passionnés de théâtre.

Et un grand merci à Carole Trébor pour sa dédicace !

U4. Jules, de Carole Trébor

Les experts

Nous sommes le 1er novembre et voilà quelques semaines déjà qu’un virus  a ravagé la population. Ce virus U4 tue en quelques minutes et dans d’atroces douleurs. Très vite, les autorités sont submergées par le nombre de décès et ne peuvent faire face à l’épidémie. L’électricité et les réseaux de communication sont coupés. Seuls quelques adolescents survivent inexplicablement, ils semblent immunisés. Pourquoi ?

Jules en fait partie. Il a vu périr 9782748516579_1_75ses parents et vit depuis quelques temps reclus chez lui sans oser affronter le monde extérieur. Il aperçoit les rues jonchées de cadavres par la fenêtre et l’odeur est de plus en plus pestilentielle. Mais il commence à manquer de nourriture. Il doit absolument sortir se ravitailler, trouver de quoi manger pour lui et pour son chat, Lego, ainsi que des piles pour sa lampe torche. Pour se donner du courage, le jeune homme entre dans la peau de Spider Snake, son avatar dans le jeu vidéo Warriors of Time (WOT pour les initiés). Il s’agit d’un jeu de stratégie et il avait acquis le rang d’expert. La veille de la coupure d’internet il avait d’ailleurs reçu un message de Khronos, le maître du jeu. Ce message mentionne la possibilité de remonter le temps afin d’éviter la catastrophe, rendez-vous est donné à tous les experts encore en vie le 24 décembre à minuit sous la plus vieille horloge de Paris. C’est l’espoir auquel s’accroche Jules, la seule chose qui le fait tenir !

Au retour de son expédition de ravitaillement, il va découvrir que son frère, Pierre, est bien vivant. Mais tout ce qui l’intéresse est de trouvé de la drogue. Il était déjà dépendant avant l’épidémie et il est à la recherche des bijoux de sa propre mère pour les troquer contre sa dose. Une altercation éclate entre les deux frère mais très rapidement, Pierre a le dessus. Jules n’est pas un adolescent très sportif et se reproche de n’avoir pas pu protéger ce qui restait de ses parents. Mais très vite, il va devoir prendre sous sa protection Dora. Il a trouvé la petite fille chez son grand-père, le médecin de l’appartement du dessous, elle a subsisté 3 semaines toute seule. Il considère la Minuscule, ainsi qu’il la surnomme, comme sa propre sœur et fera tout pour la protéger sans comprendre comment un si jeune fille a pu survivre alors que tous les autres enfants sont morts. Afin de la mettre en sécurité, Jules va rejoindre deux amis d’enfance, Jérôme et Vincent, qui vivent avec d’autres survivants quelques immeubles plus loin et ont établi une sorte de communauté.

A mon tour de chroniquer l’un des romans de la série U4. Le résumé et la première chronique de Mu (Koridwen) m’avait rendue impatiente de le lire. Un monde post-apocalyptique, où des adolescents doivent survivre …. alléchant ! Cela me rappelle Autre-Monde de Maxime Chattam. Et le procédé d’écriture (4 auteurs) m’a aussi interpellée. J’ai beaucoup aimé le personnage de Jules , sorte d’anti-héros : un jeune homme, un peu rond, passionné de jeux vidéos et mal dans sa peau. Bien qu’il essaye de se cacher derrière son personnage de Spider Snake, bien souvent la carapace se fissure et révèle les doutes et les faiblesses de l’adolescent. J’aime ce genre de héros auquel il est facile de s’identifier. Et comme le roman est écrit à la première personne, nous assistons à tous les dialogues intérieurs et aux questionnements (nombreux) de Jules qui a du mal à trouver sa place. Pourtant il va énormément évoluer : dans ses rapports aux autres, à sa famille, à ses amis, aux filles…. Je guettais aussi l’arrivée des 3 autres noms (Koridwen, Yannis et Stéphane) et leur rencontre avec mon héros pour découvrir leur personnalité. L’histoire révèle juste ce qu’il faut de leur histoire pour nous intriguer sans trop de précisions pour nous donner envie de lire les autres tomes. Même bilan que Mu s’agissant de la fin : avec un seul roman, nous n’avons de toute façon pas toutes les réponses ! Mais il y a une chose dont je suis sûre : c’est que cette tétralogie sera un succès parmi nos lecteurs qui l’attendent déjà avec impatience !