Ceux des limbes, de Camille Brissot

Menace intérieure

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Le monde est menacé par une infection qui ne cesse de s’étendre. La nature a pris l’ascendant sur l’homme, ne lui laissant aucune chance. Elle envahit les villes, la forêt encercle le Mont-Survie, qui sert de refuge aux survivants de l’épidémie. Cette montagne ressemble à une pyramide, véritable forteresse habitée par les miraculés. Séparés de l’extérieur par une porte, cette poignée d’hommes refonde une société qui a régressé, régie par des règles strictes. Le virus, responsable de ce chaos, est un champignon qui se transmet par le sang et la salive. On l’appelle le virus limbe. Les humains contaminés sont réduits, seules les fonctions vitales sont préservées. Ils s’assemblent en grappes et se déplacent en horde dans le but de transmettre la maladie. Leur peau est grise, leur chair momifiée. Et gare à celui qui les entend, leur cri est dévastateur. Leur voix insupportable pour le cerveau, crée un mouvement de panique pour celui qui l’écoute. Une sorte de chant des sirènes. Le limbe reste un être humain mais il faut le détruire pour sauvegarder la survie de l’espèce. Parmi les rescapés, deux jeunes adolescents, Naha et Otolan. Dès 15 ans, tous les jeunes doivent faire leur preuve en évoluant seuls dans la forêt pendant dix jours, dans le seul but de prouver qu’ils peuvent survivre dans ce milieu hostile, pris d’assaut par les limbes. Naha doit passer cette épreuve, Oto, lui, bénéficie d’une immunité. En effet, à l’âge de cinq ans, il a survécu à une horde de limbes. Il est devenu une sorte de héros mais attise également les jalousies. Chaque personne qui quitte le Mont-Survie emporte avec lui un venin. Une pilule blanche destinée à être avalée en cas d’attaque. La mort survient dix minutes après l’absorption du comprimé. Le jeune garçon amoureux, n’a pas l’intention de laisser Naha seule, face à son destin. En grand secret et au péril de sa vie, il décide de la suivre, bravant ainsi les règles établies par les maîtres de la communauté. Les jours qui se succèdent ne sont que meurtrissures et cauchemars. La forêt c’est la mort assurée, cette mort qui rôde, qui agrippe et qui enlace. Une expédition sous haute tension commence.

Ceux des limbes est un roman qui met l’homme face à la nature. L’être humain l’a toujours contrôlée, l’a toujours façonnée. Ici, la forêt si belle pourtant, est une menace oppressante qui envahit l’espace. Elle se rebelle. Le lecteur part pour une folle aventure, dans un nouveau monde sauvage où l’homme est une proie pour l’homme. Le royaume sombre des morts-vivants nous plonge dans une atmosphère surnaturelle. Les limbes sont en quelque sorte des zombies, personnages qui ont beaucoup été utilisés au cinéma ou dans la littérature, une sorte de réflexion sur la nature humaine. L’homme qui se veut maître du monde, qui veut tout contrôler se retrouve face à lui-même, victime de son acharnement.

Ceux des limbes est un récit rythmé, préservant un suspens soutenu jusqu’à la fin. L’écriture de Camille Brissot est fluide, précise et met le lecteur aux premières loges. Chaque page est une image dont on ne peut se défaire. Ceux des limbes est un roman qu’on ne peut pas lâcher, une belle histoire d’adolescents amoureux qui passent à l’âge adulte, sur fond d’apocalypse. Oto et Naha sont des personnalités fortes avec, et c’est rare, le personnage féminin qui est plus robuste que les hommes, qui s’impose. Camille Brissot m’a réconciliée avec ce genre de récit dont je ne suis pas fan à l’origine. Un véritable coup de cœur.

Sortie le 05 avril – A ne pas rater !

La maison des reflets, de Camille Brissot.

A jamais ici-bas.

1540-1Daniel, quinze ans, vit en 2062. A cette date, le monde n’a pas beaucoup changé mais certaines innovations technologiques ont permis la création et l’ouverture de « Maisons de départ » où évoluent les hologrammes de personnes décédées : leurs proches peuvent y venir leur rendre visite. Qui se priverait d’un peu – ou de beaucoup – de temps supplémentaire avec ceux qu’ils aiment, ou en tous cas leurs « reflets » ?

Ces copies presque parfaites des disparus, élaborées avec soin, accompagnent Daniel dans son quotidien. En effet, le garçon habite dans la maison de départ créée par son grand-père, la maison Edelweiss, dont il ne sort quasiment jamais, bien trop occupé à se préparer pour prendre la relève de son père à la conception des reflets. Pourtant, pour les beaux yeux bleus de Violette, il devra se confronter à la réalité et à la Ruche, l’intelligence artificielle à la tête de cette maison des illusions.

     Un roman d’anticipation très crédible qu’on ne lâche pas et qui sait nous surprendre jusqu’à la dernière ligne. 
     En accompagnant le héros dans son quotidien ainsi que dans ses réflexions, le lecteur est lui aussi confronté à des questionnements existentiels : jusqu’à quel point a-t-on le droit de jouer avec la vérité ? Doit-on accepter de laisser dans nos vies une place de plus en plus importante au virtuel ? L’illusion qu’il crée ne risque-t-elle pas de nous amener à renier la réalité et de rendre le mensonge acceptable ? 
     Aussi, en essayant d’anticiper les progrès technologiques, en initiant une réflexion sur le bonheur de demain et sur ses illusions, ce roman trouve parfaitement sa place dans le programme de Français de 3ème,  d’autant plus que son intrigue se déroule dans un futur très proche des élèves.

« C’est étrange : je devrais être en colère, ou au moins chamboulé par ces nouvelles révélations… Mais ça va. Peut-être que je ne réalise pas encore. Ou peut-être que les événements de ces dernières semaines m’ont déjà assez secoué, brisant définitivement ma carapace, pour me permettre de rebâtir. »

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