Juliette et Roméo, de Yves-Marie Clément

Nous pour la vie…

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Juliette, une adolescente de 16 ans, belle et riche, arrive en Guyane. Son père y est le directeur du centre pénitentiaire. Elle est promise à un sombre destin car elle va devoir épouser Rodolphe, un lieutenant de 15 ans son aîné. Elle ne l’aime pas. Le mariage arrangé par les familles est une véritable torture, un enfermement.

Roméo est un jeune bagnard de 22 ans, enfermé à vie, condamné à faire de pénibles besognes. Un bal est donné en l’honneur de Juliette dans la villa de la famille. Roméo et d’autres bagnards doivent s’y rendent pour faire le service. Au cours de la fête, le hasard met Roméo sur le chemin de Juliette. Tout bascule. Alors que tout les oppose, un amour impossible va lier les deux jeunes gens. La force de leur amour sera-t-elle suffisante pour vivre cette passion ?

Juliette et Roméo est l’histoire d’un amour interdit, une réflexion sur les différences, dans lequel s’entremêlent violences, trahisons et secret. C’est l’histoire de deux mondes radicalement opposés sur fond de paysage exotique, en pleine colonisation. Une réécriture de Roméo et Juliette de Shakespeare qui nous transporte dans des paysages idylliques qui contrastent avec un contexte sombre : la première guerre mondiale, les réalités des conditions du bagne. Par moment, l’auteur donne l’impression au lecteur d’assister à une pièce de théâtre, par l’utilisation d’un style d’écriture propre à ce genre littéraire. Le pari est réussi car on arrive à oublier la version originale de cette histoire.

Vipère au poing, de Hervé Bazin

Le visage de la haine

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Jean et Ferdinand Rezeau sont élevés par leur grand-mère paternelle, dans le domaine familial. Leur père, enseignant dans une université à Shanghai, vit avec sa femme et mère des enfants, en Chine. Le décès de l’aïeule contraint le couple à revenir vivre en France. Les garçons sont impatients de retrouver leurs parents surtout depuis qu’ils savent qu’ils ont un petit frère, Marcel qu’ils ne connaissent pas encore. Mais les retrouvailles ne vont pas être à la hauteur de leurs espérances. L’accueil de leur mère et de leur petit frère est glacial, seul le père manifestera un geste tendre. A ce moment, leur vie va prendre un nouveau visage, le visage de la haine et de la tyrannie. Jean qui est le narrateur sera le plus détesté des trois. La mère sera surnommée Folcoche, la contraction de folle et cochonne. Elle va faire vivre un véritable enfer à ses progénitures devant un père démissionnaire et dominé par son épouse. Elle veut tout gérer, tout imposer d’une main de fer. Un rapport de force va naître entre Jean et Folcoche, une guerre impitoyable va commencer.

Comment imaginer qu’une mère puisse se comporter comme un monstre. Sous prétexte de représenter l’autorité, jusqu’où peut-elle aller ? On reste pantois devant l’enfant qui subit mais qui reste debout. La haine entre une mère et son fils est si forte qu’elle nous transperce. La cruauté de cette génitrice dépasse l’entendement. Les enfants vont lutter, espérant en secret que leur marâtre meure et pouvoir en être enfin débarrassés. C’est une enfance privée de tendresse, marquée par les coups et les brimades. Au fil du temps, Jean va s ‘endurcir, il ne faut pas fléchir et tenir tête même dans la souffrance. Vipère au poing est avant tout un cri poussé contre l’éducation du moment. La souffrance, le désamour, les atrocités des actes sont ressentis d’une manière très forte par le lecteur. Un livre poignant qui fait partie des classiques, un incontournable. Pour moi c’est un coup de cœur qui date de mes années collège. J’ai vraiment été transportée par ce récit qu’on dit autobiographique. Cette histoire est violente mais reste d’actualité. La maltraitance, la cruauté de parents à l’égard de leurs enfants alimentent beaucoup trop de faits divers.

Il y a une suite, la mort du petit cheval où nous retrouvons Jean, adulte.

La mort du petit cheval, de Hervé Bazin

Madame mère a perdu…

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Jean a grandi, il a dix huit ans, mais reste marqué par tant d’années de tyrannie. Il va vivre loin des siens, chez un parent éloigné, où il découvrira ce qu’est l’affection. Mais Folcoche n’est jamais loin pour pourrir sa vie. Elle ne veut pas qu’il soit heureux. Jean va donc couper les liens avec sa famille et se lancer dans l’existence. Malgré des périodes difficiles, il est libre. Il va faire seul son apprentissage, découvrir l’amour, essayer de se construire une vie. Difficile quand les traces de violence sont encore là, quand l’esprit et le corps souffrent encore. Mais Jean se bat et résiste devant une Folcoche qui continue à montrer les crocs. Jean est adulte maintenant donc plus armé pour répondre aux bas coups de sa mère. Il va néanmoins se rendre compte qu’il est comme « elle », agressif et haineux parfois. Ceci va le bouleverser et lui faire peur donc il va réagir pour ne pas se forger un avenir véreux. Les portraits dressés par Hervé Bazin restent encore très acerbes mais on sent que Folcoche perd de sa puissance. La mort du petit cheval nous montre également qu’à l’âge adulte, l’être humain ne va pas forcément reproduire ce qu’il a vécu. Jean va savoir aimer, donner de l’affection.

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