La gloire de mon père, de Marcel Pagnol

« Ce n’est pas de moi que je parle, mais de l’enfant que je ne suis plus…. »

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La gloire de mon père est une autobiographie romancée de Marcel Pagnol. Des souvenirs d’enfance qui débutent dès la naissance de l’auteur. Marcel Pagnol né en 1895, décrit ses années à l’école, sa vie à Aubagne puis à Marseille. Plus exactement, il parle de ceux qui l’ont entouré. Son père Joseph, son héros, est instituteur et sa mère Augustine, qu’il aime plus que tout, est couturière.

Et puis il y a les vacances dans le village de La Treille en 1904 . Des vacances en Provence avec ses parents, ses deux frères et sa sœur, sa tante et son oncle, dans une maison de campagne la «Bastide neuve». Augustine étant de santé fragile, la famille a décidé, par la suite, de s’installer dans ce bourg pour qu’elle vive dans un endroit calme et agréable. La maison est vide et l’installation donne lieu à des situations cocasses. Elle deviendra vite la maison du bonheur, Marcel Pagnol y passera les plus belles années de sa vie.

Arrivés sur les lieux, Marcel et son frère vont tomber amoureux des paysages, des collines. Ils passent leur temps à observer la nature, à jouer aux Indiens. Ces vacances vont marquer à jamais le petit Marcel, notamment le jour de l’ouverture de la chasse. Son père, piètre chasseur, réussira à tuer un couple de Bartavelles. Un doublé qui sera fêté par tout le village et qui fera de son père un héros. De cet événement découlera le titre de l’ouvrage.

Marcel Pagnol a eu une enfance sans souci, attrayante car il n’y avait pas cette peur du lendemain. La vie est rude mais il y a du travail et chacun arrive à s’en sortir. La famille est unie. Le père prend une grande place dans ses souvenirs, un père qu’il admire tant, auquel il voue un amour si fort. Un père qui a quelques défauts mais qui le rendent si humain. La plume de l’auteur est légère et nous fait ressentir toute cette douceur, cette harmonie qui lie cette famille. C’est le point de vue d’un enfant aventureux sur le monde adulte qui fait de ce roman un pur régal. L’auteur a su nous transmettre son innocence, ses découvertes, ses émotions en gardant des mots d’enfant. C’est l’enfant qu’il a été qui parle et non l’adulte qu’il est devenu. Un tableau presque irréel tant tout respire la joie, la simplicité, la quiétude.

Quand j’ai lu pour la première fois ce roman, je suis partie en Provence avec Marcel Pagnol. J’ai emprunté les mêmes chemins escarpés, j’ai été éblouie par les mêmes paysages, j’ai senti les mêmes odeurs, j’ai pleuré, j’ai ri… Un récit émouvant, rempli d’émotions. Marcel Pagnol découvre son père, l’amour, le savoir. C’est un beau parcours initiatique de l’amour avec son père. L’adaptation cinématographique de Yves Robert, en 1990, m’a extrêmement charmée tant la restitution des couleurs et de la musique de Pagnol était forte.

A suivre le château de ma mère et le temps des secrets.

Poil de Carotte, de Jules Renard

Une enfance dans la tourmente

Je m’appelle François. Oui, j’ai les cheveux roux et sur ma peau des tâches de rousseur ! Et alors, à part ça, je suis un garçon comme les autres. Enfin presque… Est-ce pour toutes ces raisons que ma mère me rejette et me tiraille, est-ce pour toutes ces raisons que mon frère et ma sœur se moquent de moi ? Que dire de mon père… gentil mais indifférent. J’en ai marre de me coltiner les corvées  ! Marre de cette vie douloureuse et sans amour, marre de ne pas avoir ma place dans cette famille, marre d’être le vilain petit canard. A quoi bon vivre si mon existence ne change pas. Je demande simplement qu’on m’aime…..

Poil de Carotte est l’histoire malheureuse d’un petit garçon mal aimé, pas désiré et roux. La mère, personnage tyrannique, n’a de cesse de l’humilier et de lui confier les tâches les plus ingrates de la maison. Quelle enfance bafouée ! On ne peut que s’attacher à cet enfant en quête d’un amour familial et surtout maternel, inaccessible. Les relations avec son père sont bonnes mais celui-ci trop souvent absent, passe à côté du mal6être de son fils. Une souffrance qui ne laisse pas indifférent, forcément, une souffrance qui se manifeste aussi parfois par un comportement excessif, notamment quand Poil de Carotte se transforme en bourreau, quand il s’acharne à faire souffrir de petits animaux. On peut s’en offusquer mais est-ce réellement  sa faute ?

L’histoire est tragique mais on se prend à sourire par moment quand le jeune garçon essaie de tenir tête à sa mère. A noter que Jules Renard s’est inspiré de sa propre vie en écrivant Poil de Carotte. Dans sa jeunesse,  souvent  chahuté, il s’est  réfugié dans les études. Il a fondé une famille, il a eu deux enfants qu’il a élevés avec une grande affection et auxquels il dédiera Poil de Carotte.

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Etoile, 1. En piste, de Marie-Claude Pietragalla

La naissance d’une étoile…

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Dès l’âge de six ans, Marie-Claude Pietragalla veut faire des arts martiaux, elle coupe même ses peignoirs pour en faire des kimonos, au grand désespoir de sa mère. Elle habite à Paris, à proximité d’un centre sportif qui malheureusement ne propose pas de cours de judo ou de karaté, il n’y a que de la danse. Elle commence alors la danse sur les conseils de sa mère, pour canaliser son énergie. Mais après six mois, elle abandonne pour reprendre quelques temps après. Marie se prend alors très vite de passion pour cette discipline. Chaque jour, elle regarde son feuilleton télévisé préféré, l’âge heureux qui fait découvrir l’Opéra de Paris avec ses petits rats, la rigueur de la discipline, la jalousie et l’amitié. Elle a des étoiles plein les yeux. Elle aussi deviendra un petit rat, elle en est convaincue.

Marie tente alors le concours d’entrée à l’école de danse du Ballet de l’opéra National de Paris. Elles sont cinq cents candidates pour quarante places. La concurrence est rude. Mais Marie est bien décidée à donner le meilleur d’elle-même. Elle réussit, elle a à peine 10 ans. Elle réalise enfin son rêve mais ce n’est que le début d’un long et pénible parcours, fait d’embûches et de travail acharné. En piste dévoile les premiers pas de Marie-Claude Pietragalla avec le concours d’entrée, le commencement d’une nouvelle vie pour elle et les craintes et les sacrifices que cela va engendrer pour ses parents. On suit donc l’histoire d’une petite fille timide mais énergique pour laquelle la danse va être une réelle révélation.

Un joli roman qui enchantera tous les passionnés de danse. Des personnages attachants, notamment les nouvelles amies de Marie qui sont très importantes pour la jeune fille. Elles apportent de l’humour et une fraîcheur qui fait du bien et qui contrastent avec la jalousie et la méchanceté de certaines, dont une en particulier, qui ne doit sa place qu’à son nom. C’est un très bon récit initiatique, agréable à lire, qui nous charme même si ce monde nous paraît totalement étranger. Nous partageons les débuts de celle qui deviendra une légende de la danse classique. C’est une série de six volumes qui nous montreront qu’avec de la persévérance on peut y arriver. Il faut être curieux, pousser les portes, cultiver son rêve et ses espoirs. Il faut croire en son étoile…

L’enfant, de Jules Vallès

julesDouleurs d’enfance

 Jacques Vingtras, c’est l’enfant. Jacques Vintgras c’est Jules Vallès. On notera au passage que l’auteur a donné à son personnage un prénom et un nom avec les mêmes initiales que lui. Un récit hautement autobiographique qui relate toutes les douleurs d’une enfance bafouée. Il a été humilié, battu et au fur à mesure que les années passent, les blessures grandissent. Jules Vallès dira « je saigne en dedans.. ». La mère, une paysanne autoritaire et violente défoule ses sautes d’humeur et sa colère en le frappant. L’enfant est comparé à un tambour. Mais il se persuade que la cruauté de sa mère est normale et que c’est pour son bien. Il n’ose pas se plaindre par crainte de représailles maternelles. Il est battu tous les jours, image d’une éducation qui ne veut pas d’enfants gâtés. Les parents l’aiment mais ils ont tellement peur qu’il n’y arrive pas, que la vie soit pour lui aussi injuste que pour eux, qu’ils lui infligent de mauvais traitements persuadés de lui donner le meilleur enseignement. Après avoir été surveillant, son père devient professeur dans un collège. La famille déménage au grès de ses affectations. Les seuls moments où le jeune garçon trouvera repos et bonheur seront ceux passés chez sa tante et son oncle pendant les vacances. Des instants loin de ses parents, une source de quiétude à la campagne. Jacques est pris entre deux sentiments. D’un côté, il déteste ses parents pour ce qu’ils font mais les aime malgré tout car il comprend pourquoi ils agissent ainsi. Pour être une bonne personne, il faut être battu. C’est tellement pathétique. Et pourtant, Jacques leur pardonne et justifie leurs actes par une situation financière difficile et préoccupante.

Jules Vallès parle de sa vie mais, à travers elle, il parle aussi au nom de tous les enfants qui ont connu le même calvaire.

À tous ceux qui crevèrent d’ennui au collège ou qu’on fit pleurer dans la famille, qui, pendant leur enfance, furent tyrannisés par leurs maîtres ou rossés par leurs parents, je dédie ce livre »

Cette dédicace, très percutante, est un message d’espoir pour tous ces enfants martyrs, ces souffre-douleurs. On peut se demander si cette maltraitance n’a pas nourri petit à petit les révoltes futures de l’auteur.

La promesse de l’aube de Romain Gary

A ma mère…

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La promesse de l’aube est un roman autobiographique dans lequel Romain Gary dresse le portrait de sa mère, une russe juive, Mina Kacew. Une mère hors norme, extravagante, battante, intransigeante, exigeante, une mère aimante. Une mère dévouée à son fils, qui ne vit que pour lui, voyant pour lui un avenir glorieux. Un amour sans borne, un amour démesuré, un amour fusionnel, un amour éprouvant, trop lourd à porter pour ce petit garçon, dont le seul but dans la vie sera de ne pas décevoir sa maman. Romain est élevé par sa mère, qui a fui la Russie. Une enfance pauvre mais durant laquelle il ne manquera de rien.Très courageuse, Mina fait toujours en sorte de trouver les moyens de s’en sortir, elle veut que son fils s’élève au-dessus de la médiocrité, qu’il devienne quelqu’un de respectable, quelqu’un dont le monde parlera. Elle émigre en France, à Nice. Elle a beaucoup d’ambition pour lui, une ambition sans limite. Elle trace la voie et lui, doit y sceller ses pas. Elle lui façonne une vie, lui inculque également l’amour de la France. Ce gamin n’a pas le choix et durant toute son existence, il fera ce que sa mère exige de lui, même au péril de sa vie. Romain Gary a eu une vie extraordinaire grâce à cette femme qui l’a porté à bout de bras. Il a vécu pour accomplir les rêves immenses de sa mère. Il l’admire et il est prêt à tout pour elle. Il faut qu’il soit le héros qu’elle espère qu’il devienne.

La promesse de l’aube, un roman fort, bouleversant, un amour dévorant qui fera de l’auteur la personne que l’on connaît. Une belle histoire qui fait sourire, qui fait pleurer. Une fin qui nous serre les tripes. Un tandem auquel on s’attache, avec lequel on aurait encore aimé faire un bout de chemin. Que dire de cette mère, cette force inépuisable, ce courage à tout épreuve, son fils le combat de sa vie, cette mère qui aura mis son existence à faire que son petit gars devienne quelqu’un de bien, de célèbre. Epoustouflante d’énergie, de volonté… Avant d’être Romain Gary, il est Roman Kacew, un fils qui donnera tout à sa mère, conscient de son sacrifice, il fera tout pour lui faire honneur.

Comment peut-on se construire lorsque la mère est si présente, si étouffante? Y a-t-il de la place pour une autre femme, tant l’amour de cette mère a été fort ? Une adaptation cinématographique sortie en décembre 2017 m’a donné envie de lire ce roman. J’ai été totalement captivée et émue par l’un et l’autre.

J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir, de Christine Arnothy

Le droit à la vie…

Afficher l'image d'origineChristine Arnothy a quinze ans en 1945. Elle est Hongroise, issue d’une famille bourgeoise, elle doit vivre dans une cave pour se protéger des nazis venus occuper la ville.

C’est le témoignage poignant et émouvant d’une adolescente qui ne veut pas mourir. Trop jeune pour que sa vie s’arrête, trop jeune pour vivre les atrocités d’une guerre. Elle a dû rester enfermée pendant deux longs mois. Les rares moments où elle pouvait sortir c’était pour aller chercher de la nourriture et là elle voyait la dure réalité des combats en marchant entre les cadavres de chevaux et d’hommes.

A la libération, le calvaire a continué puisque les sauveurs vont être plus cruels que les Allemands. Christine et sa famille vont devoir fuir leur pays quelques années après et trouveront asile en Autriche dans un camp de réfugiés. Christine trouvera son salut en travaillant en France comme nurse mais elle enchaînera les galères. D’ailleurs elle écrira une suite « il n’est pas si facile de vivre », où on sentira que sa reconstruction est difficile car marquée à jamais par toutes les atrocités qu’elle a vécues. Elle a vingt ans. Elle veut partir en France. Elle est étouffée par la présence de ses parents et elle décide de mener sa vie seule.

J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir raconte la guerre sans critique politique, le récit est dramatique et nous montre toute la cruauté des combats. Les scènes violentes ensanglantent la jeune fille qui s’accroche à ses lectures pour ne pas sombrer. Elle avait emporté un livre de Balzac et de Dickens. Elle n’a que quinze, elle ne peut pas mourir..Elle est jeune, la guerre ne peut pas l’arracher à la vie .. La guerre qui lui a volé son adolescence ne peut pas non plus la détruire..

Tout son témoignage repose sur ce qui se passe autour d’elle mais ne s’étend pas aux combats, c’est le récit de son quotidien dans cette cave.

Le lecteur va se rendre compte aussi que tout peut devenir malsain et désordonné après la guerre.Les gens souffrent et essaient de survivre en pillant, en devenant méchants à leur tour. Il n’y a plus de code moral, c’est l’instinct animal qui prend le dessus.

quelques passages :

….. »Dans l’intervalle, entre les coups directs atteignant la maison, je pensais à mon livre, me disant que, même s’il restait intact, je ne connaîtrais jamais la fin du roman, puisque tous en bas, dans cette cave, nous allions mourir «

« les jours se traînèrent. Nuits de cauchemars, combat contre un monde de fantômes. Mon pays de rêve s’était évanoui. Le sommeil ne me menait plus vers l’apaisement, mais vers les paysages lunaires du mal et de l’horreur »

« une âpre fierté m’envahit à l’idée qu’à quinze ans, j’allais mourir d’une mort de grande personne »

Là on sent que Christine grandit et mesure combien la situation est grave. Plus d’espoir de s’en sortir…

La première partie s’achève sur cette phrase de Christine :

« Comme ce serait bon de naître »

La jeune vie de l’adolescente n’est faite que d’angoisses, d’atrocités, de scènes d’horreur. Elle n’a que quinze ans et elle est fatiguée ….Fermer les yeux, faire comme si rien ne s’était passé, commencer à vivre…avoir l’esprit vide…

II faut savoir que Christine Arnothy a fui en emportant son journal cousu dans son manteau. J’imagine que si il avait été découvert elle n’aurait pas survévu à ces écrits..

Elle a eu une vie très dure mais elle a toujours affronté les difficultés pour pouvoir un jour réaliser son rêve: écrire son livre. Elle veut devenir écrivain donc elle doit s’en sortir et je pense que le but qu’elle s’est fixée va l’aider malgré tout à se battre et à espérer.

J’ai lu cette autobiographie quand j’avais l’âge de l’auteur et je dois dire que son histoire m’a émue, touchée. J’étais adolescente, j’avais le même âge que Christine donc je me suis identifiée totalement à elle . J’ai reçu son témoignage comme une confidente et je l’ai accompagnée pas à pas dans toute ses périodes de galères. On vit la guerre de l’intérieur, à travers une adolescente qui a toute l’innocence de son âge et qui va vite grandir . On peut faire un léger parallèle avec « le  journal d’Anne Frank » adolescente de treize ans, qui aura moins de chance car elle décèdera du typhus dans un camp de concentration.

Ces deux jeunes filles ont abordé l’atrocité de la guerre et leurs ouvrages constituent de précieux témoignages. Toutes les deux voulaient devenir écrivains.

Je conseille également de lire « il n’est pas si facile de vivre » qui se termine ainsi et résume l’état d’esprit de Christine qui a peut être enfin trouver la paix…

…. Moi je trouve que c’est naturel. Je voulais nourrir mon enfant, je voulais lui faire boire ma vie…. C’est l’accomplissement miraculeux. C’est le bonheur. Tout le bonheur ?….

Lisez ce livre sans modération…

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Jamais sans ma fille, de Betty Mahmoody

Demain avec toi….

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Betty est mariée à Moody un médecin d’origine iranienne. Ils ont une fille. Mais au bout de quelques temps des crises conjugales éclatent, liées en partie par des tensions politiques qui naissent entre l’Iran et les Etats-Unis. Alors que leur couple est fragilisé, Moody demande à son épouse de venir avec lui en Iran pour faire connaissance avec sa famille. Méfiante, celle-ci hésite mais pour favoriser une réconciliation, elle accepte. Ils s’envolent tous les trois. Nous sommes en août 1984…

Je me dis que je suis en train de commettre une erreur, que je voudrais pouvoir sauter de cet avion à la minute. Je m’enferme dans le cabinet de toilette et jette un oeil dans le miroir, pour apercevoir une femme au dernier stade de la panique. Je viens tout juste d’avoir trente-neuf ans, et à cet âge une femme devrait avoir sa vie en main. Je me demande comment j’ai pu en perdre le contrôle…

Arrivée sur place, Betty ne peut que constater le changement d’attitude progressif de son époux qui lui annonce qu’elle ne partira jamais d’Iran, que sa vie est désormais là. Sa belle famille lui est hostile et influence Moody bien déterminée à la faire prisonnière. Devant sa résistance, le mari va devenir violent, l’enferme, la bat, la prive de sa fille. Pour avoir la paix et préparer sa fuite, elle joue la femme soumise subissant humiliations, séquestrations pendant deux ans. Betty va alors mener un combat incessant pour fuir ce pays où la femme, privée de libertés, n’est pas reconnue.

Chaque détail de ma vie quotidienne est axé sur le grand but. je suis déterminée à me montrer une épouse et une mère aussi exemplaire que possible. Pour trois raisons. La première est de consolider l’illusion de bonheur et de normalité, de façon à ôter tout soupçon de Moody. La seconde est de faire plaisir à Mahtob et d’éloigner de son esprit l’idée qu’elle est prisonnière.

Parfois elle demande :
– Est-ce qu’on pourra retourner en Amérique, maman ?
– Pas maintenant. Peut-être qu’un jour, dans l’avenir, papa changera d’idée, et nous irons tous les trois.
Ce genre de mensonge soulage un peu sa tristesse, mais pas la mienne.
Ma troisième raison de créer un foyer « heureux », c’est de me préserver moi-même, de ne pas devenir folle.

Jamais sans ma fille est un récit autobiographique bouleversant qui nous fait partager toutes les horreurs infligées à Betty, contrainte de respecter les règles imposées par son mari. Leur petite fille, Mahtob, fréquente une école qui la détourne de sa culture américaine. Betty est terrorisée et se rend coupable de la situation. Elle n’aurait jamais dû accepter de partir, elle aurait dû écouter les mises en garde qui lui avaient été faites. Ce qui est bouleversant est de se dire que cette histoire est vraie, qu’elle a été vécue par une femme qui n’a eu de cesse de se battre pour retrouver la liberté. Une liberté en demi teinte car encore aujourd’hui Betty vit sous un nom d’emprunt par peur de représailles. Jamais elle n’a pensé partir sans sa fille, elle a toujours persévéré pour s ‘en sortir à deux. Le lecteur se sent désarmé face à une telle souffrance et ne peut partager que la douleur et les angoisses d’une femme si combative.

Ce récit ne dénonce à aucun moment la façon de vivre des Iraniens, Betty n’émet aucune critique envers le peuple. D’ailleurs elle a pu s’évader grâce à l’aide d’hommes ou de femmes de Téhéran. Betty est une femme courageuse qui se bat pour elle, pour sa fille mais aussi pour sa famille notamment pour son père qui est mourant…

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