Une petite lumière pour la nuit, de Lisa Thompson

En pleine nuit, Nate est réveillé par sa mère. Ils doivent prendre la route, rapidement… Ils fuient Gary,  le beau-père violent qui les martyrise psychologiquement depuis des mois. Nate et sa mère trouvent refuge dans une vieille maison isolée et abandonnée, à la lisière d’un parc de château. Ils venaient là en vacances, il  y a des années, lui rappelle sa mère… La maison appartenait à William, un ami de sa grand-mère, jardinier au château. Ils vont devoir s’adapter à ces nouvelles conditions de vie, se cacher le temps d’être sûrs que Gary ne les retrouve pas. Après avoir tenté de rendre la maison délabrée à peu près vivable, la maman de Nate décide de s’absenter le temps d’aller faire quelques courses… Pendant ce temps, Nate doit entretenir le feu, seul moyen de chauffage en ce mois d’hiver particulièrement rigoureux. Mais sa maman tarde à revenir, les minutes passent, puis les heures, bientôt les jours… L’angoisse monte…  Sa maman est-elle retournée vivre avec Gary, l’a-t-elle abandonnée ici ? Nate décide alors de prendre son courage à deux mains et sortir explorer les alentours. Dans le parc du château, il rencontre Kitty, la jeune voisine, qui l’embarque dans une drôle de chasse au trésor… Nate va-t-il trouver le moyen d’affronter sa peur de la solitude et du noir ? Comment va-t-il faire pour puiser en lui les ressources nécessaires pour surmonter cette terrible épreuve ? 

Un roman qui combine de nombreux genres avec beaucoup d’aisance : récit de vie sur la violence familiale, aventure, fantastique, récit initiatique d’un enfant qui doit prendre en main son destin avec courage et détermination. L’ami imaginaire de Nate, qui apparaît lorsque sa mère disparaît, est la matérialisation de la volonté de l’enfant de s’en sortir, le moyen d’affronter sa solitude et d’être capable de prendre les bonnes décisions. Plusieurs histoires s’imbriquent qui laissent ce récit sans aucun temps mort et permet à tout lecteur de trouver son compte : la chasse au trésor dans l’immense parc du château, avec ses recoins et son labyrinthe, la relation entre Nate et son ami imaginaire, sorte de psychothérapie personnelle, le passé avec l’histoire du château et de ses habitants, des drames qui s’y sont joués. Et l’histoire de Nate et de sa mère…

La description de la violence psychologique vécue dans le foyer est particulièrement réaliste pour qui connait ce sujet si délicat : le beau-père est passé au fil des mois de l’homme parfait, qui fait croire à Nate et à sa mère que tout est à nouveau possible, à un véritable monstre. Mais les choses sont invisibles de l’extérieur : tout se fait une fois la porte fermée, ou sous couvert de bienveillance, et les amis démissionnent au fur et à mesure, sans véritablement se rendre compte du pourquoi. Les victimes sont alors isolées et ont de moins en moins l’énergie de se défendre. C’est souvent là que le drame arrive. Mais la maman de Nate a eu le courage de fuir, probablement poussée par un instinct de survie et par son amour maternel. 

Un très beau roman et un petit coup de coeur !

Je m’appelle Budo [je suis l’ami imaginaire de Max depuis cinq ans, c’est lui qui m’a inventé, c’est ainsi que je suis né], de Matthew Dicks

Un ami imaginaire

Je m'appelle Budo par DicksJ’aime les titres à rallonge de certains romans qui sont comme un résumé de l’histoire par son auteur ! Ici, Budo, est l’ami imaginaire d’un enfant autiste de primaire (même si le nom de la maladie n’est jamais citée), Max, dont le père refuse d’accepter la vérité… On suit l’évolution du personnage, son quotidien et ses « relations » à l’autre à travers les yeux de cet être imaginaire créé par l’enfant et le point de vue en est très original : un texte à la première personne raconté par un personnage qui n’existe pas vraiment mais qui est témoin des événements qui se déroulent ! Cela permet d’aborder l’autisme et d’en décrire de nombreux aspects d’une manière très crédible et à la fois assez surprenante. Pourtant, lorsque Max disparaît (à un tiers du roman environ), ce récit de vie prend tout à coup une tournure insolite, entre thriller et drame. Budo, l’ami imaginaire était présent ce jour funeste, et lui qui avait toujours peur de disparaître dès lors que Max n’aurait plus besoin de lui, voit son « maître » disparaître. Peut-il survivre seul ? A-t-il les moyens de le sauver ? Le roman devient dès lors enquête policière et suspens.

Un récit vraiment insolite et fort, qui  montre la force de l’imaginaire pour se sortir de situations difficiles du quotidien, mais aborde aussi des thèmes comme la différence, l’amitié, le courage. Les personnages – imaginaires ou non- sont attachants, en particulier Mme Gosk, l’institutrice. Intéressant.

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