Toufdepoil et La folle cavale de Toufdepoil, de Claude Gutman

Toufdepoil, de Claude Gutman

Quand la belle-doche débarque….

toufdepoil.jpg

Bastien est un jeune garçon qui vit avec son père. Sa mère les a laissés pour partir vivre dans le midi. Bastien ne la voit presque plus. Le quotidien s’organise alors à deux. Le père et le fils font beaucoup de choses ensemble, partagent tout. A chacun de ses anniversaires, Bastien reçoit un cadeau de sa mère. Un jour, un colis énorme arrive et quelle n’est pas sa surprise de voir sortir un chien plein de poils ! Le jeune garçon est fou de joie et lui donne immédiatement comme nom « Toufdepoil ». Tout semble respirer le bonheur jusqu’à l’arrivée de Céline, la nouvelle copine de son père.

Toufdepoil est un roman jeunesse touchant et attendrissant, comme notre petit héros Bastien. Une histoire d’amitié entre un jeune garçon et son chien, qui essaie de trouver la lumière au beau milieu de querelles d’adultes. Toufdepoil c’est aussi le divorce des parents, la présence d’une belle-mère qui va vite devenir une ennemie, un père dépassé par la situation. Il est nécessaire de lire la folle cavale de Toufdepoil qui est la suite des aventures de Bastien.

La folle cavale de Toufdepoil,  de Claude Gutman

LA FOLLE CAVALE.jpg

L’ambiance à la maison est toujours aussi tendue avec une belle-mère qui ne fait toujours pas de concessions et qui ne cessent d’imposer ses choix et ses  volontés.

 

Russian express, d’Alain Bellet

Youri Serkovitch, jeune adolescent délinquant, gamin des rues « victime de la pauvreté endémique et de l’abandon familial » est poursuivi par la police moscovite. Il est accusé à tort de meurtre, coup monté de la bande organisée du puissant clan des Tataianov avec qui il s’était acoquiné. Il n’a d’autre choix, pour espérer survivre, que de s’enfuir. Il choisira de traverser la Russie, par le Transsibérien jusqu’à Vladivostok aux confins de la Sibérie, dans l’espoir de retrouver peut-être sa mère qui l’a abandonné. Mais ce ne sera sûrement pas dans un wagon de 1ère classe, ni même de troisième qu’il voyagera, mais sous un wagon,  blotti contre les boggies des roues. Il faut qu’il tienne dans des conditions physiques insoutenables, sans nourriture ni eau, le corps meurtri, luttant contre le sommeil pour ne pas tomber. Au détour d’une gare, sa décision de monter à bord, malgré les dangers que cela implique risque de changer son destin…

Un roman qui traverse la Sibérie comme un destin… Les pensées de Youri, à la typographie différente dans le texte, sous le wagon, se mèlent aux paroles des voyageurs au-dessus de lui : réflexions sur ce qu’est devenu cette Russie post-soviétique, instable, qui ne sait que faire de ses enfants des rues, le quotidien du peuple travailleur ou le folklore des trains russes, apartés littéraires sur Pasternak ou Tchékhov, rappels de la période soviétique avec les Russes blancs ou l’Armée rouge. Quelques fantaisies typographiques également nous rappellent l’alphabet cyrillique : KpacHbIe BopoTa (lisez : krasnié varota, nom d’une station de métro à Moscou ) ou Mockba (lisez : Moskva, nom de la ville de Moscou en russe) ou quelques mots aux consonnances  exotiques égrènent le texte : provodnitsa ( la responsable du wagon dans le train) ou babouchka (la grand-mère, la vieille dame) et en font un thriller documentaire à travers la Sibérie, en découvrant l’Oural, la Volga et  les bulbes de ces églises typiques de la Russie.

Cabot-Caboche, de Daniel Pennac

Un chien pour la vie

chien.jpg

Cabot-Caboche, c’est l’histoire très touchante d’un chien qui décide de trouver des maîtres, après avoir été abandonné. Des maîtres capables de l’aimer, de l’entourer de tendresse. Il va rencontrer Pomme, une petite fille qui fera des pieds et des mains auprès de ses parents pour avoir cet animal. Un caprice en réalité, car elle va vite s’en désintéresser. Alors, retour à la case départ pour le chien ? Comment v -t-il s’y prendre pour apprivoiser la petite fille et enfin trouver sa place au sein de la famille ?

Ce chien n’est pas beau, mais il est intelligent et très affectueux. Il n’a pas de nom, on l’appelle Le Chien. Il a déjà vécu beaucoup de choses difficiles dans sa vie. Il aspire maintenant à trouver un foyer qui lui apportera amour et réconfort. Il a un regard juste et profond sur le monde humain. Un regard qui met l’accent sur le problème de l’abandon d’un animal et de son adoption. Certains maîtres se rendent compte, trop tard, qu’avoir un chien demande du temps, de la disponibilité. C’est un engagement que certains réfutent et qui mène au désastre. Voyez en période estivale le nombre d’animaux qui sont laissés pour compte au bord des routes ou tout simplement ramenés dans les refuges qui ne font plus face. Le message est clair, un chien n’est pas un objet, il faut bien réfléchir avant de s’engager. Les parents ne doivent pas céder aux caprices de leurs enfants et leur expliquer avant tout qu’avoir un animal c’est s’engager à lui donner de l’amour et surtout de bons soins.

Un bon moment de lecture, un moment de tendresse et de réflexions qui invite à se poser les vraies questions et qui, j’espère, aidera à changer les comportements. Un roman plein de sensibilité, de valeurs qui parle de la vie, de la mort, de la maltraitance sans tabous.

Le bureau des coeurs trouvés, 1. Lexie Melody, de Cathy Cassidy

Le bureau des cœurs trouvésLexie MelodyLexie est une jeune fille qui vit en famille d’accueil. Sa mère a disparu alors qu’elle avait 9 ans. Elle décide de monter un groupe de parole, les Lost and found ( traduction littérale =perdu et trouvé). Un quiproquo fait que ce groupe de parole devient… un groupe de musique ! Et va emmener nos jeunes vers des aventures au-delà de leurs rêves

Vont-ils réussir à sauver la bibliothèque qui les a accueillie et menacée de fermeture ? Lexie va-t-elle retrouver sa maman ?

 

J’ai aimé ce livre qui parle de manière positive et enthousiaste d’amitié et de dépassement de soi. Il met aussi en avant le fait qu’il ne faut pas juger les gens trop vite. Chacun peut avoir des problèmes et il faut chercher à comprendre l’autre avant tout.

Un roman frais et acidulé à l’image de la couverture, ce qui ne l’empêche pas d’aborder des thèmes graves et profonds.  Il est peut-être plutôt à destination des lectrices  dès la 6ème.

Ce qui ne m’empêche pas d’attendre avec impatience le tome 2 !

Cathy Cassidy est de toute façon une incontournable des rayonnages des CDI de collège et chacune de ses nouveautés est toujours un événement attendu !

Nathalie, parent d’une ex-dévoreuse de livres d’Arsène !

Torsepied, de Ellen Potter

Les désastreuses aventures des enfants Cherchemidi

Torsepied par PotterIls sont trois enfants : Otto,  13 ans, un jeune garçon étrange, Lucia,  qui a soif d’aventures et Max, 10 ans, qui croit toujours savoir tout sur tout. Depuis que leur mère a disparu sans laisser de nouvelles, les rumeurs vont bon train dans la petite ville de Petit Corniflard. Leur père ne serait-il pas un assassin ? Ou Otto, cet enfant bizarre qui, depuis la disparition de sa mère, ne quitte plus ce foulard qu’il a autour du cou et qui a arrêté de prononcer la moindre parole ? La famille vit avec ce poids, et lorsque leur père, peintre de hauts personnages tombés en disgrâce, doit s’absenter pour raison professionnelle, il confie ses enfants à la seule personne du village qui accepte de s’occuper d’eux : l’horrible Mme Carnival. Mais un jour, leur père leur propose d’aller plutôt passer ce séjour chez sa cousine Angela, à Londres… Mais suite à un quiproquo, ils se retrouvent à la rue. Ils n’ont d’autre choix que de se rendre à Somnol-sur-Mer  où  habite une grand-tante qu’ils ne connaissent pas mais dont ils avaient lu l’adresse sur un courrier postal. C’est le début d’une aventure des plus étranges, ayant pour cadre un lieu surprenant, « la folie », réplique miniature d’un château voisin, et dans laquelle ils vont croiser toutes sortes de personnages des plus excentriques.

Un peu gothique, à la lisère du fantastique, à l’image de cette première de couverture particulièrement réussie, ce roman saura, je n’en doute pas, séduire bon nombre de lecteurs. Le narrateur (on n’est pas sensé savoir lequel des trois enfants – mais on le devine très rapidement) prend régulièrement à partie le lecteur dans le déroulement de l’histoire ou dans les ficelles d’écriture ce qui rend le texte très vivant. Les personnages sont attachants et l’histoire, rocambolesque -ou plutôt étrange et atypique- assez prenante. La fin est particulièrement réussie et donne toute sa profondeur au récit (ne regardez la liste des mots-clés qu’une fois la lecture finie, au risque de spoiler le texte !). Un mélange des genres très réussi et une lecture bien agréable. Ah, vous vous demandez pourquoi ce titre a été donné ? Et bien, je ne vous révélerai rien du tout ! A vous de lire ! Encore une fois, bravo aux éditions Alice dont nous avons déjà chroniqué quelques titres de qualité dont notre coup de coeur On n’a rien vu venir.

L’affaire Jennifer Jones, d’Anne Cassidy

Enfance meurtrie

Alice Tully, jeune femme de 17 ans, est serveuse dans un bar. Elle vit chez Rosie, assistante sociale. Depuis quelques temps, elle s’intéresse beaucoup aux articles concernant la libération après 6 ans d’emprisonnement, d’une enfant-meurtrier du nom de Jennifer Jones. Et pour cause, Jennifer Jones, c’est elle. Pour avoir une chance de refaire sa vie, elle a été libérée six mois avant l’annonce officielle de sa libération. Cela devait lui laisser la possibilité de s’installer incognito dans une nouvelle ville, dans une nouvelle vie, loin du passé. Mais ce passé va bien vite la rattraper avec l’arrivée en ville d’un détective privé qui fouine partout en brandissant une vieille photo d’elle.

Ce livre, vivement conseillée par une élève du collège, est intéressant du point de vue du thème de l’enfant-meurtrier, très peu voire pas abordé en littérature jeunesse. Ce qui intéresse l’auteur n’est pas tant l’enquête en elle-même, puisque celle-ci est terminée depuis longtemps lorsque commence le récit. En cela, le roman s’apparente plus à un récit de vie qu’à un roman policier. Les chapitres alternent entre la vie actuelle de « Alice Tully » et son passé jusqu’au moment du meurtre. La grande réussite du roman du point de vue de l’intrigue est de ne révéler l’identité de la victime et les circonstances du drame que vers la fin. D’ailleurs, Jennifer Jones est-elle réellement coupable ? D’un hyperréalisme assez cru, les faits sont racontés de manière presque clinique. En aucun cas larmoyant, ce livre est plutôt une analyse des causes qui peuvent pousser un enfant au geste extrême. Une mère-célibataire plus préoccupée par sa carrière en déclin de mannequin, un sentiment profond d’abandon, etc. Est-on réellement coupable à 10 ans ? Peut-on vraiment SE reconstruire alors que l’on a été condamné pour un tel acte ? Quelle est la part de responsabilité de la société dans un cas pareil ? Le pire n’aurait-il pas pu être évité ?

Ce qui est le plus intéressant à mon avis dans ce livre, c’est le traitement du fait divers, et en cela, il devrait être lu par les 3ème du club journal du collège : qu’est-ce qu’un fait divers ? Quel rôle joue la presse dans le traitement de cette information ? Jusqu’à quel point les journalistes peuvent-ils disposer d’une histoire alors que les protagonistes sont encore vivants ? Ne s’agit-il pas là d’une double peine infligée aux coupables que la révélation des faits dans la presse ? Est-il possible de refaire sa vie lorsque l’on est sous le feu des médias pour une affaire aussi sordide ?

Enregistrer

Lettres d’amour de 0 à 10, de Susie Morgenstern

Amour, amour, je t’aime tant

Ernest a 10 ans. Sa mère est morte à sa naissance et son père a disparu après l’enterrement. Sa grand-mère, Précieuse, l’a recueilli et l’élève aidée de la vieille Germaine. Sa vie est mortellement ennuyeuse mais il ne connaît pas autre chose et s’en accommode. La pomme du goûter, la soupe du soir, pas de sorties, pas de télévision. « Les dix ans de sa vie s’étaient passés sans courir, dans la quasi immobilité d’une vieillesse plus que précoce. » C’est un bon élève, taciturne, solitaire, mais beau ! Et la nouvelle élève, Victoire, n’est pas la seule à s’en être rendu compte ! Victoire habite dans une maison pleine de vie, entourée de ses 13 frères… Et la rencontre entre ces deux enfants que tout oppose va donner naissance à une amitié très forte et très belle. Mais comme si ce chamboulement dans sa vie ne suffisait pas, Ernest va dans un même temps faire la connaissance de son père, dans un magasin…. sur la couverture d’un livre….

Ce livre est très agréable à lire. Ce mélange d’ennui et d’effervescence est bien dosé. Une leçon de vie et d’optimisme : pour vivre heureux il faut vivre entouré des gens qu’on aime, et surtout, ne pas avoir peur de la vie et de tout ce qu’elle peut nous apporter. C’est aussi un livre sur l’acceptation de la différence et l’enrichissement que celle-ci peut apporter.

J’ai été étonnée par le fait que mes élèves, même bons lecteurs, n’aient pas forcément compris ce que signifiait le titre du livre par rapport à l’histoire. Je vais donc révéler ici quelques éléments qui ne devraient encore une fois n’être lu que par ceux qui ont fini le livre. Quelles sont ces lettres d’amour ? On ne le comprends qu’à la fin de l’histoire. Non pas celles qu’aurait pu écrire Victoire à Ernest ou Ernest à Victoire, non. Ce sont des lettres d’amour paternel. Le père d’Ernest l’a abandonné à sa naissance, croulant sous le poids d’une trop lourde responsabilité à porter après le décès de son épouse à la naissance d’Ernest. Il le confie alors à sa grand-mère. Rongé par le remord et par l’amour qu’il portait à ce fils qu’il ne connaissait pas, il lui a écrit chaque jour de sa vie, depuis la naissance jusqu’à ses 10 ans, âge de leurs retrouvailles. A 10 ans, Ernest reçoit donc de son père un gros carton rempli de lettres, de lettres d’amour de 0 à 10.