Dans les entrailles d’un monde parallèle

Les rêves dans la maison de la sorcière, de Mathieu Sapin et Patrick Pion – adaptation d’un récit de Lovecraft

Afficher l'image d'origineWalter est un brillant étudiant en mathématiques. Il habite une chambre de bonne où, il y a deux siècles, vivait Kéziah Mason. A cette époque, celle-ci fut considérée comme une sorcière car elle avait émis des théories mathématiques selon lesquelles on pouvait franchir les frontières du monde spatial grâce à des angles. Elle mettait en parallèle les mathématiques et l’architecture. Elle fut jugée, emprisonnée puis disparut mystérieusement de sa cellule. Seules quelques formules écrites avec un liquide visqueux rouge ont été retrouvées sur les murs.

Walter, intrigué, s’est mis à faire des recherches sur son procès dans les archives . Il semblerait même que le spectre de la vieille femme ait été aperçu dans les quartiers de la ville, un rat effrayant sur son épaule….On dit que son esprit n’a jamais quitté cette chambre.

Les nuits de Walter sont sujettes à des crises. En effet celui-ci est hanté par le visage de Kéziah Mason, quelque chose l’attire dans les abîmes de la nuit. La théorie de cette sorcière a une emprise sur lui. Il ne fait plus la différence entre rêve et réalité. Il va même dévier ses savoirs mathématiques pour vérifier les thèses de Kéziah Mason.

Walter ne dort plus, il est perturbé et ne sait plus très bien à quel monde il appartient. Il pense devenir fou et tout ceci le coupe de l’extérieur, il n’a pas d’amis. Il y a bien Mérédith qui essaie tant bien que mal de lui faire garder les pieds sur terre…sans résultat. Il est persuadé que lui aussi trouvera le passage vers l’autre monde : « Walter… je m’inquiète pour toi… Tu devrais voir » « Je n’ai pas le temps Mérédith ! Je suis sur le point de découvrir la frontière entre l’univers connu et la 4ème dimension. Laisse moi travailler ! »

Il faut souligner que Walter fait de grandes études qui l’épuisent. On peut se demander aussi si ses délires ne sont pas le fait d’une fatigue intense ? Est-il vraiment guidé par l’esprit de cette vieille sorcière ? Walter est tout maigre, tout pâle, sa chambre est envahie par des papiers gribouillés de formules ! Un savant fou ?

Dès le début de la bande dessinée, on est pris dans les vertiges de Walter avec cette noirceur dans l’illustration quand il est dans sa chambre. Les magnifiques planches qui traduisent la confusion de l’étudiant, son passage dans un autre monde au moment des rêves, m’ont rendue admirative du travail de l’illustrateur. Ces traits de crayon appuyés, sur un fond blanc donnent totalement cette sensation de malaise, de trouble. Les effets donnés au regard de Walter sont prodigieux. Personnellement, j’ai été absorbée par ses yeux hagards. Ils ont une telle intensité ! Les couleurs sont diverses pour contraster avec les différents états d’âme d’un héros très seul. Il n’y a donc pas beaucoup de dialogues et les vignettes violettes de récit renforcent cette sensation d’isolement. On a l’impression que le lecteur est son unique interlocuteur. Les rares moments où Walter parle avec une personne de l’extérieur, ces vignettes sont encore présentes et accentuent le fait que le héros n’a que la vieille femme en tête et ses théories. J’ai tellement été prise par l’histoire que j’avais l’impression que le narrateur et moi ne faisions qu’un. En fait la sorcière absorbe Walter qui absorbe le lecteur à son tour. Ceci peut paraître farfelu mais c’est mon ressenti.

Petit à petit, Walter est persuadé d’avoir découvert le passage dans l’autre monde et là toute l’action s’accélère jusqu’au dénouement que l’on peut qualifier de mystérieux. Nous avons là un héros qui sombre dans la folie et qui emmène le lecteur à se poser des questions sur ce qu’il vit ou ce qu’il imagine.On ne sait plus… Il ne fait rien pour que son délire cesse, au contraire il se laisse happer.

Pour ceux qui, comme moi, ne connaissent pas Lovecraft, cette bande dessinée est très accessible.

Mais, en refermant ce livre, on veut en savoir plus sur cet univers étrange et sur toutes les questions qu’il a fait surgir en nous. Alors, je suis allée demander quelques éclaircissements auprès de Louis, alias L. chroniqueur du blog, grand adepte de Lovecraft et de son univers.

Comment définir l’univers de Lovecraft ?

L’univers de Lovecraft c’est avant tout notre monde au XXe siècle, selon un certain point de vue… Là où certaines sciences balbutient pour expliquer l’origine de l’humanité & de certains phénomènes, dans l’ombre et les énigmes se cachent la vérité : nous ne sommes pas seuls. Nos pires cauchemars, nos craintes inconscientes, nos rites païens, tout cela provient d’êtres dont l’origine est bien au delà du système solaire ; voyageurs inter-dimensionnels, manipulateurs de rêves, maître des abysses, voici les Grands Anciens. Évidemment, cette vérité n’est pas à la portée de la compréhension humaine, et malheureux sont ceux qui sombrent dans la folie après avoir accidentellement écarté le rideau de l’ignorance… L’œuvre de Lovecraft se compose de poèmes et d’arcs narratifs dont les deux principaux sont le Mythe du Cthulhu et le Cycle du rêve. Ces arcs nous permettent d’arpenter l’univers lovecraftien de la Terre contemporaine aux astres ancestraux.

En quoi l’adaptation est-elle fidèle à cet univers ?

La narration propre au roman graphique reproduit le style narratif des nouvelles de Lovecraft, nous plongeant dans son ambiance sombre et oppressive, les illustrations sont fidèles à la charte descriptive de Lovecraft.

Quel est ton avis sur cette adaptation, en tant que féru de Lovecraft?

Je trouve cette adaptation très intéressante, le contraste visuel entre réalité physique et passages oniriques retranscrit très bien la réalité de l’histoire. Toujours au niveau graphique, les changements opérés sur le personnage principal selon les situations retranscrit l’altération mentale qu’il subit durant le récit, il en va de même pour l’environnement qui traduit sa vision du monde.

Peux-tu développer l’histoire des angles?

Les angles de la chambre sont particuliers, ils sont une porte d’entrée dans l’univers non-euclidien, entre occultisme et sciences dépassant notre compréhension. Ce n’est pas tant les architectures étranges rappelant R’lyeh que les dimensions peuplées, inconcevables pour l’esprit humain.

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Angles Of R’lyeh par Marc Simonetti

Comment définir la folie dans l’univers Lovecraft ?

La santé mentale de Lovecraft n’a rien à voir avec la folie au sens clinique du terme, c’est plutôt la manière de concevoir le monde qui nous entoure. Quelqu’un qui devient, accidentellement ou non, initié au mythe des Anciens voit sa santé mentale décliner car voit l’occulte et les ténèbres là où le reste de la société voit des hasards et probabilités, et c’est exactement ce qu’il arrive à nos protagonistes.

 

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Une réflexion sur “Dans les entrailles d’un monde parallèle

  1. Le héros de cette histoire est un étudiant en mathématiques, qui vit dans une chambre de bonne . Les rumeurs disent que sa mansarde fut occupée, deux siècles plus tôt, par une vieille femme avec un rat difforme ,jugée capable de voyager dans différentes dimensions du réel, et dont l ‘esprit n aurait pas tout à fait quitté les lieux. Walter fatigué par ses études poussées, fait des rêves de plus en plus étranges. Peu à peu ses rêves sont de plus en plus terrifiants. Les lieux semblent peser sur son jugement et sur ses déductions intellectuelles. Il se coupe de ses amis cependant il réussit un exposé sur le passage vers la quatrième dimension  le jeune homme est petit à petit hanté par des rêves de plus en plus terribles pendant que les rats grignotent les murs… Perd-il totalement pied ou est il guidé par cette sorcière, vers autre chose ? Serait-ce alors le passé du lieu, ou simplement la fatigue des études qui le pousse à faire de biens étranges rêves ?  Envoûtement, pacte avec les forces du mal et porte vers la quatrième dimension, on est à la frontière du réel et du fantastique sans vraiment savoir où commence l’un et finit l’autre.

    CRITIQUE DU LIVRE:
    Les auteurs ont décidé d’adapter la nouvelle de Lovecraft de manière très intéressante en Bande Dessinée  : il y a très peu de dialogues. C’est un « monologue » sur chaque case, déroulant l’histoire de façon fidèle.  Les Rêves dans la maison de la sorcière de Lovecraft, Pion et Sapin est une adaptation en BD de la nouvelle de Lovecraft écrite en 1932.l’histoire est fluide et le roman riche en texte ,on peut y distinguer deux parties. La première met en place l’histoire, et le cadre. La deuxième relate vite le fin mot de celle ci Pour ma part, j’ai bien apprécié la première partie: le suspense est à son comble.je n’ai pas aimé la deuxième partie. Celle-ci s’est montrée trop rapide, confuse, un peu bâclée. On y apprend les informations qui tombent comme des cheveux sur la soupe, un peu venues de nulle part. Une fin en queue de poisson, mystérieuse. J’ai été assez déçu par la fin de l’ouvrage
    ILLUSTRATIONS 
    le choix des couleurs colle parfaitement à l’ambiance avec des croquis en noir et blanc pour signaler les passages imaginaires.
    Le dessin  est dans un style réaliste contemporain au trait particulièrement vif, anguleux, saccadé et hachuré mais tout de même avec beaucoup de finesse et de détails.
    L’univers est sombre et inquiétant avec des couleurs contrastées , plutôt terne et sans éclats.
    Chaque page est de couleur froide mais il arrive par moment d’avoir quelques éclats de chaleur pour instaurer la peur (rouge vifs des yeux d’un rat par exemple…).
    Il y a un jeu d’ ombres dans cette BD qui rendent bien cette ambiance pesante et suffocante ,

    PERSONNAGES

    le personnage Walter est intéressant à découvrir que ce soit par son génie ou sa folie, on suit ses aventures avec intérêt et un léger frisson, c’est un personnage qui fait des rêves hallucinatoires ,. Walter est un personnage peu attachant, mais déterminé à découvrir la vérité sur la quête qu’il a entreprise. Acharné, têtu, il va même jusqu’à mettre sa propre vie en danger.
    Les livres de l’auteur : Mathieu Sapin
    Akissi ( plusieurs tomes )  ; Sardine de l’Espace  (plusieurs tomes) ;Le château – Un an dans les coulisses de l’Elysée ; A l’origine des expressions françaises. Avec 158 cartes et 62 jetons

    Axel, 5ème

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