Plus d’un siècle avant l’affaire Omar Raddad

Le petit vieux des Batignolles, de Emile Gaboriau

Émile Gaboriau est upetit-vieux-des-batignolles-9782081277922_0n écrivain français, considéré comme le père du roman policier. Son personnage, l’enquêteur Lecoq, a influencé Conan Doyle pour la création de Sherlock Holmes. Ce roman, « Le petit vieux des Batignolles » a été publié pour la première fois, à titre posthume, en 1876 aux éditions Dentu. Véritable visionnaire, Emile Gaboriau nous raconte ni plus, ni moins l’histoire du jardinier Omar Raddad, accusé du meurtre de sa patronne Ghislaine Marchal. Et dont on a retrouvé l’inscription « Omar m’a tuer » en lettres de sang près de la victime. Cette particularité reste l’aspect le plus célèbre de cette affaire qui s’est déroulée au début des années 90 en France. A noter la faute d’orthographe (tuer au lieu de tuée) qui rend invraisemblable le fait que ce soit Mme Marchal qui ait écrit cette phrase. Elle était en effet très instruite et n’aurait jamais fait pareille erreur.

A Paris, dans le quartier des Batignolles, on découvre un petit vieux assassiné chez lui. Cet ancien coiffeur, très aisé, a été sauvagement poignardé. Des lettres tracées avec son sang désignent le meurtrier. Il s’agit de Monistrol, neveu et héritier du vieux monsieur. D’ailleurs, la concierge l’a vu arriver vers neuf heures et repartir à minuit. Mais les choses sont-elles aussi simples qu’il y parait ? Méchinet, le policier, n’en est pas persuadé ! Assisté de Godeuil, un jeune étudiant en médecine, embarqué dans cette affaire un peu par hasard, il émet quelques réserves sur cette culpabilité toute trouvée… Observateur, Godeuil remarque que la victime a écrit ces signes de la main gauche, ce qui parait improbable. De plus, l’étudiant en médecine flaire une mort immédiate du poignardé. Mais s’il est mort instantanément, comment a-t-il pu écrire le début du nom de Monistrol ?

Pendant ce temps, l’assassin tout désigné a été arrêté à son domicile. Tout de suite, il reconnait son crime. Clara, sa très belle épouse, a eu beau protester de l’innocence de son mari, on le place en cellule à la Préfecture. Il a avoué, l’affaire est pliée ! Mais le jeune étudiant Godeuil repère un sacré indice. A savoir, un bouchon oublié qui a servi à protéger la lame de l’arme du crime. Et qui aura son importance à la fin de l’enquête ! La concierge témoigne que le vieux monsieur, sous des aspects aimables, se refusait à prêter la moindre somme d’argent au couple Monistrol. Elle confirme avoir vu passer la silhouette du neveu, ainsi que son fidèle chien, qui ne connait que ses maîtres, le soir du meurtre. Méchinet et Godeuil se rendent ensuite au Quai des Orfèvres, où le suspect affirme toujours être coupable. Des aveux un peu tirés par les cheveux, car celui qui s’accuse du crime est incapable d’en indiquer le déroulement !

Pour Caroline Méchinet, l’épouse du policier, si Monistrol est bien le coupable, la belle Clara serait l’instigatrice du crime. Jalousie féminine ou intuition ? Pour sa part, Godeuil reste convaincu de l’innocence du suspect. Il accompagne le policier dans le quartier où les Monistrol tiennent une modeste boutique. Après enquête discrète auprès des commerçants du voisinage, Méchinet constate que Monistrol est estimé de tous. Par contre, les avis sur sa femme Clara sont moins élogieux. Mme Monistrol reçoit le policier et l’étudiant dans sa boutique miteuse avec des gestes et une attitude dignes d’une comédienne chevronnée. Il se trouve que son mari n’a pas d’alibi pour la soirée du meurtre, tandis qu’elle possède plusieurs témoins pouvant justifier son emploi du temps lors de cette nuit-là. Godeuil se demande si le désespoir de la jeune femme est vraiment sincère. Mais après tout, pourquoi pas ?

Commence alors une palpitante enquête pour réfuter l’évidence : indice après indice, la vérité se fait jour, et pourtant le suspect s’obstine à s’accuser du crime. Pour couvrir quelqu’un ?

Ce roman court (lu en quelques heures) est passionnant du début à la fin et on n’a de cesse de parcourir avidement ses pages. Encore une fois, le visionnaire Gaboriau met déjà en évidence des éléments communs à d’autres romanciers (comme Simenon par exemple) qui s’en serviront plus tard dans leurs propres œuvres. L’auteur nous épargne les chutes trop faciles, comme on peut en trouver dans d’autres romans d’époque. Dans une ambiance typiquement parisienne, Gaboriau nous fait voyager, comme l’étudiant et lui, dans des fiacres filant à toute allure dans la nuit, afin de démêler au plus vite cette intrigue policière qui ravit le lecteur.

Au final, un bon petit polar qui se laisse déguster avec un plaisir infini… Et finalement, le coupable est…

 

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