Candide au pays des Merveilles

La fille qui navigua autour de Féérie dans un bateau construit de ses propres mains, de Catherynne M. Valente

Septembre, une jeune fille de douze ans, s’ennuie chez elle et a soif d’aventure. Un jour, le Vent Vert et le Léopard des Petites Brises lui proposent de les suivre et l’emmènent dans le pays de Féérie. Mais  Féérie ne porte pas forcément bien son  nom : la méchante marquise y règne en tyran. Son aventure sera l’occasion de rencontres plus fabuleuses les unes que les autres : le Vouivriothèque, la méchante marquise, une gnome, une golem de savon, un Marid, etc. C’est le début d’une vraie quête, digne d’un vrai  chevalier, à la recherche d’une petite cuiller…

Dès la lecture du titre et la vision de cette première de couverture particulièrement réussie, on comprend que l’on a entre les mains un livre qui ne ressemble pas à beaucoup d’autres. Un monde fantastique, une écriture subtile, des noms féériques … cet univers aborde des thèmes aussi universels que le courage et l’amitié. A travers une imagination débordante, ce voyage initiatique n’est pas sans rappeler Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll ou Peter Schlemihl de Chamisso qui vend son ombre au diable. Mais c’est surtout un clin d’oeil à Candide de Voltaire : une narratrice qui prend la parole pour interpeller le lecteur, la dénonciation du fanatisme, la quête du meilleur des mondes possibles  – optimisme leibnizien enseigné par le philosophe Pangloss à Candide (une phrase, dans les 100 premières pages, mais que je ne retrouve pas en est d’ailleurs très proche – j’espère qu’un lecteur pourra m’en indiquer la référence ), mais également le nom à rallonge, sous forme de résumé, donné aux différents chapitres. Candide, dans sa découverte  du monde, va, tout comme notre petite Septembre,  de mésaventures en désillusions.

Comme vous l’aurez compris, une littérature de jeunesse des plus exigeantes qui, comme les oeuvres classiques citées plus haut, devrait séduire un public adulte et mériterait d’être lu et relu pour en savourer tout le sel. Une thèse serait plus adaptée qu’une chronique de blog de collégiens !  Mais je ne sais pas quel accueil va lui réserver mes lecteurs de collège.  L’écriture est de grande qualité et très imagée (« un craquement écoeurant fit frissonner le radeau », « Septembre hurla sans bruit […]. Elle leva la tête vers le joyeux soleil, qui comme toujours n’était nullement impressionné par les chagrins des petites filles […] ».) ce qui ne rend pas le contenu forcément accessible à tous les lecteurs. Ce conte philosophique est très touffu, plein de références, plein de personnages. Le voyage de Septembre vers le conte de fée est dangereux, parfois violent. La lecture de certains passages peuvent d’ailleurs mettre mal à l’aise, comme lorsque Septembre se transforme en arbre et voit son corps se trouer, lorsqu’elle rencontre la mort, lorsqu’elle met à mort un poisson…

Voici quelques passages pour vous mettre en appétit de lecture :

Qu’on ne la juge pas : tous les enfants manquent de coeur. Car leur coeur n’a pas encore poussé, c’est pourquoi ils montent aux arbres et disent des choses choquantes et sautent si haut que le coeur des adultes, lui, papillonne de terreur. C’est que ça pèse lourd, un coeur. C’est pour cela qu’il faut du temps pour en cultiver un.

Une quête, pensa-t-elle, l’enthousiasme levant en elle comme de la pâte à pain, une vraie quête, comme un vrai chevalier, et elle ne voit même pas que je suis petite et que je n’ai pas d’épée ».

Les histoires s’y entendent à changer de visages. Ce sont des choses désobéissantes, indisciplinées, promptes à la délinquance et au lancer de gommes. C’est pourquoi nous les enfermons  dans de gros livres solides, afin qu’elles ne puissent s’en échapper et causer des problèmes ».

Lessive réfléchit un instant. « Ma maîtresse me disait souvent qu’on ne peut jamais être nu à moins de le vouloir  tout à fait. elle disait : »Même si tu as enlevé jusqu’à la moindre fibre de tissu, tu as encore tes secrets, ton histoire, ton nom véritable. C’est très difficile d’être vraiment nu. Tu dois travailler dur pour ça. Entrer dans son bain n’est pas se mettre à nu, pas totalement. C’est simplement montrer sa peau. »

Car les espoirs de notre ancienne vie dépérissent et se racornissent comme de vieilles feuilles s’ils ne sont pas remplacés par de vieux espoirs à mesure que le monde change »

 

Une réflexion sur “Candide au pays des Merveilles

  1. Pingback: Monde féérique de Féérie | Le coin lecture d'Arsène

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