Une voix engagée

La fée de Verdun, de Philippe Nessmann

imageAlors qu’il se promène dans le quartier de Belleville, un jeune étudiant remarque, sur un bâtiment en travaux, une pancarte : Fondation Nelly Martyl… Ce nom lui rappelle quelque chose, mais quoi ? En remontant le fil de ses souvenirs, il se souvient d’une vieille histoire racontée par sa grand-mère lors d’un repas de famille : lorsqu’elle était petite, en 1943, alors qu’elle se promenait dans les rues avec sa mère, elle a découvert, allongée sur le trottoir, une femme ensanglantée : une chanteuse d’opéra, Nelly Martyl… Etait-elle morte ? Blessée ? Que lui était-il arrivé ? Elle ne l’a jamais su. Notre jeune homme décide de mener une enquête dans le passé pour dévoiler la vérité à sa grand-mère. Mais ce n’est pas aussi simple qu’il le pensait… Peu de données sont parvenues jusqu’à nous sur cette chanteuse hors du commun. Il réalise alors un véritable travail d’historien, fouillant archives et documents d’époque pour réhabiliter la mémoire de cette cantatrice humaniste.

Femme courageuse, volontaire, dévouée, qui s’est battue jusqu’au bout pour ce en quoi elle croyait, capable de laisser une carrière prometteuse pour s’engager comme infirmière durant la Première guerre mondiale,  Nelly Martyl a été honorée par quatre Croix de guerre et la Légion d’honneur. Figure méconnue de la guerre de 14, ce destin touche fortement le lecteur. Cette biographie romancée est ponctuée de véritables photos d’archives qui rendent le récit encore plus bouleversant. Un très beau texte qui sort à l’occasion du centenaire de la bataille de Verdun.

Ce roman se lit comme une enquête policère. Le point de départ -la découverte du corps ensanglantée de Nelly dans le caniveau par sa grand-mère- permet au lecteur d’accrocher très rapidement à la lecture. La forme mème du récit dans le récit, écrit à la première personne, avec comme narrateur un jeune garçon de notre temps rend le roman très vivant. Certains chapitres représentent le texte même de la recherche (visuellement représenté par un trait vertical dans la marge extérieure), d’autres des témoignages d’époque, d’autres encore la visite du jeune homme chez sa grand-mère. Ce travail de fourmis de chercheur rappelle aux plus âgés d’entre nous ayant fait de longues études  ces recherches interminables réalisées dans différentes bibliothèques. Le cheminement lui-même est intéressant de mon point de vue de documentaliste : wikipédia n’a pas toujours réponse à tout et recouper ses informations enrichit forcément son travail ! C’est aussi de ce point de vue que je ne recommande pas cette lecture avant, au moins, la 4ème, malgré un âge proposé de lecture de 11 ans  : la construction complexe des récits dans les récits, le développement poussé des étapes de recherche documentaire, la violence du récit parfois, lorsqu’il est question de la guerre, les passages presque pédagogiques de cette guerre qui, de plus, n’est au programme scolaire qu’en 3ème, ne permettraient pas, à mon avis, d’en saisir tout le sens avant cet âge.

Emouvant, bien construit, rythmé, ce livre se lit très facilement et avec beaucoup de plaisir malgré un sujet pas forcément facile à traiter d’un point de vue romanesque. Le parti pris de la recherche et d’insertion de documents d’époque est très original et captivant.

« Très intimidé, je monte le grand escalier intérieur qui conduit au premier étage de la Bibliothèque nationale de France, rue de Richelieu. Je marche sur la pointe des pieds, pour faire le moins de bruit possible. Des centaines de milliers de manuscrits et de livres anciens dorment dans ce temple  de la mémoire. Je ne voudrais pas les réveiller… »

« Nelly cherchant les blessés sous les obus… Voilà pourquoi, à l’été 1914, elle a subitement disparu des pages des journaux : elle a cessé de chanter pour devenir infirmière. Et apparemment, elle s’est montrée très courageuse… Qu’a-t-elle fait pour mériter ces louanges ?  »

« L’amputation en saucisson était une opération de sauvetage d’urgence. Il ne s’agissait pas de réaliser un beau moignon recouvert de chair, mais de trancher net le membre mort, comme on coupe une rondelle de saucisson, afin de stopper le développement de la gangrène ».

« Je dois dire que le gaz moutarde a été l’une des armes les plus perverses jamais inventées […] Les conséquences étaient effroyables : après quelques heures, de douloureuses cloques se formaient sur la peau des victimes. Leurs paupières gonflaient au point de les rendre momentanément aveugles. Des hémorragies se développaient ensuite, qui détruisaient peu à peu les poumons… Fort heureusement, le gaz moutarde n’était pas destiné à tuer, « juste » à terroriser… »

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