L’homme-oiseau

Angel, l’Indien blanc, de François Place

https://i0.wp.com/static.fnac-static.com/multimedia/Images/FR/NR/86/29/57/5712262/1507-1.jpgXVIIIème siècle. La mère d’Angel, française, est au service d’une famille espagnole qu’elle va suivre dans leur exil en Amérique. Elle va être capturée par des Indiens. De cette séquestration va naître un fils, Angel, l’Indien blanc. Mais elle n’a jamais oublié ses origines françaises et transmet à Angel quelques bribes de souvenirs avant sa mort. Massacrée par des soldats américains lors de l’invasion du camp indien, son fils est sauvé par son teint pâle et enlevé à son tour pour devenir esclave. Il arrivera à s’échapper pour monter clandestinement dans un navire, le Neptune, en partance pour les mers de Glace au Pôle sud, pays encore vierge de découverte. Là encore, des péripéties l’attendent. Pris en otage par une tribu, il va vivre des mois au milieu des «Woanoas », un peuple à deux bouches, à deux voix, avec son compagnon d’infortune, Corvadoro, un vieux savant vénitien.

Récit de voyage, roman initiatique, comme toujours, ce livre de François Place est d’une richesse incroyable. Les aventures de ce jeune Indien blanc, totalement malmené par la vie, nous emmène dans des contrées insoupçonnées, aux confins du monde. On suit l’évolution de cette expédition scientifique à la Christophe Colomb. Les affres de la nature humaine sont le moteur du récit. L’homme est-il capable de révéler ce qu’il découvre tel qu’il le découvre ou va-t-il forcément déformer la réalité en faveur de son ambition personnelle ? Telle est la question que pose ce récit à la limite parfois du fantastique, ou plutôt, du surnaturel naturel. On est également confronté aux chocs de deux cultures, celle de ce peuple primitif et ses pratiques chamaniques et celle du savant Corvadoro dont la confiance aveugle en l’explication scientifique va être totalement ébranlée par cette aventure. Et c’est Angel, avec son regard neuf et sans préjugé sur tout ce qui l’entoure qui va permettre de faire le lien entre le monde dit moderne de l’Europe des Lumières et celui de ces peuples vivant loin de toute « civilisation » dans les Terres les plus reculées qui existent.

« En Amérique vous étiez un esclave ; sur Le Neptune, simple matelot, un va-nu-pieds ; ici il y a deux mois, un étranger sur le point de mourir de froid ; il y a six jours, un meurtrier, frappé de tabou ; il y a trois jours, un condamné au sacrifice. Or, mon cher Angel, il faut bien vous rendre à cette évidence que, depuis votre retour du pays des gens-de-l’eau, tout a changé : vous n’êtes plus rien de tout cela. On peut dire que vous vous êtes débarrassé de ces dépouilles, de ces fripes qui nous cachaient votre vérité profonde. Les Woanoas vous appellent « L’Homme-oiseau ». Mais savez-vous comment nous appelons, chez moi, à Venise, les êtres de forme humaine descendant du ciel ? (…) Un ange ! Comme quoi le nom qu’on vous a donné ne vous va pas si mal. »

François Place est ici un conteur merveilleux.

Une réflexion sur “L’homme-oiseau

  1. un livre exceptionnel d’imagination et d’initiation qui se lit au fil des éléments naturels qu’il salue avec majesté et respect, en donnant de l’homme « évolué » une définition bien à lui lorsque l’on sait lire entre les lignes. Les épreuves deviennent initiation et la rage de vivre devient bonheur d’être pour ceux qui savent en tirer les leçons. Un plaisir de la première à la dernière lettre.

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